Titre

Jérusalem, du passé au présent

Sous titre

Dossier de la revue Les Cahiers de l’Orient, n°130

Auteur

sous la direction d’Antoine Sfeir ; coordination, Michaël Jasmin

Type

livre

Editeur

Paris : Les Cahiers de l’Orient et le Centre d'études et de recherches sur le Proche-Orient (CERPO), 30/03/2018

Nombre de pages

131 p.

Prix

18 €

Date de publication

28 novembre 2018

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Jérusalem, du passé au présent

La décision unilatérale de Donald Trump d’installer l’ambassade des États unis à Jérusalem le 14 mai 2018, à l’occasion de la célébration du 70e anniversaire de la proclamation de l’État d’Israël, a remis Jérusalem au cœur de l’actualité internationale. A vrai dire, toute personne qui s’intéresse au devenir chaotique de la région sait que Jérusalem est, depuis 1948 au moins, au cœur du conflit israélo-palestinien, tant le sort de cette ville « trois fois sainte » compte aux yeux des croyants qui s’en réclament, et prête à instrumentalisation politique.

Ce numéro de printemps 2018 des Cahiers de l’Orient, ouvert par un éditorial du regretté Antoine Sfeir[1], est une véritable mine, car il regorge d’informations et d’analyses fouillées. Michaël Jasmin, qui a coordonné le numéro, propose d’entrée de jeu une brève chronologie, qui s’éclaire ensuite au fil des 8 articles qui composent le dossier[2]. Des experts de premier plan ont été mis à contribution comme l’historien Vincent Lemire[3], qui dirige un programme de recherche international sur les archives historiques de Jérusalem, et l’historien et diplomate Élie Barnavi qui analyse avec finesse  combien le sort de Jérusalem se prête à une instrumentalisation politique, ce dont personne ne s’est privé : l’État d’Israël, bien sûr, qui trouve en cette ville l’occasion d’un merveilleux récit  fondateur, avec le Temple qui renvoie à David et Salomon, mais aussi, à des degrés divers, les autres acteurs. Les chrétiens ne sont pas absents de ce jeu politique, tant s’en faut, l’électorat  de Donald Trump étant largement fourni par les milieux évangéliques messianiques américains qui voient en lui le nouveau Cyrus, celui qui rend sa terre au peuple élu. La journaliste Mireille Duteil montre comment le sort de la Ville est au cœur des diverses étapes du conflit israélo-palestinien.

Ce cadrage étant donné, l’essentiel du numéro est consacré à l’archéologie, véritable « sport de combat » et fer de lance des luttes politiques et idéologiques. Souvent rédigés par des Israéliens bien informés, mais soucieux d’objectivité et d’analyse, plusieurs articles entrent dans le détail de péripéties successives qui ont plusieurs fois conduit la région à l’émeute voire même au bord de la guerre : démolition à la sauvette en juin 1967 du quartier des Maghrébins devant le Kotel (mur des lamentations), creusement de tunnels le long du mur pour déboucher en quartier musulman, creusement sous l’esplanade de la mosquée al-Marwani, fouilles de la Cité de David, au-dessus de la piscine de Siloé, etc.

Largement commanditées par les politiques et les militaires, ces entreprises impliquent néanmoins de vrais professionnels de l’archéologie, authentiques savants, qui résistent à des degrés divers à l’instrumentalisation politique de leur discipline.

Le lecteur pressé pourra se contenter de lire l’historique par Raphaël Greenberg de 50 ans de fouilles dans la ville historique de Jérusalem ou le délicieux article de Haïm Jacobi, « « Silwan, je t’aime«  : vers une archéologie du présent », où l’on découvre à quel point les urbanistes et aménageurs ont réfléchi de longue date à l’intégration dans un récit national sioniste de ces petits quartiers musulmans de la ville, promis à disparaître, à moins que les populations ne sachent résister, et elles le font, soutenues d’ailleurs en cela par divers mouvements de la société civile israélienne. Le combat est inégal, mais dans une ville multiséculaire comme Jérusalem, qui peut prétendre que tout est joué. Tant d’empires y ont déjà connu triomphes et défaites.

Le grand mérite de ce numéro des Cahiers de l’Orient est d’aider à sortir d’une lecture trop idéologique en donnant aux lecteurs beaucoup d’informations et des clés de lecture. A lire à tout prix. J’y vois comme un hommage à l’ami Antoine Sfeir, observateur et analyste passionné de cet Orient compliqué qu’il nous a aidés à aimer, malgré tout.

 

Jean Jacques Pérennès, op[4]

Directeur
École biblique et archéologique française de Jérusalem

 

[1] Antoine Sfeir, né le 25 novembre 1948 à Beyrouth est mort le 1er octobre 2018 à Paris. Journaliste et politologue franco-libanais, auteur de nombreux ouvrages sur des sujets liés au Moyen-Orient et au monde musulman, il a fondé, en 1985, Les Cahiers de l’Orient, revue d’études et de réflexion sur le monde arabe et musulman. Cf. Le blog d’Antoine Sfeir , son parcours, et l’article de La Croix, 03/10/2018 : Antoine Sfeir, entre Orient et Occident

[2] Cf. Sommaire du dossier

[3] Auteur de Jérusalem 1900 : la ville sainte à l’âge des possibles.- Armand Colin, 2013 et de Jérusalem : histoire d’une ville-monde.- Flammarion, 2016

[4] On pourra lire aussi la recension par le fr. J.-J. Pérennès du dossier de la revue Le Monde de la Bible n°223 (déc. 2017-févr. 2018) sur Jérusalem dans les textes et les pierres