Alors que l’actualité au Moyen-Orient se tourne vers l’Iran et le Liban, nous portons notre attention en priorité sur la situation des Palestiniens et leur futur toujours précaire. Nous faisons écho à une brochure de travail publiée par Pax Christi International pour donner réponse au document Kairos II de l’initiative Kairos Palestine, regroupant la plupart des Eglises chrétiennes de Terre sainte. Et nous donnons des nouvelles reçues de notre ami Ziad Medoukh, depuis Gaza, toujours attaché à l’œuvre de paix qu’il mène à travers l’éducation, et spécialement l’enseignement du français.
Kairos II et Pax Christi International.
De la réflexion à l’action concrète
Pax Christi International, dont CDM est partenaire, reprend le document Kairos II, Un moment de vérité – La foi au temps du génocide, publié par Kairos Palestine en novembre 2025, dans sa traduction française faite par les Amis de Sabeel France. Le texte intégral, que nous avons présenté sur ce site lors de sa parution, y est précédé d’une introduction de 10 pages visant à “en faciliter la réception en mettant en lumière les thèmes clés et en les traduisant en étapes concrètes de réflexion, de dialogue et d’action”. En voici quelques extraits.
Ce livret se veut une ressource pratique et réflexive pour les membres de Pax Christi
International engagés dans Kairos II : Un moment de vérité – La foi au temps du génocide publié par Kairos Palestine à Bethléem, novembre 2025. Il ne s’agit pas de remplacer le texte original, mais d’en faciliter la réception en mettant en lumière les thèmes clés et en les traduisant en étapes concrètes de réflexion, de dialogue et d’action.
1. Kairos Palestine – L’initiative chrétienne palestinienne
2. Kairos II: Un moment de vérité: la foi au temps du génocide
3. Kairos II et Pax Christi International : De la réflexion à l’action concrète
4. Annexe I: Liste de contrôle linguistique et d’engagement pour Kairos II
5. Annexe II: Texte intégral de Kairos II
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3. Kairos II et Pax Christi International: De la réflexion à l’action concrète
Kairos II est né du quotidien spécifique des Palestiniens vivant sous occupation israélienne. La violation des droits et de la dignité humaine du peuple palestinien est justifiée par le gouvernement israélien comme des actes de légitime défense, contre-insurrection ou contre-terrorisme, qui constituent en réalité un génocide : “Le génocide actuel s’inscrit dans un projet centenaire de colonialisme de peuplement éliminatoire en Palestine, une honte pour le système international et l’humanité, qui doit être stoppé, faire l’objet d’une enquête et être poursuivi” [octobre 2024, Rapport de Francesca Albanese, Rapporteuse spéciale sur la situation des droits de l’homme dans les territoires palestiniens occupés].
En réponse à l’appel fort, moral et spirituel du document, la ressource vise à aider les membres et partenaires de Pax Christi International à passer de la lecture à l’engagement, en liant la réflexion théologique et les valeurs partagées à une action cohérente.
Chaque section suit la structure de Kairos II, offrant une brève synthèse de ses idées principales, suivie de points de discussion et d’actions concrètes pouvant être adaptées aux niveaux local, national et international. L’objectif est de soutenir un processus qui ne soit pas un événement ponctuel, mais plutôt un engagement continu en faveur du plaidoyer : ancré dans l’écoute, soutenu par l’engagement et exprimé de manière concrète au fil du temps.
Introduction. Un moment Kairos
“Ce moment exige de nous une position inédite. C’est à la fois un moment décisif et un moment de vérité”.
Kairos II nous parvient comme un témoignage du Sumud (résilience) des chrétiens palestiniens qui vivent leur foi au milieu de profondes souffrances et de l’incertitude. Ce texte n’est pas écrit de loin, ni comme une réflexion théologique abstraite, mais au cœur même de la vie quotidienne où l’injustice, le déracinement, la fragmentation et la résilience font partie intégrante de l’existence quotidienne. Parallèlement, c’est aussi un témoignage de foi qui continue de soutenir et d’être soutenu par le peuple palestinien, même sous une pression extrême.
Pour Pax Christi International, ce document ne constitue pas simplement quelque chose à analyser ou à communiquer à l’extérieur. Il est une invitation à une réflexion et une compréhension plus approfondies de soi-même : sur la façon dont nous, en tant qu’organisation, incarnons nos engagements envers la paix, la non-violence et la justice face à des situations historiques concrètes. Cela nous met au défi de veiller à ce que notre langage, notre plaidoyer et notre solidarité restent cohérents avec notre identité enracinée dans l’Évangile, tout en respectant toujours et en préservant la vie des autres.
