Bertrand Vergniol – « La paix : éloge de la séparation »

Regard sur la paix – 7/7 – « La paix : éloge de la séparation » par Bertrand Vergniol.

Heureux ceux qui procurent la paix car ils seront appelés fils de Dieu… S’il revient aux religieux de rassembler des hommes et des femmes de bonne volonté, et de tous bords, pour promouvoir la paix, il ne leur revient pas de construire la paix. C’est aux peuples et aux gouvernants de le faire. La situation en Israël Palestine est à cet égard fort éclairante.

Isaac contre Ismaël, les Pharisiens contre Jésus de Nazareth, Al Aqsa contre le Mur des Lamentations… les Écritures et l’histoire de la région ne portent pas à l’optimisme. Chacun des monothéismes est au risque du totalitarisme lorsqu’il entend occuper le pouvoir civil. Car infime est le pas entre conviction individuelle et religion d’État dès lors que la loi collective prend la place de la grâce personnelle. Une grâce essentiellement portée à la bienveillance envers son prochain. Une grâce dont je pourrais aisément dire qu’elle n’est propriété d’aucune religion.

Mais la contrée entre mer Morte et mer Méditerranée, bascule trop vite de la révélation divine à l’incarnation nationaliste. Palestine, Judée, Israël, Philistie, Samarie… le nom attribué à la terre révèle la profession religieuse et nationale, tout en même temps. Le dieu professé devient alors patriote en chef, voire chef des patriotes. Comment voulez-vous alors que les fureurs guerrières ne deviennent le lot quotidien de Palestiniens, des Judéens, des Philistins, des Israéliens, des Samaritains ?

Inextricables sont les liens entre le politique et le religieux dès lors que l’on marche dans les rues de Nazareth, dans la Vieille Ville de Jérusalem ou sur les sentiers de Judée. Et pourtant il faut bien séparer le politique du religieux si l’on veut instaurer une démocratie (« pouvoir du peuple » demos en grec) et non une dictature. Il faut bien créer de la laïcité (« du peuple », laos en latin) si l’on veut respecter l’égalité entre les humains. Comment les religieux ne se souviennent-ils pas que c’est par la séparation du ciel et de la terre, de la lumière et de l’obscurité, des animaux et des humains que Dieu fit la Création bonne ?

Alors malgré nos bons sentiments, les élans de nos cœurs épris de paix, séparons le religieux du politique, et paradoxalement vous verrez, (mais le verrons-nous un jour en Israël ?), les hommes et femmes de bonne volonté, ceux qui croient au ciel et ceux qui n’y croient pas, auront toute latitude pour agir au sein de la société. Au nom de leurs convictions, religieuses ou pas.

S’il revient aux religieux de promouvoir la paix, car c’est ce qui est attendu d’eux sur la Terre comme au Ciel, il revient aux politiques de la mettre en place. Aux peuples et aux organisations de pression pour transformer les rapports de force. Aux gouvernants pour négocier les compromis qui rendent la paix possible. En Israël et Palestine nous ne pleurerons jamais assez la mort de Itzhak Rabin, le politique assassiné par un religieux.

Bertrand Vergniol

Retrouvez l’ensemble des textes de notre série « Regards sur la paix », ICI.

 

Image : Colombe de la paix (CC0)