Titre

Musulmans et chrétiens

Sous titre

Pistes pour un dialogue sans angélisme ni pessimisme

Auteur

Hicham Abdel Gawad

Type

livre

Editeur

Waterloo (Belgique) : La Boîte à Pandore, 2018

Nombre de pages

131 p.

Prix

19,90 €

Date de publication

2 juillet 2020

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Musulmans et chrétiens. Pistes pour un dialogue sans angélisme ni pessimisme

Le gros livre publié, en 2016, par Hicham Abdel Gawad Les questions que se posent les jeunes sur l’islam1, est un livre passionnant, liant itinéraires biographique, intellectuel et spirituel, articulant une réflexion de fond sur l’islam et la lecture du Coran, d’un côté, et, de l’autre, sa pratique pédagogique avec de jeunes musulmans d’aujourd’hui, en Belgique. Le lecteur ouvre donc ce deuxième livre, publié un an plus tard, sous le titre Musulmans et chrétiens : pistes pour un dialogue sans angélisme ni pessimisme avec une grande attente. D’autant plus, que le titre semble conduire sur un terrain expérimental, avec d’emblée une prise de position. Le lecteur s’attend au même aller et retour – entre pratique du dialogue islamo-chrétien et réflexion critique sur les enjeux et la méthode – que dans le précédent livre. Mais cette attente est déçue car ce livre présente surtout un parcours historique et théorique et ne répond guère au programme annoncé dans le titre.

Après l’introduction, le second chapitre décrit les débuts des relations entre musulmans et chrétiens. Il montre d’abord la complexité du paysage chrétien arabe au temps de la prédication du prophète de l’islam, Mohammed, dans l’Arabie du VII siècle. Puis, à partir de Jean Damascène (VIII siècle), il évoque les principales controverses et leurs auteurs, en soulignant qu’on ne peut pas parler de dialogue mais que ces échanges déplacent la perception que les uns ont des autres (p. 36).

Le troisième chapitre fait un saut dans le temps et commence par la présentation de polémiques récentes, au XX siècle, notamment celles de l’Indien Ahmed Deedat avec des représentants du pentecôtisme évangélique. Il y a de fait débat mais, selon l’auteur, ce sont plus « des défis lancés à la foi chrétienne » (p. 40). Il ajoute : « L’exemple de ce qu’on peut raisonnablement baptiser « controverse théologique islamo-chrétienne » aboutit finalement à un échange qui n’en est pas un. » (p. 51)

Abdel Gawad cherche alors un terrain commun pour le dialogue du côté de la théologie. Examinant la théologie chrétienne des religions et le pluralisme religieux tant du côté du Coran que de la théologie chrétienne, il souligne plutôt les impasses dogmatiques à propos de Jésus, de la Trinité ou de la révélation. Pour ce qui est du Coran, il est dommage qu’il ne fasse pas référence à la proposition que développe Nayla Tabbara dans L’hospitalité divine2, celle de la distinction de trois époques dans la révélation coranique, à ce sujet. La troisième, notamment avec la Sourate 5 « La table servie3 », ouvre à une compréhension du pluralisme d’un point de vue coranique. Il fait référence à plusieurs théologiens chrétiens dont Jacques Dupuis et constate l’impasse que représente la théologie pour développer le dialogue entre chrétiens et musulmans : « L’irréductibilité inhérente aux contenus dogmatiques des deux religions fonde leurs différences fondamentales mais du même coup aussi leurs identités propres. » (p. 74). Il en conclut qu’il vaut mieux quitter la théologie et « aborder le dialogue islamo-chrétien avec les outils de la philosophie. » ( p. 83).

Cette prise de position claire, est-elle convaincante ? Des nuances fortes seraient à apporter et l’ouvrage  Conversations orientales sur l’islam et le christianisme4 entre Mgr Georges Khodr et Mahmoud Ayyoub montre, à sa manière, la fécondité d’échanges de type théologique.

Le quatrième chapitre aborde donc cette problématique philosophique à partir de deux auteurs E. Kant et J. Habermas. Chez Kant, ce qui l’intéresse est le souci d’une éthique universelle ; selon lui, « l’éthique kantienne peut constituer une base adéquate pour le dialogue islamo-chrétien. » (p. 104). Il présente alors l’éthique de la discussion chez Habermas et pense qu’elle peut être un bon paradigme pour le dialogue islamo-chrétien.

Ses conclusions ouvrent sur ce qu’annonçait le titre comme sujet de l’ouvrage, poser les bases d’un dialogue islamo-chrétien, en faisant confiance à l’usage de la raison. Il ne s’agit pas comme dans les polémiques d’Ahmed Deedat avec ses adversaires de savoir qui a raison mais de promouvoir « le dialogue éthique » comme « une voie de choix, dans les deux sens du terme » (p. 127) pour développer un dialogue islamo-chrétien. Le cadre théorique étant posé, on attend de l’auteur qu’il ouvre, dans son prochain livre, les pistes annoncées dans le titre de celui-ci.

Christophe Roucou

Institut catholique de la Méditerranée- Marseille

Notes de la rédaction

2  Cf. la recension de L’hospitalité divine : l’autre dans le dialogue des théologies chrétienne et musulmane / Fadi Daou, Nayla Tabbara.- Zürich/Münster : LIT Verlag, 2013.- Diffusé par « Chemins de Dialogue ».

3 Ecouter la  conférence  sur La table servie (sourate al-Mâ’ida) donnée à la BM de Lyon, le 31/10/2007, par Michel Cuypers, membre de l’IDEO et spécialiste de l’analyse rhétorique du Coran (durée : 1h15), avec, en première partie, la présentation de l’IDEO par le fr. Jean Druel, spécialiste de linguistique arabe et des lectures variantes du Coran et directeur de l’IDEO depuis octobre 2014 (durée : 45 mn).

4 Conversations orientales entre islam et christianisme / Mahmûd Ayyûb, Georges Khodr.- Marseille : Publications Chemins de Dialogue, 2018.- 188 p.-13 €

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