Kairos II qualifie le moment présent de Kairos, un temps décisif, non pas simplement comme un moment de l’histoire, mais comme un moment d’urgence morale, où la continuité ne suffit plus et où le discernement doit nous conduire à une action décisive. Cela suggère qu’en des temps comme celui-ci, la foi doit aller au-delà d’une réflexion passive et incarner la clarté, le courage et la volonté de faire face aux injustices de manière fidèle, fondée et soutenue.
Points de discussion et actions possibles
● Faciliter la réflexion collective ancrée dans le Kairos II et le discernement menant à un engagement concret: Organiser des séances de réflexion au sein des groupes locaux et des paroisses en vous appuyant sur des extraits du document pour une réflexion collective. Inviter les participants et les groupes à identifier une action concrète et significative. Assurer un suivi régulier par des rencontres favorisant la continuité, la responsabilité mutuelle et un engagement soutenu, en privilégiant la profondeur et la cohérence plutôt que la multiplication d’initiatives isolées.
● Créer des espaces sûrs pour la réflexion partagée, le traitement des émotions et l’écoute: Organiser des séances de réflexion animées par une personne formée à la facilitation, permettant aux participants de partager leurs réactions, émotions et questions personnelles suscitées par leur expérience de la situation. Ces séances doivent être encadrées par des personnes formées à la facilitation et reposer sur une
écoute attentive, le respect mutuel et la prise en compte des dimensions humaines et relationnelles de la violence et de la souffrance.
● Intégrer la réflexion Kairos dans la vie organisationnelle et publique courante :
Intégrer de brèves réflexions inspirées du Kairos comme élément régulier des réunions internes, des processus de formation et des rassemblements publics.
Ces moments doivent rappeler les implications éthiques et spirituelles des engagements de l’organisation, contribuant ainsi à maintenir un lien vivant entre la réflexion, la foi et l’action concrète, tant au sein des structures internes que dans le témoignage public.
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Conclusion : Le rôle de Pax Christi International
En réponse à Kairos II, Pax Christi International n’est pas appelé à parler à la place de ceux qui vivent cette réalité. Il s’agit plutôt d’écouter attentivement, d’accompagner fidèlement et d’amplifier avec responsabilité. Cela exige humilité, patience et constance dans la durée.
L’engagement envers Kairos II n’est pas un acte d’interprétation ponctuel, mais un processus de discernement continu, où le document devient un point de référence pour évaluer la manière dont Pax Christi International vit son identité dans la pratique.
En définitive, Kairos II invite à un passage de la prise de conscience à l’engagement, et de l’engagement à la transformation. Il exhorte Pax Christi International à veiller à ce que son engagement envers la vérité, la non-violence et la justice ne se limite pas aux mots, mais se concrétise dans les relations, les choix et les actions.
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De Ziad Medoukh, à Gaza, le 10 juin 2026
Voici un nouveau message de notre ami Ziad Medoukh, [relayé par Laurent Baudoin, des Amis de Sabeel France] qui continue d’enseigner le français avec amour et persévérance, malgré le génocide toujours en cours, et alors que le gouvernement français lui refuse toujours l’entrée en France (bien qu’il soit éligible au programme PAUSE et que l’université de Dijon lui ait réservé une place d’enseignant).
Rappel :
Pour soutenir et encourager Ziad et ses élèves francophones, achetez, faites connaître et offrez le livre-photos “Gaza la vie” (illustration de douze ans de solidarité entre St-Merry et le département de français de l’université de Gaza – recettes au profit des actions éducatives et sociales de Ziad).
Renseignements et commandes : baudoin-laurent@wanadoo.fr
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Avant le 7 octobre 2023, la situation était difficile dans la bande de Gaza à cause du blocus imposé par l’occupation. Malgré cela, le français était enseigné dans 25 écoles privées, certaines universités et dans 34 écoles publiques (patronnées par le ministère palestinien de l’éducation, où travaillaient alors 75 professeurs de français et 3 inspecteurs qui suivaient les professeurs et l’organisation des cours). L’avantage des écoles privées était qu’on y enseignait également le dessin et la musique et que l’effectif des classes étaient réduit (15-20 élèves).

