Titre

Prêtre en Algérie

Sous titre

40 ans dans la maison de l'Autre

Auteur

Bernard Janicot ; préface de Mgr Henri Teissier

Type

livre

Editeur

Paris : Karthala, 2010

Collection

Chrétiens en liberté

Nombre de pages

200

Prix

19 €

Date de publication

13 octobre 2018

Prêtre en Algérie

Le premier contact de Bernard Janicot avec l’Algérie remonte à l’époque où, jeune  séminariste, il y arrive comme coopérant, un peu par le fruit du hasard car l’Algérie ne figurait pas dans ses premiers vœux.

Il est ordonné prêtre en France en 1975 par Mgr Teissier, alors évêque d’Oran[1]. Celui-ci dira, lors de son ordination, qu’il « était venu le chercher pour que, avec les chrétiens d’Algérie, il vive en solidarité de travail, de construction, au milieu de ses frères algériens, musulmans. »

D’abord enseignant, Bernard Janicot devient directeur du Centre de Documentation Economique et Social d’Oran[2], fréquenté par le milieu universitaire oranais, lieu de la connaissance mais aussi plate-forme de rencontres, comme il aime à le dire.

Il nous dit sa découverte de l’Église d’Algérie, cette très petite Église, cette Église qu’il aime, « cette Église si fragile, implantée sur cette terre d’Algérie, essentiellement musulmane, dans ce pays qui a vécu tellement d’heures sombres depuis plusieurs décennies. » L’Église d’Algérie vit une situation particulière : elle est « hôte à la Table de l’Autre », elle est l’hôte d’un pays, d’un peuple musulman. C’est une Église pauvre, car sans pouvoir, sans influence ; une Église « dans les mains de l’Autre » dont la présence est totalement liée aux contingences politiques.

Mais cette Église, il la voit ouverte, tournée vers le peuple algérien, présente aux croyants de l’Islam. Une Église de la rencontre. Les vraies rencontres humaines ou spirituelles, qu’il a eu la chance de vivre durant toutes ces années, lui font redécouvrir que « Dieu ne fait pas de différence entre les personnes »[3]. Cela, il l’expérimente au quotidien avec des chrétiens mais surtout avec ses amis musulmans.

Bernard Janicot témoigne, de façon parfois émouvante, de tous ces liens profonds, de ces liens d’amitié sincère qu’il a tissés avec ses amis musulmans, jeunes, anciens élèves, anciens étudiants ou universitaires, avec ses collaborateurs du CDES, tous algériens. L’un souhaitera sa présence à son mariage, un autre le remerciera pour sa présence en Algérie et pour son engagement envers « …ces milliers de musulmans qui […] se tournaient vers  l’autre  qui n’était pas d’ici, et qui, ayant pris racine, leur donna espoir et réconfort. »

L’auteur évoque aussi les années de la « décennie rouge », durant lesquelles « il fallait continuer à croire quand même » malgré le lourd tribut payé par l’Église en raison de son engagement et de sa fidélité au peuple de ce pays, malgré la disparition de Pierre Claverie, son évêque et ami, tué dans un attentat avec le jeune Mohamed[4] venu le chercher à l’aéroport, qui « mêla son sang au sien ». Nombreux sont les amis qui redisent « avec émotion et force ce qu’avait représenté pour eux la vie de Pierre. Mais aussi ce qu’avait représenté la présence maintenue des chrétiens en Algérie, malgré tous les risques, toutes les épreuves. »

Ce livre est d’abord le témoignage d’un prêtre du diocèse d’Oran qui exerce son ministère « aux périphéries » depuis quarante ans – le livre a été écrit en 2010 – avec un bonheur évident, un prêtre porté par ses rencontres existentielles de tous les jours, qu’il vit spirituellement dans l’esprit de Charles de Foucauld. Mais il est aussi le témoignage de ce qu’est l’Église d’Algérie dont l’auteur n’occulte pas les difficultés de sa présence en milieu musulman. Ce qui est vécu précisément par l’Église nous donne à voir une Église « hôte, dans la maison de l’Autre », humble, pauvre et fraternelle, solidaire et respectueuse des autres, au service de la société dans laquelle elle est plongée[5]. Elle témoigne simplement par sa présence et son rayonnement. Ce livre nous fait aimer l’Église et voir en elle un signe d’espérance.

Louis Boulanger

 

[1] De passage en Suisse, en septembre 2018, Mgr Henri Teissier, archevêque émérite d’Alger  témoigne.

[2] Pour en savoir plus cliquer sur : le C.D.E.S. d’Oran

[3] Cf. Actes des Apôtres, ch.10, 34

[4] Cf. Pierre et Mohamed : Algérie, 1er août 1996, par Adrien Candiard, o.p., lire aussi sa présentation sur le site de CDM.

[5] Cf. Actes de l’Université d’hiver de CDM à Marseille (24-26/11/2016) et notamment l’intervention de Bernard Janicot (p. 179-186) : Comment les chrétiens se situent dans la société algérienne. On pourra lire aussi d’autres témoignages de Bernard Janicot sur notre site : 50 ans d’Eglise en Algérie (depuis l’indépendance), et aussi son évocation de Christian de Chergé et Pierre Claverie. A lire aussi, le récit de la mission à Oran et Alger d’une petite délégation du groupe CDM-Marseille.