Titre

Les vies de Mohammed Arkoun

Auteur

Sylvie Arkoun ; préface de Joseph Maïla

Type

livre

Editeur

PUF, 17/09/2014

Nombre de pages

368 p.

Prix

23 €

Date de publication

30 décembre 2014

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Les vies de Mohammed Arkoun

Sylvie Arkoun livre ici un témoignage fascinant sur la vie, ou plutôt les vies de Mohammed Arkoun, un père qu’elle a peu connu et dont elle retrace, avec une grande vivacité d’écriture, le destin étonnant : un petit écolier kabyle, né en 1928, élève  des Pères blancs, devenu en France agrégé de littérature et de lange arabe, docteur en philosophie et Professeur d’histoire de la pensée islamique à la Sorbonne, mort en 2010.

À la suite d’une enquête approfondie dans laquelle elle redécouvre ses racines familiales, Sylvie Arkoun s’attache à comprendre les contradictions et les multiples loyautés d’un homme profondément attaché à sa Kabylie natale, mais attaché aussi à la France où il peut réaliser son immense talent universitaire ; déchiré par la guerre d’Algérie puis par les soubresauts qui convulsionnent le monde arabe jusqu’à l’attentat contre New York et Washington en septembre 2001.

Produit de la culture d’une école coranique et d’une école moderne, devenu, presque malgré lui, un spécialiste de l’islam, pour lequel il invente le concept d’islamologie appliquée, Mohammed Arkoun aborde l’islam par le biais des sciences humaines et de la raison, déconstruit les discours apologétiques et démontre le poids de l’histoire et des calculs politiques dans l’élaboration d’un discours biaisé sur l’islam. Recevant de plein fouet les dérives islamistes à partir des années 90, il appelle, en vain, de ses vœux la création en France d’un institut national pour l’étude des religions, persuadé qu’il est urgent de développer une anthropologie religieuse, dissociée tant du dogme que de l’anthropologie sociale et politique. Il fit partie de la commission de laïcité, créée par Jacques Chirac et se désola de voir les politiques ne pas suivre ses sages recommandations.

Mohammed Arkoun est également connu pour l’intérêt passionné de toute une vie pour le dialogue interreligieux.

Le livre est ainsi scandé par des extraits remarquables des lettres qu’il a écrites, de 1954 à 2010, au Père Maurice Borrmans[1], figure pivot du dialogue islamo-chrétien.

Dans les lettres d’Arkoun, on sent toute la rigueur du penseur attaché à préciser les conditions éthiques et épistémologiques de ce dialogue, la juste distance à laquelle doivent se placer les tenants de chaque religion, évitant le compromis facile et le consensus mou. On y sent aussi la quête passionnée d’un homme que la religion tient au plus profond du cœur autant comme mystère que comme révélation anthropologique.

Plus que tout autre, Arkoun est profondément persuadé que chrétiens et musulmans partagent un commun monothéisme personnaliste. S’il dénonce chez nombre de chrétiens une fermeture spirituelle au mystère de l’autre religion, il s’irrite aussi de la complaisance de certains orientalistes (Massignon, Gardet) « si soucieux d’empathie avec  leur objet qu’ils en viennent à être des « apologistes » musulmans ».

<À partir de la décennie 90, la diffusion du fondamentalisme lui fait dire que le dialogue devrait être suspendu, le temps que les musulmans prennent eux-mêmes conscience  de ces dérives. Formidable spécialiste du Coran, il est aussi profondément sensible au mystère de l’Incarnation du Christ et de sa Passion, de la communion et du repas sacrificiel, dans lesquels il voit des paradigmes irremplaçables pour rendre l’homme capable de Dieu et lui permettre d’atteindre à la plénitude de l’être.

Ces lettres sont un témoignage souvent bouleversant des enthousiasmes, déceptions, et contradictions d’un homme que l’inquiétude existentielle, religieuse et philosophique n’a jamais quitté.

Ce livre est donc à la fois une introduction à l’œuvre de Mohammed Arkoun et un éclairage chaleureux sur l’ensemble de son œuvre.

Laure Borgomano


[1] Le père Maurice Borrmans appartient à la Société des missionnaires d’Afrique (Pères Blancs). Docteur ès lettres de Paris-Sorbonne, il a vécu vingt ans en Algérie et en Tunisie et a enseigné, pendant longtemps, le droit musulman et l’histoire des relations islamo-chrétiennes au Pontificio Istituto di Studi Arabi e d’Islamistica (PISAI) de Rome. Directeur de la revue trilingue « Islamochristiana » de 1975 à 2004, il a participé à de nombreux colloques islamo-chrétiens en diverses capitales de la Méditerranée.