Voici le dernier message envoyé par Ziad Medoukh (11 novembre 2025), qui se trouve toujours à Gaza-Ville avec sa famille. Il nous est communiqué par Laurent Baudoin, des Amis de Sabeel France.
Un mois après l’entrée en vigueur de l’accord de cessez-le-feu, on constate un point positif dans le plan de Trump, c’est l’arrêt des bombardements, un arrêt qui n’est pas complètement appliqué, puisqu’il y a toujours une violation de l’accord côté de l’occupation, des bombardements, des morts, des blessés, des incursions militaires dans plusieurs régions de l’enclave palestinienne…
Les blindés et les chars israéliens sont toujours là.
Malgré les accords, l’aide humanitaire internationale (la nourriture, les médicaments et l’eau potable) est toujours insuffisante à Gaza ville.
Depuis le 4 septembre, sur les 700 000 habitants qui avaient quitté la ville de Gaza pour se réfugier dans le sud, 500 000 sont revenus à l’annonce du début du cessez-le feu. Mais, un mois après leur retour, ils sont encore sous le choc. Ils n’avaient jamais imaginé retrouver leur quartier complètement anéanti… Aujourd’hui, même si tout est détruit, [ces personnes] préfèrent rester dans ou devant les ruines de leur maison.
200 000 habitants de Gaza ville sont restés dans le sud où ils vivent dans des tentes grâce au soutien des organisations internationales présentes sur place.
Selon l’accord de cessez-le feu, 600 camions devraient entrer dans la bande de Gaza quotidiennement, or, depuis trois semaines, il y en a seulement 200 par jour, 150 dans le Sud et 50 dans la ville de Gaza. Les organisations internationales comme l’ONU et le PAM (Programme Alimentaire International) le dénoncent mais n’ont pas le pouvoir de suivre ces entrées. Dans les camions qui arrivent, on trouve quelques denrées alimentaires pour le secteur privé mais très peu de produits alimentaires ou sanitaires pour les organisations internationales. La ville de Gaza subit à nouveau la pression de l’occupation. Les prix des denrées alimentaires, même s’ils sont plus abordables, restent très élevés. Le kilo de farine qui était à 70 Euros en juillet dernier, est aujourd’hui de 3 à 5 Euros. Il n’y a toujours pas de fruits, de légumes, de viande, d’œufs ni de fromage.
Malgré la petite amélioration due à l’arrêt relatif des bombardements, après cet accord de cessez-le-feu illusoire, la population est horrifiée et fatiguée mais n’a pas d’autre choix que de continuer à survivre en attendant la fin de l’occupation. La vie continue avec beaucoup de volonté, de détermination et d’espoir. On attend l’application de la deuxième phase pour voir s’il y a vraiment volonté d’aider la population civile de la bande de Gaza à retrouver un peu d’espoir.
Les familles palestiniennes de la bande de Gaza continuent à envoyer leurs enfants aux centres éducatifs, même visés, et dans des tentes éducatives afin de poursuivre les cours en attendant la réouverture des écoles qui sont soit détruites, soit occupées par des déplacés.

Comme l’éducation est devenue une forme de résistance et de résilience en Palestine, et un signe d’espoir pour l’avenir, les élèves et les étudiants sont très nombreux à fréquenter les centres éducatifs en présentiel et les universités virtuellement.
Pour le moment, rien n’est évident. On n’a pas beaucoup d’informations concernant l’avenir politique de la bande de Gaza. Qui la gérera ? le gouvernement actuel ? l’Autorité palestinienne, de retour? une autorité internationale selon le Plan Trump ?
Pour commencer la deuxième phase du Plan, le désarmement des factions militaires de Gaza, il faut encore attendre plusieurs semaines. On entend parler de la création d’un gouvernement de technocrates palestiniens, c’est-à-dire d’hommes d’affaires, d’économistes, d’intellectuels, d’universitaires pour gérer la bande de Gaza pendant une période transitoire de trois mois, en attendant soit de nouvelles élections soit le retour de l’Autorité palestinienne.

Tous les actes de solidarité, la Marche depuis le Caire, la Flottille, les manifestations, les rassemblements et pétitions partout dans le monde sont appréciés par les citoyens de Gaza à qui il ne reste que deux choses : leur attachement à la terre, leur résilience et leur volonté d’une part, ainsi que la solidarité internationale. Cela leur montre que la cause palestinienne est une cause juste.
Si 70 % de la population sont favorables à une solution à deux États et ont apprécié la reconnaissance internationale de la Palestine par de nombreux pays, l’État palestinien ne se fera pour eux que sur le terrain et non sur le papier. Actuellement, il n’y a pas de continuité géographique entre la bande de Gaza et la Cisjordanie ni de contrôle total sur tout son territoire par l’autorité palestinienne ; des check-points séparent les Palestiniens de leurs terrains, la colonisation a tout avalé et ne laisse rien aux autochtones.
Aujourd’hui, à cause de la colonisation, il reste aux Palestiniens moins de 18% des territoires de 1967 (je ne parle pas des territoires de 1948 !).
La majorité de la population est pour une solution à deux États mais avant, elle veut savoir comment sera son État.
Ziad Medoukh – 11 novembre 2025
Texte et images Ziad Medoukh
