La politique migratoire, au cœur des relations Europe-Méditerranée

À l’approche des élections européennes, un courant d’air froid passe sur l’Europe, touchant à la fois populistes et partis traditionnels sur la question de l’immigration.

Nous voyons au fur et à mesure des années se développer une vague toujours plus favorable aux idées nationales et aux replis identitaires autour de la question de circulation des migrants. En effet, le discours sur une Europe passoire, profite aux courants populistes dans les échéances électorales nationales. Les arguments de l’extrême droite « sont inhumains, économiquement absurdes et, de toute façon, inapplicables » et de son côté l’extrême gauche « mise sur les populations issues de l’immigration par calcul militant, activiste ou électoral » dit Hubert Védrine en juin 2018[1].

Depuis des années, nous entendons les leaders politiques européens annoncer qu’une réforme est nécessaire de «  l’espace Schengen », qui « ne marche plus ». Quand l’Europe met des frontières de barbelés en Afrique du Nord comme au Maroc pour barrer la route aux Subsahariens, ou refuse aux bateaux de SOS Méditerranée d’accoster dans un port des pays du sud de l’Europe, nous pouvons dire que la question migratoire est effectivement dans une mauvaise voie.

Cette arrivée des migrantes est actuellement indésirable pour un nombre important d’européens et par contre souhaitée par d’autres au nom des valeurs communes humanistes ou chrétiennes. La politique migratoire est un sujet complexe mais elle sera inévitablement au cœur des débats de la future Assemblée Européenne car c’est le défi de demain entre l’Europe, les pays de la Méditerranée et l’Afrique. Cette question est à refonder sous l’angle de la liberté de circulation, de l’intégration socio-économique des migrants et « de la coopération de développement à l’égard de l’Afrique »[2].

Les articles de Francis Vallat et d’Olivier Brachet cette semaine dans la rubrique « Regards » sur notre site nous ouvrent les yeux sur cet enjeu majeur pour aujourd’hui et demain.

Francis Vallat, président de l’Association SOS Méditerranée, interpelle les gouvernements de l’Union Européenne au titre de citoyen européen « qu’ils décident un cadre pérenne nous permettant de sauver et amener les naufragés dans des ports sûrs…… Ce que nous voulons plus que tout, c’est que les morts noyés en Méditerranée – centrale en particulier – 60 000 probablement depuis le début de la crise des migrants, n’aient pas vécu un supplice inutile ».

De surcroit, « une politique migratoire, elle, se décide en raison de nombreux facteurs : démographiques, économiques, sociaux, culturels, compétences, droits de l’individu comme mariage ou naissance » comme le dit fort justement Olivier Brachet, ancien directeur de Forum Réfugiés, juge à la Cour nationale du droit d’asile.

Ce sujet important qu’est la migration ne peut se comprendre qu’en abordant d’autres volets qui sont la démographie, l’économie, les religions et le géopolitique. C’est ce que nous vous proposons de faire en vous invitant à notre soirée « L’Europe et la Méditerranée » le mardi 14 mai de 18h à 21h à Paris[3]. Cette rencontre se veut d’aller plus loin à travers ces divers thèmes pour nous aider à mesurer les enjeux actuels au cœur de l’Europe en lien avec la Méditerranée.

Nous pensons qu’il est nécessaire de remettre la question méditerranéenne au centre du débat européen pour traiter de la politique migratoire et bien d’autres sujets communs. C’est l’occasion pour l’Europe de retrouver un nouveau souffle à l’image des pères fondateurs dans la relation Europe Méditerranée dont l’objectif est la paix, la liberté, la stabilité et la diversité entre les rives de la Méditerranée.

 

Patrick Gérault
Président de Chrétiens de la Méditerranée

 

Notes :

[1] Hubert Védrine article dans le Monde du 29 juin 2018, « Contrôler davantage les flux migratoires ».

[2] Emmanuel Macron lors de la conférence de presse du 25 avril 2019.

[3] Soirée-débat « L’Europe et la Méditerranée », le 14 mai de 18h à 21h au Couvent des Capucins de Paris, 32 rue Boissonade (métro Raspail ou RER Port- Royal).

 

Illustration : By Capri23auto