Voici des extraits de la synthèse en français, sur le site d’Amnesty International France, du rapport publié le 10 juin 2026, “Nettoyage ethnique en Cisjordanie : comment Israël organise l’annexion avec l’aide des colons”.
Voir le rapport intégral de 149 pages en anglais :
Erasing anything Palestinian – Amnesty International report
Voir la synthèse de 21 pages en français de ce rapport :
Synthèse rapport Eradiquer toute présence palestinienne
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Alors qu’Israël poursuit le génocide à Gaza, le pays mène en parallèle, à quelques kilomètres à peine, une campagne de nettoyage ethnique contre les Palestinien·nes de Cisjordanie. Les colons israéliens harcèlent, pillent et attaquent les populations palestiniennes, les poussant à fuir leur terre ancestrale. Depuis 2023, ces violences ont explosé. Loin d’être le fait de quelques colons extrémistes isolés, elles sont en réalité délibérément orchestrées par l’Etat d’Israël.
Comment organise-t-il, finance-t-il et encourage-t-il la violence des colons en Cisjordanie en vue d’annexer le territoire ? C’est ce qu’explique notre rapport à partir de témoignages, de vidéos vérifiées, d’images satellites et d’analyses de politiques publiques israéliennes.
Les violences documentées en Cisjordanie ne sont pas le fait de quelques “brebis galeuses” ou de colons isolés. Il s’agit d’une campagne délibérée, orchestrée par l’État d’Israël. Un nettoyage ethnique. L’objectif est clairement explicité par le gouvernement israélien : vider la Cisjordanie de la population palestinienne pour que le territoire soit annexé à Israël. C’est ce que révèle notre rapport “Eradiquer toute présence palestinienne : le nettoyage ethnique des communautés bédouines et pastorales de Cisjordanie par Israël”.
La Cisjordanie, où vivent quelque 3 millions de Palestinien·nes, est occupée par Israël depuis la guerre des Six jours de 1967. Depuis lors, les colonies et les avant-postes israéliens se multiplient. Les colons encerclent des villages palestiniens et s’en emparent peu à peu.
Après l’arrivée au pouvoir de la coalition de Benyamin Netanyahou et les terribles attaques du 7 octobre 2023 du Hamas et d’autres groupes armés palestiniens qui ont tué environ 1200 personnes – pour la plupart des civil·es israélien·nes – la violence se débride. Israël commet un génocide contre les Palestinien·nes de la bande de Gaza occupée et accélère sa campagne de nettoyage ethnique des Palestinien·nes de Cisjordanie.

Les violences des colons explosent, les colonies s’étendent. Les communautés bédouines et pastorales palestiniennes de la zone C de la Cisjordanie sont particulièrement touchées. La zone C, qui représente plus de 60% du territoire, est contrôlée par l’armée israélienne depuis le partage de la Cisjordanie en trois zones, en vertu des accords d’Oslo de 1995. Dotée de riches ressources naturelles et agricoles, elle attise les convoitises. Les autorités israéliennes cherchent à s’en emparer à n’importe quel prix, même celui des vies humaines.
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L’idéologie du grand Israël
Depuis 1967 et l’occupation par Israël des territoires palestiniens, plusieurs gouvernements israéliens ont envisagé des plans d’annexion. Mais le 37ème gouvernement, dirigé par le Likoud de Benyamin Netanyahou, marque un tournant. Formé en coalition avec deux partis politiques ultranationalistes et religieux :
- le Parti Force juive, conduit par Itamar Ben-Gvir, aujourd’hui ministre de la Sécurité nationale,
- et le Parti du Sionisme religieux (Mafdal), emmené par Bezalel Smotrich, ministre des Finances et ministre adjoint au ministère de la Défense – lui même résident d’une colonie sur place, et chargé des politiques civiles en Cisjordanie,
il place des figures du mouvement des colons au premier plan.
Le gouvernement reprend ainsi à son compte l’idéologie du “Grand Israël” et fait de l’annexion de la Cisjordanie occupée un objectif politique explicite.
