Messages de Pâques 2026 du Conseil Œcuménique des Églises et du pape Léon.

Ces deux instances majeures du christianisme, le COE et le Vatican, expriment, à l’occasion de la fête de Pâques, une convergence remarquable autour des menaces qui pèsent sur la paix, en particulier sur le pourtour de la Méditerranée. Elles disent combien la foi au Christ, guide exigeant, est une source d’espérance pour le monde actuel.

Conseil Œcuménique des Eglises
Message de Pâques 2026

Et si Christ n’est pas ressuscité, votre foi est illusoire…
(1 Corinthiens 15,17)

Comment pouvons-nous fêter Pâques à une époque où les cris de joie sont si souvent éclipsés par des cris de désespoir? Les guerres, les injustices économiques, les violences sexuelles, les oppressions politiques, les catastrophes climatiques et les persécutions religieuses font tant de victimes! Pouvons-nous fêter Pâques de manière authentique sans tenir compte de ces souffrances ?

Pâques est la pierre angulaire de notre foi chrétienne. C’est une immense source d’espérance en cette période troublée. Jésus inspirait énormément les hommes et les femmes de son temps lorsqu’il prononçait des paroles d’amour et d’espérance, lorsqu’il touchait les gens de ses mains de guérisseur, lorsqu’il rassemblait des personnes d’origines très différentes en une seule et même communauté d’amour. Tous et toutes pouvaient sentir la présence de Dieu lui-même.

À une époque d’occupation et d’oppression politique, Jésus a ouvert une fenêtre sur un monde où chaque être humain, créé par Dieu sur un pied d’égalité, vivrait dans la dignité. L’espérance a commencé à se propager. Puis, est survenue une grosse déception: Jésus a été
arrêté. Il a été torturé. Mis à mort, il s’est écrié: “Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné?” La situation était désespérée. Il était une source d’inspiration, un chef spirituel et moral, et, en fin de compte, comme tant d’autres dans l’Histoire, il a échoué. Les espoirs
ont encore une fois été déçus, comme souvent, y compris aujourd’hui, en ces temps de guerres, de conflits, de violences et de catastrophes climatiques.

Puis le troisième jour est arrivé, et ce que les femmes ont vécu au tombeau de Jésus a tout changé. Quand elles sont venues faire leur deuil dans les larmes, le tombeau était vide. Elles ont rencontré Jésus vivant. Elles l’ont raconté aux disciples. Et après avoir surmonté leur
incrédulité, les disciples ont répandu la bonne nouvelle dans le monde entier, de sorte qu’aujourd’hui, des myriades de personnes – dont beaucoup vivent elles aussi des situations désespérées – célèbrent Pâques, la fête de la résurrection de Jésus, sachant qu’il a promis
d’être avec nous “tous les jours jusqu’à la fin des temps” (Matthieu 28,20). La mort n’aura pas le dernier mot. C’est la vie qui l’aura.

Pâques n’appelle pas à l’apaisement spirituel face à des souffrances par ailleurs intolérables. La mort et la résurrection de Jésus sont indissociables de sa vie, caractérisée par l’amour, la réconciliation et la justice. Par conséquent, notre foi pascale en la résurrection n’est pas
seulement une immense source d’espérance; c’est aussi un acte de protestation contre les dénis de dignité et d’humanité exprimés par les guerres offensives, contre la propagation de la haine et du mépris à l’égard de populations entières, et contre des péchés tels que le
racisme, l’antisémitisme, le nationalisme et la xénophobie.

Les chrétiennes et les chrétiens sont des personnes qui fondent leur existence sur un message conduisant à la vie – une vie remplie de l’espérance dans le Christ ressuscité qui a triomphé du péché, de la souffrance et de la mort.