Trois universités proposaient l’étude du français : l’université Al-Aqsa à Gaza (où j’ai travaillé en tant que chef de département pendant 13 ans). J’ai participé à la création du seul département de français de Gaza avec le concours du Consulat de France à Jérusalem. Ce département proposait une licence en 4 ans et a formé des centaines d’étudiants (en majorité des jeunes filles) qui ont travaillé comme enseignants du français dans les écoles de Gaza, ou ils ont obtenu des bourses pour poursuivre leurs études supérieures dans les universités françaises. Ce département réputé a été soutenu pour ses activités et son matériel didactique par plusieurs associations et groupes de solidarité avec le peuple palestinien dans les pays francophones.
Il y avait enfin une université privée, l’université de Gaza, où il n’y avait pas de département de français à proprement parler. Avec mes collègues, le concours des universités au Québec et le soutien d’associations francophones, j’ai participé à la création d’un Centre de langue française qui proposait des cours, des activités, des concours et des jeux en français aux étudiants de différents départements de cette université.Ce sont les étudiants de l’Université Al-Aqsa qui enseignaient dans ce Centre. Des écoles publiques et privées proposaient le DELF (Diplôme d’Etudes en Langue Française) avec le concours du Consulat de France à Jérusalem et l’Institut Français de Gaza. Il y avait des bourses pour les étudiants, des concours littéraires et artistiques.

Après l’anglais qui reste la première langue étrangère, le français est devenu la deuxième langue étrangère en Palestine, et dans la bande de Gaza en particulier. C’était alors une langue en plein essor.
Dès le début de l’agression du 7 octobre 2023, le système éducatif a été touché. Entre octobre 2023 et octobre 2024, il n’y a eu de cours dans aucune école de la bande de Gaza à cause des déplacements forcés, des bombardements intensifs, de l’insécurité et des destructions des écoles.
Des 320 écoles qui existaient avant l’agression, seules 12 sont encore debout aujourd’hui, les autres ont été totalement détruites. Celles qui n’ont été que partiellement détruites ont été transformées en centres d’accueil pour les déplacés.
Malheureusement, les trois universités qui proposaient des enseignement de français, différents et variés, ont été détruites. Actuellement les cours ont repris virtuellement mais peu d’étudiants sont inscrits dans les départements de français des universités Al-Aqsa ou Al-Azhar. Des professeurs ont été assassinés, d’autres ont émigré à l’étranger (Égypte, France, Québec). Le Centre de la langue française de l’Université de Gaza a été complètement détruit et il n’y a donc plus de cours proposés actuellement, même virtuellement.

Lors de la reprise des cours en octobre 2024, le français n’était plus enseigné que dans deux écoles privées. Avec des collègues, nous avons décidé de développer l’enseignement du français dans les tentes et également les centres éducatifs. On a réussi à réintroduire des cours de français, mais ça n’est pas encore régulier. Nous avions quatre objectifs : permettre aux élèves de garder le contact avec la langue française ; donner l’occasion aux diplômés en français d’avoir un petit boulot, même mal rémunéré ; montrer au monde francophone qu’à Gaza, les élèves apprennent le français ; montrer l’importance de la langue française comme langue d’échange et d’espoir pour des élèves enfermés.
On a pu mettre en place des activités avec les enfants, par exemple des ateliers de dessin et, surtout, on a réussi à donner l’occasion aux élèves de témoigner. Des journalistes ont recueilli les témoignages d’enfants qui suivaient les cours de français. Ces témoignages ont été lus lors d’événements dans plusieurs villes en France, lors de soirées de solidarité notamment.
Malgré les conditions très difficiles, le manque de moyens et la pénurie de matériel pédagogique, éducatif et didactique, on a aussi réussi à proposer des cours, assurés par des diplômés de français, dans 7 centres éducatifs cette année. Ce projet ambitieux a été mené avec le soutien de quelques amis solidaires et de groupes de solidarité dans les pays francophones.
Les activités de soutien psychologique proposées par des animateurs et animatrices francophones, les ateliers de dessin et les cours de français interactifs sont des moments de joie et de plaisir pour les enfants.
L’enseignement de cette belle langue française est en train de reprendre lentement, lentement, à Gaza la dévastée. Fin mai dernier, l’Institut Français de Gaza a proposé un concours de poésie pour les jeunes étudiants dans les universités de Gaza, ainsi que pour les diplômés de français, et on s’en réjouit.
En plus, et dans quelques centres éducatifs, on a essayé d’organiser des cours de français pour les enseignants qui ont demandé ces cours. On peut les voir dans les vidéos filmées par les diplômés de français de la chaîne vidéo gratuite Gaza la vie, gérée par les étudiants et les diplômés de français dans la bande de Gaza :
Texte et images Ziad Medoukh