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Entre janvier 2023 et avril 2026, le gouvernement a déclaré 102 nouvelles colonies, un record dans l’histoire d’Israël.
Un large soutien financier
Ces dernières années, les fonds alloués par le gouvernement au mouvement des colons ont explosé. Certaines colonies ont même été classées comme “zones prioritaires nationales”, ce qui leur permet d’obtenir davantage d’aides financières de l’État.
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La confiscation des terres
Les autorités israéliennes utilisent plusieurs méthodes pour s’emparer des terres agricoles de la zone C. L’une d’elles consiste à labelliser ces terres comme “terres d’Etat”, “réserves naturelles” ou “réserves archéologiques”. Cela permet d’empêcher les Palestinien·nes d’y vivre ou d’y travailler.
En zone C, 58 % des terres ne sont pas enregistrées. En février 2026, les autorités israéliennes avaient déjà pris le contrôle de la moitié d’entre elles en les déclarant propriétés publiques.
La multiplication des avant-postes
Une autre stratégie bien connue consiste à construire des avant-postes, souvent des fermes d’élevage installées par des colons près de villages palestiniens. Ces constructions sont illégales, selon le droit israélien et le droit international. Pourtant, les autorités israéliennes continuent de les encourager, dans les discours comme dans les lois, et vont parfois jusqu’à les légaliser rétroactivement.
Avec l’appui de l’État, ces avant-postes se multiplient en toute impunité : sur les 368 recensés en avril 2026, 58 % ont été créés depuis 2023.
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Des logements au seul profit des colons
En zone C et à Jérusalem Est, les Palestinien-nes doivent obligatoirement obtenir un permis délivré par Israël pour construire une maison, une école, ou même des infrastrutures pour s’approvisionner en eau.
En 2023 et 2024, aucun projet de logement palestinien n’a été approuvé en zone C, et seuls 9 permis ont été délivrés pour des logements. Dans le même temps, les démolitions d’infrastructures palestiniennes ont atteint des niveaux records ces derniers années, sous prétexte qu’elles avaient été construites sans permis.
3407 démolitions des habitations et structures palestiniennes dans la zone C entre janvier 2023 et avril 2026, déplaçant 2 996 Palestinien·nes selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA).
En parallèle de ces destructions, la construction de nouveaux logements de colons a atteint un niveau inédit. Entre 2011 et 2022, 5 433 nouveaux logements étaient construits en moyenne chaque année. En 2025, 27 941 logements ont été approuvés.
Un régime d’apartheid
Avec la confiscation de leurs terres, les Palestinien·nes de Cisjordanie sont déplacés de force et confinés dans des enclaves surpeuplées. Leurs droits sont fortement restreints, notamment leur liberté de circulation. Certaines routes sont réservées aux colons israéliens tandis que celles laissées à la population palestinienne sont bloquées par de nombreux obstacles militaires.
Leur accès à l’eau et à la terre, des moyens de subsistance essentiels, est également sévèrement limité. Pour forcer les Palestinien·nes à quitter leurs terres, des colons détruisent leurs systèmes d’approvisionnement en eau et saccagent leurs terres agricoles. Des bergers dont les troupeaux sont accusés de paître sur les “terres d’État” sont condamnés à de lourdes amendes et sont souvent contraints de vendre leurs animaux pour les payer.
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Les colons utilisent principalement trois tactiques pour déplacer de force les communautés palestiniennes :
- attaquer les habitations, les villages et les biens ;
- harceler, menacer et agresser physiquement les habitant·es ;
- cibler les moyens de subsistance, notamment en limitant l’accès aux pâturages ou à l’eau, en volant du bétail ou en détruisant des champs agricoles.
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Des colons financés, armés, habillés par l’Etat
Les colons sont financés, armés et équipés par l’Etat. L’armée et la police israéliennes sont aussi autorisées à les soutenir, voire à participer aux attaques.
