Titre

Voies de la fraternité

Sous titre

Dossier de la revue Chemins de dialogue ; n° 53

Auteur

Xavier Manzano, directeur de la publication

Type

livre

Editeur

Marseille : Publications Chemins de dialogue, juin 2019

Nombre de pages

p.13-140

Prix

20 €

Date de publication

9 octobre 2019

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Voies de la fraternité

Ce dossier comprend 10 articles[1] : les quatre premiers sont plus « théoriques », les six derniers ont plutôt valeur d’exemples : l’échange de lettres entre évêques polonais et allemands après la deuxième guerre mondiale, le discours de Martin Luther King « J’ai fait un rêve »,  les chemins de réconciliation en  Colombie, Afrique du Sud et Rwanda, la figure de Robert Schuman[2].

Les remarques qui suivent ne concernent que les quatre premiers articles.

Dans un premier texte intitulé « Et l’autre devint frère », Christian Salenson, professeur à l’Institut des Sciences et théologie des religions (ISTR) de Marseille, s’interroge sur les chemins de fraternité entre personnes de cultures ou de religions différentes. En se basant sur les expériences de Charles de Foucauld (1858-1916), Louis Massignon (1883-1962)[3] et Christian de Chergé (1937-1996)[4], qui se sont attachés à une présence silencieuse en pays musulman, sans volonté de conversion, il constate que la fraternité peut naître sur un horizon de violence et se conjuguer avec la liberté et l’égalité. Il souligne en particulier l’urgence de la reconnaissance d’une véritable fraternité entre descendants d’Abraham.

Xavier Manzano, directeur de l’Institut catholique de la Méditerranée (ICM), se demande comment « Éduquer à la fraternité ». Il pose d’abord que la fraternité trouve son origine dans la biologie mais qu’il y a toujours une manière culturelle de mettre en œuvre ce donné (voir les multiples formes d’adoption). Et dans cette perspective, il distingue la filiation/fraternité biologique de la filiation/fraternité d’alliance. L’éducation à la fraternité consiste alors à conjuguer ces deux types de filiation. Ce qui évite un repliement sur la fraternité clanique d’origine biologique qui risque de se référer à une identité nationale largement fantasmée (nos ancêtres les Gaulois).

Pierre de Charentenay, directeur adjoint de l’Institut catholique de la Méditerranée, intitule son texte « Pas de démocratie sans fraternité ». Pour lui, reprenant les idées de Tocqueville (1805-1859, cf. De la démocratie en Amérique), pas de démocratie sans volonté de vivre ensemble. La fraternité est nécessaire au fonctionnement des institutions démocratiques mais comme elle ne se décrète pas, il faut mettre en place des lois et usages qui réguleront  les engagements réciproques[5].

Enfin, Paul Bony propose une approche biblique de la fraternité. Il explore les deux axes de la fraternité, fraternité biologique, fraternité d’alliance à travers les récits de l’Ancien testament, la personne de Jésus, la naissance de l’Église[6]. Il conjugue ainsi approfondissement et élargissement de la fraternité. Revenant à la devise républicaine, il remarque qu’on peut être tenté d’y substituer la solidarité à la fraternité. Les deux termes sont proches mais pas équivalents. La solidarité peut se codifier par des lois et règlements, la fraternité est au-delà de toute codification : « Aime et fais ce que voudras » (St Augustin).

Ces textes sont une invitation à explorer les voies qui dépassent la fraternité biologique pour atteindre une fraternité d’alliance comme nous y invite la question de Jésus : « Qui est ma mère et qui sont mes frères ? » (Évangile selon st Matthieu 12, 46-50)[7]

Yves Dupuy

 

Notes de la rédaction

[1]  Voir Sommaire de ce n°53

[2] Sur Robert Schuman, on pourra télécharger et lire le dossier que lui a consacré la revue dominicaine Lumière et Vie, n°294, avril-juin 2012, (p.21-73)

[3] Sur Louis Massignon, voir Publications Chemins de dialogue 

[4] À lire : Christian de Chergé : une théologie de l’espérance /Christian Salenson ; préf. Mgr J.M. Aveline.-Bayard, 2009, rééd. 2016. L’échelle mystique du dialogue, de Christian de Chergé / Christian Salenson.-Bayard, 2016.

Tibhirine, l’héritage.-Bayard, 2016.

[5] Par exemple : Une décision du Conseil constitutionnel, du 06/07/2018, consacre  la valeur constitutionnelle du principe de fraternité.. A ce sujet, on pourra lire dans Études de février 2019, l’article de Dominique Balmary intitulé : La Fraternité car, écrit-il, « la reconnaissance récente de la valeur constitutionnelle du « principe de fraternité » en rapport avec l’aide apportée aux personnes en situation irrégulière sur le territoire national, appelée « délit de solidarité » ou « délit d’hospitalité », mérite que l’on revisite l’histoire de ce principe, ses parallèles avec d’autres notions et sa fonction spécifique. »

[6] Sur la fraternité dans l’Église naissante, cf. St Paul : « Sur l’amour fraternel, vous n’avez pas besoin qu’on vous écrive, car vous avez personnellement appris de Dieu à vous aimer les uns les autres (1ère Lettre aux Thessaloniciens, 4, 9). Voir aussi l’article Frère (par Armand Négrier et Xavier Léon-Dufour) dans le Vocabulaire de théologie biblique. 

[7] Voir aussi évangiles selon st Marc 3, 31-35 et selon st Luc 8, 19-21