Puissions-nous fêter cette Pâque comme un temps de rassurance : malgré les abîmes que nous tutoyons aujourd’hui dans le monde, autre chose nous attend. Et il n’agira pas d’un trou noir, mais d’un ciel nouveau et d’une terre nouvelle, où toute larme sera essuyée de nos yeux. Cette perspective continue de nous unir dans la communauté universelle de l’Église. Elle nous relie à toutes les personnes qui vivent sur cette terre, car, tout comme nous, elles ont été créées à l’image de Dieu.

Joyeuses Pâques !

Télécharger ici l’original du message de Pâques 2026 du COE.

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Message de Pâques Urbi et Orbi du pape Léon
“Que ceux qui ont le pouvoir de déclencher des guerres choisissent la paix !”

Frères et sœurs,

Le Christ est ressuscité ! Joyeuses Pâques !

Depuis des siècles, l’Église chante avec joie l’événement qui est l’origine et le fondement de sa foi : “Le Maître de la vie mourut ; vivant, il règne. Nous le savons : le Christ est vraiment ressuscité des morts. Roi victorieux, prends-nous tous en pitié” (Séquence de Pâques).

Pâques est une victoire : celle de la vie sur la mort, de la lumière sur les ténèbres, de l’amour sur la haine. Une victoire au prix très élevé : le Christ, le Fils du Dieu vivant (cf. Mt 16,16), a dû mourir, et mourir sur une croix, après avoir subi une injuste condamnation, avoir été moqué et torturé, et avoir versé tout son sang. En tant que véritable Agneau immolé, il a pris sur lui le péché du monde (cf. Jn 1,29 ; 1 P 1,18-19) et nous a ainsi tous libérés, avec la création, de la domination du mal.

Mais comment Jésus a-t-il vaincu ? Quelle est la force avec laquelle il a vaincu une fois pour toutes l’ancien Adversaire, le Prince de ce monde (cf. Jn 12, 31) ? Quelle est la puissance avec laquelle Il est ressuscité d’entre les morts, non pas pour revenir à la vie d’avant, mais pour entrer dans la vie éternelle et ouvrir ainsi, dans sa propre chair, le passage de ce monde vers le Père ?

Cette force, cette puissance, c’est Dieu lui-même, Amour qui crée et donne la vie, Amour fidèle jusqu’à la fin, Amour qui pardonne et rachète.

Le Christ, notre “Roi victorieux”, a mené et remporté son combat dans un abandon confiant en la volonté du Père, en son dessein de salut (cf. Mt 26, 42). Il a ainsi parcouru jusqu’au bout le chemin du dialogue, non pas en paroles mais en actes. Pour nous retrouver, nous qui étions perdus, il s’est fait chair ; pour nous libérer, nous qui étions esclaves, il s’est fait esclave ; pour nous donner la vie, nous qui étions mortels, il s’est laissé tuer sur la croix.

La force par laquelle le Christ est ressuscité est totalement non violente. Elle est semblable à celle d’un grain de blé qui, corrompu dans la terre, grandit, se fraye un chemin entre les sillons, germe et devient un épi doré. Elle est plus semblable encore à celle d’un cœur humain qui, blessé par une offense, repousse l’instinct de vengeance et, rempli de pitié, prie pour celui qui l’a offensé.

Frères et sœurs, telle est la véritable force qui apporte la paix à l’humanité, puisqu’elle produit des relations respectueuses à tous les niveaux : entre les personnes, les familles, les groupes sociaux, les nations. Elle ne vise pas un intérêt particulier, mais le bien commun ; elle ne veut pas imposer son propre projet, mais contribuer à l’élaborer et à le réaliser avec les autres.

Oui, la résurrection du Christ est le commencement de l’humanité nouvelle. Elle marque l’entrée dans la véritable terre promise où règnent la justice, la liberté et la paix, où tous se reconnaissent comme frères et sœurs, enfants du même Père qui est Amour, Vie et Lumière.