Drones, véhicules tout-terrain, lunettes de vision nocturne, matériels de communication, caméras, portails électriques : le gouvernement consacre plusieurs millions de dollars à suréquiper les colons comme des soldats. En face, les communautés palestiniennes pastorales et bédouines sont désarmées et dépossédées. En juillet 2024, 23 millions de dollars ont été alloués par le ministère de la Colonisation et des Missions nationales pour moderniser les infrastructures de sécurité dans les avant-postes.
Le gouvernement finance aussi directement des organisations de colons impliquées dans les violences et l’expropriation des Palestinien·nes. HaSHomer Yosh, qui recrute des volontaires israéliens dans les avant-postes, a reçu plus d’1 million de dollars. Nos équipes ont vérifié des vidéos montrant leurs membres en train de harceler et d’agresser des Palestinien·nes de communautés bédouines et pastorales.
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Des violences de colons [laissées] impunies par l’Etat
Dans plusieurs cas documentés par nos équipes, des Palestinien·nes ayant signalé les violences ont eux-mêmes été interrogés, condamnés voire arrêtés, à la place des colons. Plusieurs d’entre eux racontent avoir été arrêtés et détenus pour “affrontement avec des colons”, sur la seule base du témoignage de ces derniers. Face à l’impunité totale des colons et à ce renversement des responsabilités, la plupart des Palestinien·nes n’osent aujourd’hui plus porter plainte.
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Inaction voire complicité de la communauté internationale
Face aux violences des colons israéliens, plusieurs États ont adopté des sanctions ciblées contre certains individus ou organisations. Mais ces violences ne relèvent pas seulement d’actes isolés : elles s’inscrivent dans une politique d’État. Pour être réellement efficaces, les sanctions internationales doivent donc viser l’État d’Israël lui-même, et non se limiter à quelques colons.
La communauté internationale a des obligations juridiques claires : agir pour mettre fin à l’occupation illégale, au système d’apartheid et au génocide à Gaza. Aujourd’hui, son inaction persistante renforce l’impunité totale dont bénéficie Israël et contribue à encourager une campagne brutale de nettoyage ethnique en Cisjordanie.
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Nos demandes
Embargo économique
- Les États doivent immédiatement interdire tout commerce, tout investissement et toute forme de coopération ou d’aide financière contribuant à l’occupation illégale d’Israël, à son système d’apartheid et au nettoyage ethnique des Palestiniens en Cisjordanie.
- L’Union européenne doit suspendre son accord d’association avec Israël.
Demande de sanctions contre les responsables des crimes
Les États doivent agir pour empêcher Israël de continuer le nettoyage ethnique des Palestinien·nes en Cisjordanie occupée. Plusieurs pays, dont la France, viennent d’interdire l’accès de leur territoire au ministre des Finances, Bezalel Smotrich. Mais ce n’est pas suffisant. Nous demandons des sanctions ciblées pour ces cinq responsables de crimes :
- Benyamin Netanyahou, Premier ministre
- Itamar Ben-Gvir, ministre de la Sécurité nationale
- Israel Katz, ministre de la Défense
- Bezalel Smotrich, ministre des Finances
- Orit Strock, ministre des Colonies et des Missions nationales
Les autorités israéliennes doivent cesser leur campagne de nettoyage ethnique
Les autorités israéliennes doivent immédiatement :
- mettre fin au transfert forcé des communautés bédouines et pastorales palestiniennes ;
- démanteler toutes les colonies et les avant-postes israéliens ;
- permettre aux Palestiniens déplacés de retourner chez eux et d’accéder à des réparations pour les préjudices subis ;
- poursuivre en justice les auteurs des crimes commis à l’encontre de la population palestinienne.
L’article se termine sur une pétition “pour que la France mette fin à l’impunité d’Israël” que l’on peut trouver ici : https://www.amnesty.fr/petitions/genocide-gaza-france-fin-impunite-israel/

Voir aussi l’article de l’Agence Media Palestine du 16 juin 2026, “Cisjordanie : Israël accélère le nettoyage ethnique et l’annexion de facto“. Il fait le point des exactions les plus récentes de colons israéliens à l’encontre des Palestiniens de Cisjordanie et cite les données du rapport d’Amnesty International.
Texte et images Amnesty International
