Recension

Titre

Les Arabes, leur destin et le nôtre

Sous titre

Histoire d’une libération

Auteur

Jean-Pierre Filiu

Type

livre

Editeur

Paris : La Découverte, août 2015

Collection

Cahiers libres

Nombre de pages

264 pages

Prix

14,50 €

Date de publication

22 septembre 2016

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Les Arabes, leur destin et le nôtre

Jean-Pierre Filiu,  professeur de l’histoire du Moyen-Orient contemporain à Sciences-Po Paris, avait servi auparavant au Proche-Orient comme diplomate et sa connaissance du terrain est d’autant plus profonde qu’il est un parfait arabisant. Cette expérience lui permet, dans cet essai  comparatif entre les deux rives de la Méditerranée, de nous livrer les clés d’une histoire commune aux peuples français et arabe. En fait, comme l’auteur le rappelle, des liens permanents ont toujours été maintenus entre les prétendus antagonistes.

L’expédition de Bonaparte en Egypte, en 1798, comprenant 177 savants, amorcera, à partir de 1820, une coopération culturelle avec Le Caire qui durera jusqu’en 1953.

En juin 1913, le premier Congrès panarabe se tiendra au siège de la Société de Géographie de Paris et rassemblera la plupart des hommes politiques qui lutteront pour l’indépendance de leur pays. La renaissance des « Lumières » arabes au XIXe siècle au cours de la Nahda[1] et la poursuite de cette émancipation intellectuelle au XXIe siècle finiront bien par s’imposer aux Régimes conservateurs.

La Ligue des pays arabes est créée en mars 1945 par l’Egypte, la Syrie, le Liban, l’Irak, la Transjordanie, l’Arabie Saoudite et le Yémen. Elle rassemble aujourd’hui 22 Etats.

De 1949 à 1969, une série de coups d’Etat en Syrie, en Irak, en Egypte, en Tunisie, en Algérie, au Yémen, conduira à l’installation prolongée de Régimes militaires, peu soucieux de l’intérêt des populations.

En octobre 1973 le conflit pérenne israélo-palestinien amènera l’Arabie saoudite à réduire les livraisons de pétrole risquant ainsi de mettre en péril les économies occidentales.

En 1979, le renversement du Chah à Téhéran  par des religieux hostiles à l’Occident, créera aussi  une menace pour le monde arabe du fait de la relance de la fitna (guerre de religions) entre pays arabes sunnites et chiites et fera imploser partiellement l’Irak, la Syrie et le Yémen. En 1979, également, l’invasion de l’Afghanistan par l’URSS livrera ce pays aux Talibans devenant la base d’Al Qaïda.

En 2011, des manifestations monstres notamment de jeunes gens réclamant plus de liberté vont ébranler Maghreb et Machrek mais seront réprimées par des mouvements réactionnaires salafistes ; les Frères Musulmans gagneront en partie les élections au Maroc, en Tunisie, en Libye, en Egypte. La classe moyenne tunisienne  imposera un régime libéral mais demeurant très menacé.

L’Algérie aura connu une décade meurtrière causant 150 000 victimes entre 1990 et 2000. Tétanisés, ses citoyens subissent les effets d’une économie déstabilisée dirigée par des généraux accaparateurs.

La Libye post-kadhafienne a sombré dans le chaos tribal et confessionnel.

L’Egypte, après le renversement des Frères Musulmans, est à nouveau gouvernée par un Régime militaire.

L’Arabie Saoudite et le Qatar ont soutenu les milices « takfiristes[2] » au nom du sunnisme et de l’iranophobie après avoir imposé aux travailleurs arabes immigrés des marqueurs islamiques. Le Liban, la Jordanie, la Turquie, l’Europe sont submergés de millions de réfugiés syriens.

En novembre 1947, une résolution de l’ONU avait divisé le territoire de la Palestine en deux Etats, israélien et palestinien. Le Gouvernement israélien a tout fait pour empêcher la naissance d’un Etat palestinien.

Filiu connaît bien les citoyens arabes qui veulent promouvoir la citoyenneté, donner aux femmes l’égalité des droits. Les attentats de novembre 2015 devraient nous convaincre définitivement que nous partageons le destin de nos voisins arabes.

On sera reconnaissant à l’auteur d’avoir ajouté une carte régionale (pages 92 et 93), une sélection bibliographique de 29 auteurs (pages 249 à 251) et un index de 191 personnalités citées dans l’ouvrage (pages 253 à 258).

Christian Lochon[3]

[1] Voir art. d’Anne-Laure Dupont sur la Nahda : http://www.monde-diplomatique.fr/mav/106/DUPONT/17685

[2] « Takfiriste » de l’arabe « Takfir » (les non-croyants, en fait les non-musulmans) est le terme couramment employé par les arabophones  et les arabisants comme M. Filiu, pour indiquer « les musulmans radicalistes » ; la racine vient du mot « kafr » qui veut dire « incroyant » qui était appliqué par les Arabes envahissant l’Afrique aux habitants noirs ; ce terme a été repris par les géographes occidentaux, « les Cafres ». En arabe, c’est un terme insultant. (Note de C. Lochon).

Cf. aussi art. dans Le Monde : http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2015/11/25/pourquoi-il-ne-faut-pas-confondre-le-salafisme-et-le-takfirisme_4817042_4355770.html

[3] Lire le message d’espoir délivré par J.P. Filiu, dans un entretien, en avril 2015 :

http://extranet.editis.com/it-yonixweb/images/DEC/art/doc/c/c5d241def63134333735373036383931363334.pdf