Frères et sœurs, par sa résurrection, le Seigneur nous confronte avec encore plus d’intensité au drame de notre liberté. Devant le tombeau vide, nous pouvons nous remplir d’espérance et d’émerveillement, comme les disciples, ou de peur comme les gardes et les pharisiens, contraints de recourir au mensonge et à la ruse pour ne pas reconnaître que celui qui avait été condamné est vraiment ressuscité (cf. Mt 28, 11-15).

À la lumière de Pâques, laissons-nous émerveiller par le Christ ! Laissons son immense amour changer notre cœur ! Que ceux qui ont des armes en main les déposent ! Que ceux qui ont le pouvoir de déclencher des guerres choisissent la paix ! Non pas une paix imposée par la force, mais par le dialogue ! Non pas avec la volonté de dominer l’autre, mais de le rencontrer !

Nous nous habituons à la violence, nous nous y résignons et nous devenons indifférents. Indifférents à la mort de milliers de personnes. Indifférents aux répercussions de haines et de divisions que les conflits sèment. Indifférents aux conséquences économiques et sociales qu’ils engendrent et que chacun ressent pourtant. On assiste à une “mondialisation de l’indifférence” de plus en plus marquée, pour reprendre une expression chère au Pape François, qui adressait au monde ses dernières paroles il y a un an depuis cette loggia, en nous rappelant : “Que de volonté de mort nous voyons chaque jour dans les nombreux conflits qui touchent différentes parties du monde !” (Message Urbi et Orbi, 20 avril 2025).

La croix du Christ nous rappelle sans cesse la souffrance et la douleur qui environnent la mort, ainsi que l’angoisse qu’elle engendre. Nous avons tous peur de la mort et, par crainte, nous détournons le regard, préférant ne pas voir. Nous ne pouvons pas continuer à rester indifférents ! Et nous ne pouvons pas nous résigner au mal ! Saint Augustin enseigne : “Si tu as peur de la mort, aime la résurrection !” (Sermo 124, 4). Aimons, nous aussi, la résurrection qui nous rappelle que le mal n’a pas le dernier mot, car il a été vaincu par le Ressuscité.

Il a traversé la mort pour nous donner la vie et la paix : “Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix. Ce n’est pas comme le monde la donne que je vous la donne” (Jn 14, 27). La paix que Jésus nous donne n’est pas celle qui se limite à faire taire les armes, mais celle qui touche et transforme le cœur de chacun ! Convertissons-nous à la paix du Christ ! Faisons entendre le cri de paix qui jaillit du cœur ! C’est pourquoi j’invite tout le monde à se joindre à moi à la veillée de prière pour la paix que nous célébrerons ici, dans la Basilique Saint-Pierre, samedi prochain, 11 avril.

En ce jour de fête, abandonnons toute volonté de querelle, de domination et de pouvoir, et implorons le Seigneur pour qu’il accorde sa paix à ce monde endeuillé par les guerres et marqué par la haine et l’indifférence qui nous font nous sentir impuissants face au mal. Nous recommandons au Seigneur tous les cœurs qui souffrent et qui attendent la paix véritable que Lui seul peut donner. Confions-nous à Lui et ouvrons-Lui notre cœur ! Lui seul fait toutes choses nouvelles (cf. Ap 21,5) !

Joyeuses Pâques !

Télécharger ici l’original du message Urbi et Orbi de Léon XIV pour Pâques 2026.

Voir aussi la présentation de ce message sur le site Vatican News.

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On sait que cet appel à “ceux qui ont des armes en main, (…) le pouvoir de déclencher des guerres” a été relevé et critiqué par la présidence des Etats-Unis, par le président Trump lui-même et par son vice-président J.D. Vance. Voir le dossier du quotidien La Croix du 14 avril 2026, p. 1 à 3, co-signé des trois journalistes Mikael Corre, Matthieu Lasserre et Malo Tresca, et intitulé “Entre le pape et Donald Trump les raisons d’une passe d’armes inédite“.

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