Collectif “Chrétiens contre le génocide”, voix de chrétiens contre le génocide à Gaza et en Palestine et contre la guerre des États-Unis face à l’Iran.

Nous publions ce communiqué, signé par le collectif “Chrétiens contre le génocide” et par le réseau Anastasis (1), avec lequel nous avons collaboré plusieurs fois. Il est d’une actualité encore brûlante, alors que la partie de Gaza qui échappe à l’occupation israélienne diminue constamment, constituant maintenant environ 30% du territoire, dans l’indifférence des principales puissances. En même temps la guerre s’étend au Liban avec des  bombardements qui causent des morts libanais par milliers, malgré un théorique cessez-le-feu.

LE GÉNOCIDE EN PALESTINE

Un mouvement transgénérationnel, multi culturel et multi confessionnel, issu de toutes les couches de la société, a émergé depuis le début du génocide et il perdure avec une détermination constante malgré le contexte d’intimidation permanente.

Cependant, les nombreux catholiques engagés dans ce mouvement omettent le plus souvent de se référer à leur foi, probablement parce qu’ils n’ont rencontré dans leurs paroisses que silence, discours ambigu et timoré, ou rejet brutal. Contrairement aux prêtres italiens qui ont fondé le réseau Preti
contro il genocidio (Rete “Preti contro il Genocidio” – Network “Priests Against Genocide”), nos prêtres français se signalent généralement par leur silence alors que le génocide perdure à Gaza et que nous le voyons s’étendre à la Cisjordanie et au Liban.

Nous essayons d’analyser ce silence et d’offrir aux fidèles déçus et blessés un espace de réflexion et d’expression. Nous leur proposons de se joindre à nous pour interpeller l’Église de France, qui n’ose pas même prononcer le mot “Palestiniens”, habitants ancestraux de la Palestine.

Nous relayons la parole des chrétiens palestiniens, qui nous demandent de dénoncer la pénétration du sionisme dans nos théologies et nous rappellent qu’ils forment avec les musulmans palestiniens un seul et même peuple livré à l’injustice. Nous ne pouvons nous juger quitte à leur égard parce que nous
délions quelquefois les cordons de notre bourse. Notre condescendance est affligeante et témoigne d’un déficit de sens dans notre identité chrétienne, car ils sont nos véritables aînés, descendants des apôtres par qui nous avons connu le Christ.

Nous voulons rappeler quelques fondamentaux:

– La déclaration Nostra Aetate (1965) a pour objet l’ouverture de l’Église à toutes les religions, l’Islam étant expressément cité.

– Le dialogue avec le judaïsme n’est pas le dialogue avec le sionisme. Or l’Église autorise ce dernier à investir la théologie catholique en entretenant la confusion entre l’État israélien et l’Israël biblique.

– Selon l’Évangile l’étranger, le pauvre et l’opprimé, tel que le Palestinien, a les faveurs de Dieu. C’est donc lui qu’il faut écouter en priorité.

– La prière n’est pas un alibi : “Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu” (Matthieu 5, 9). Le Christ nous demande de travailler pour la paix.

– Le geste militant est un acte de fidélité au Christ. Nul plus que lui n’a été un perturbateur, dénonçant les fausses hiérarchies, les rituels sans âme, l’ordre injuste.

– En (nous) informant, nous (nous) transformons : refuser de voir, c’est refuser de changer, se complaire ou chercher un vain refuge en un soi-même factice. Interpeller les laïques et les prêtres qui composent l’assemblée des fidèles, c’est aider les consciences à se libérer.

– L’Église de France comme toute institution privée ou publique est tenue au respect des conventions internationales signées par la France, telle que la Convention pour la Prévention et la Répression du crime de génocide. Le silence est complicité.

collectifchretiencontrelegenocide@proton.me

Références :

Document KAIROS PALESTINE II, 15 novembre 2025, signé par les représentants des chrétiens de Palestine [ici dans sa traduction par les Amis de Sabeel-France].

Lettre du père jésuite David Neuhaus, du patriarcat latin de Jérusalem, aux prêtres français afin qu’ils rejoignent le réseau Prêtres contre le génocide [https://www.reseaubarnabe.org/une-fleur-pour-la-palestine/le-p-david-neuhaus-sadresse-a-ses-freres-pretres-francais/].

Pasteur Munther Isaac, Derrière le mur, 2024 (traduction et édition Laurent Baudoin) [voir la présentation de ce livre par Christian Lochon sur notre site].

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Ce texte a été repris en particulier par le média en ligne “Garrigues et Sentiers”, 13 avril 2026, avec le commentaire suivant :

Nous partageons l’indignation qui motive ce communiqué car même si nous venons de fêter la Résurrection, les souffrances dans le monde perdurent et nous pouvons (devons) condamner toutes les horreurs commises.

Mais pour Gaza il y a une particularité qui nous concerne au premier chef : comme les Juifs nous sommes fils d’Abraham et de Moïse, nous sommes façonnés par le Premier Testament dans lequel le Dieu tout-puissant mène des guerres. Comme les Juifs nous devons faire une relecture de ces textes, on ne peut pas s’appuyer sur le Dieu guerrier pour justifier les massacres en cours.

L’État d’Israël prétend justifier ses massacres et son colonialisme en s’appuyant sur la Bible qui lui donnerait ainsi tous les droits. Comme humains nous devons dénoncer ces massacres comme tous les autres massacres, comme Chrétiens nous devons dénoncer l’utilisation de la foi au Dieu d’Abraham pour justifier ces exactions.

