Détenus et disparus en Syrie, le CCFD-Terre Solidaire veut contribuer à conserver leur mémoire.

Le CCFD-Terre Solidaire annonce le lancement sur le site “Mémoire créative de la révolution syrienne” d’un projet en ligne “Détenus et disparus” en Syrie. On en trouve les détails dans l’article de Gwenaëlle Lenoir paru dans la revue de la solidarité internationale, “Échos du monde”, du CCFD-Terre Solidaire (Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement, partenaire de Chrétiens  de la Méditerranée), n°320, 1er trimestre 2022 (ultérieurement en ligne sur le site du CCFD-Terre Solidaire).

https://creativememory.org/fr/archives (en français)

Ce site, créé en 2013, “recense l’expression artistique et culturelle depuis la révolution syrienne et documente l’ampleur des exactions du régime”.

“Dans notre travail, nous nous efforçons de mettre en avant les sujets sur lesquels s’expriment les Syriens. Ces questions ‘Où sont les disparus?’, ‘Où sont les détenus?’ sont l’obsession de tous, à l’extérieur du pays, à l’intérieur chez les anti-Assad, chez les pro-Assad. Tout le monde cherche un ou plusieurs proches, tout le monde veut des réponses, explique Sana Yazigi, fondatrice et directrice du site.”

“Selon le Syrian Network for Human Rights*, 102 287 personnes – hommes, femmes, enfants – ont disparu en Syrie entre mars 2011 et août 2021. L’immense majorité a été arrêtée par les forces du régime de Bachar al-Assad – 86 792 personnes soit 84,85% du total, 8 648 par l’Etat islamique, ceux qui restent par différents groupes armés.”

Sana Yazigi dit encore, citée par “Échos du monde”:

“Nous sauvons notre histoire, nous sauvegardons notre récit, parce que si nous laissons le champ libre à Bachar al-Assad il gagnera totalement. Il l’a peut-être emporté sur le terrain, mais nous n’avons pas totalement perdu. Nous sommes beaucoup à témoigner. C’est grâce à cela qu’il y a toutes ces poursuites judiciaires”.

Également cité, Ziad Majed, chercheur franco-libanais, professeur à l’Université américaine de Paris**:

“Depuis le début de la révolution [syrienne], non seulement la parole s’est libérée, mais il y a un acharnement à tout documenter, à tout dire, à donner libre cours à sa créativité. C’est un moyen de montrer que cette société est toujours vivante, qu’elle essaie de marcher tête haute, malgré tout”.

Il ajoute:

“Bien qu’il y ait des centaines de milliers de morts, des massacres, des bombardements chimiques, des sièges, la question des détenus et des disparus est comme une plaie ouverte. Le régime syrien, en maintenant le doute sur le sort de plus de cent mille personnes, paralyse toute une partie de la société syrienne. Il n’y a pas de corps, il n’y a pas d’enterrement, donc pas de deuil ni de page tournée. C’est une façon de torturer et d’effrayer cette société”.

Documenter les faits de manière précise est indispensable pour ne pas oublier et, au-delà, pour refuser l’impunité. “Échos du monde” rappelle le dossier César, pseudonyme d’un photographe de l’armée syrienne ayant fait défection en 2013 avec une documentation effrayante. Ses quarante-cinq mille photos de onze mille personnes mortes dans les prisons du régime ont été présentées à diverses reprises, et des familles y ont reconnu certains de leurs proches. Gwenaëlle Lenoir poursuit:

“Elles jouent un rôle majeur dans le procès intenté en Allemagne [au nom du principe de la compétence universelle que certaines juridictions nationales se reconnaissent lorsqu’il s’agit d’atteintes particulièrement graves au droit international] contre un ancien officier du régime syrien, condamné à perpétuité en janvier 2022.”

Elle cite enfin Ziad Majed:

“Le régime bénéficie encore de l’impunité, surtout ses plus hauts responsables mais, avec ces procès, il est possible de montrer que toute normalisation avec Damas est une normalisation avec les viols, les tortures, les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité”.

Nous aurons à revenir sur les rapports d’organisations de défense des Droits Humains à propos de la terreur d’État exercée par le régime, Human Rights Watch et Amnesty International, en particulier sur les exactions commises à l’encontre d’exilés syriens voulant retourner dans leur pays. Voir un article du quotidien The Guardian du 23 mars 2022 sur la “Nouvelle Syrie” que veut édifier le régime. La guerre actuelle en Ukraine révèle sous un jour cru les manières de procéder des troupes russes, mises en œuvre auparavant en Syrie avec la participation des forces armées du régime de Bachar al-Assad.

Jean B. Jolly
Administrateur de CDM

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*SHNR, https://snhr.org/. Ce site en anglais, implanté à Londres, est la source la plus fréquemment citée sur les pertes humaines causées par la guerre en Syrie. Y figure ce chiffre concernant les personnes disparues. On y trouve aussi des estimations du nombre de civils tués, de morts sous la torture, d’arrestations arbitraires, etc., tenues à jour jusqu’en mars 2022.

Voir en ligne sur le même site le “SOHR Booklet”, (en anglais), https://www.syriahr.com/en/233685/, qui rassemble 22 rapports et  renvoie aux principaux éléments de la situation en Syrie en 2021.

**Auteur entre autres de Dans la tête de Bachar al-Assad (avec Farouk Mardam-Bey et Subhi Hadidi), Actes Sud , 2018. Recensé ici sur notre site en 2019.

Photo AED (Aide à l’Eglise en Détresse) – Œuvre d’Orient

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