Il en va de la crédibilité de notre foi.

Et nous pouvons maintenant ajouter la dénonciation des “Croisades” du ministre États-Unien des armées… Les Croisades prétendaient se justifier par la volonté de libérer le tombeau du Christ et ont ainsi utilisé la foi chrétienne pour massacrer, mais les croisades contre Téhéran ?

Cela les évêques catholiques du Maroc l’ont dit avec force dans le communiqué qu’ils ont publié dès le début de l’”excursion” États-Unienne en Iran. Nous le reproduisons également ci-dessous :

COMMUNIQUÉ DES CHRÉTIENS CATHOLIQUES
(DIOCÈSE DE RABAT, DIOCÈSE DE TANGER ET PREFECTURE APOSTOLIQUE DE LAAYOUNE)

Rabat, le 6 mars 2026

Face aux violences et aux guerres qui ravagent l’humanité, particulièrement ces jours-ci le Moyen Orient, les chrétiens des diocèses de Rabat, de Tanger et de la Préfecture Apostolique de Laayoune, ne pouvons pas rester silencieux et nous sentons tenus de déclarer ce qui suit :

  1. Nous rejetons avec toute la force de l’Évangile le recours à la violence et à la guerre comme méthode de résolution des conflits entre peuples ou nations.
  2. Nous exprimons notre profond désaccord avec le concept de guerre “préventive”, en raison de son immoralité et de son injustice.
  3. Nous déplorons l’usage de la raison de la force au lieu de la force de la raison.
  4. Nous exprimons notre profonde solidarité avec les victimes de la guerre. Les dirigeants qui décident d’engager une guerre ne tiennent jamais compte du bien de leur peuple, ni de celui des peuples contre lesquels la guerre est ciblée. Les conséquences ne sont pas de dommages collatéraux, mais bien de personnes tuées, blessées et mutilées, enfants et adultes sans distinction ; de familles qui perdent leurs maisons et leurs biens ; et de millions de citoyens contraints de fuir loin de chez eux.
  5. Par-dessus tout, nous condamnons l’instrumentalisation de la religion comme motivation de la guerre et l’utilisation sacrilège et blasphématoire du nom de Dieu pour la justifier. Aucun croyant au Dieu unique et miséricordieux ne peut accepter la guerre avec tous ses effets et ses conséquences.

Pour toutes ces raisons, nous appelons tous les dirigeants chrétiens, juifs et musulmans, ainsi que tous les croyants et les personnes de bonne volonté,  à :

  1. Respecter le droit international et à le faire respecter de nos gouvernants
  2. Activer la diplomatie et le multilatéralisme, ainsi que les institutions créées pour préserver et construire la paix.
  3. Utiliser le dialogue comme méthode, chemin et instrument de paix.

Aussi nous nous engageons à :

  1. Ne pas tomber dans l’indifférence face à cette situation et ne pas la reléguer à l’oubli.
  2. Prier avec persévérance pour la paix et devenir, personnellement, des artisans de paix dans nos communautés. Cela rejoint l’intention de prière proposée par le Pape Léon XIV pour ce mois de mars : “Désarmons les cœurs de la haine, de la rancœur et d’indifférence, pour construire la paix. Dieu nous a crées pour la communion, non pour la guerre ; pour la fraternité, non pour la destruction”.

En témoignage de tout cela, nous proposons que chaque communauté, termine la célébration de l’Eucharistie ce dimanche 8 mars, Journée internationale des droits des femmes, en chantant et sortant vers un lieu public et visible. Là, tous formeront un cercle de paix en se donnant les mains. Après une minute de silence, en priant, la communauté récitera le Notre Père et se retirera dans l’espoir que Jésus-Christ, Prince de la Paix, accordera ce don précieux à notre famille, l’humanité.

Au nom des communautés catholiques,

+Cristóbal, évêque de Rabat, sdb 
+Emilio, évêque de Tanger, ofm
+Mario, préfet de Laayoune, omi

“La stabilité et la paix ne se construisent pas par des menaces réciproques, ni par les armes, qui sèment la destruction, la douleur et la mort, mais uniquement par un dialogue raisonnable, authentique et responsable” (Pape Léon XIV, Angelus du 1er mars 2026)

“La paix et la sécurité doivent être cultivées et poursuivies grâce aux possibilités offertes par la diplomatie, en particulier celle exercée au sein des instances multilatérales” (Cardinal Parolin)

“Si les États étaient reconnus comme ayant le droit à une ‘guerre préventive’, selon leurs propres critères et sans cadre juridique supranational, le monde entier risquerait de s’embraser. Cette dégradation du droit international est profondément inquiétante : la justice a été remplacée par la force, la force du droit par la loi du plus fort” (Cardinal Parolin)

Lien vers l’article de “Garrigues et Sentiers” :
https://www.garriguesetsentiers.org/2026/04/des-voix-de-chretiens-contre-le-genocide-a-gaza-et-en-palestine-et-contre-la-guerre-des-etats-unis-contre-l-iran.html

(1) Le collectif Anastasis a été fondé en 2022. En 2025, le collectif a sorti un court ouvrage, Urgence évangélique, qui explicite son approche théologico-politique et son positionnement sur un certain nombre de thèmes politiques centraux. Voir son site : https://collectif-anastasis.org/

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