Titre

Le Christ juif

Sous titre

A la recherche des origines

Auteur

Daniel Boyarin | Préface du Cardinal Philippe Barbarin

Type

livre

Editeur

Cerf, août 2013

Nombre de pages

186

Prix

19 €

Date de publication

20 décembre 2013

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Le Christ juif, à la recherche des origines

Séparés depuis 20 siècles, Juifs et chrétiens ont fini par se voir comme étrangers ; longtemps ils ont pensé leurs religions en opposition. Actuellement, beaucoup d’auteurs chrétiens recherchent les sources juives du christianisme ; il est remarquable que ce soit un rabbin, juif orthodoxe, qui s’en charge[1].

Le propos de l’ouvrage n’est pas la judéité du fils du charpentier. Il est ici question de savoir si la notion de « Messie (Christ), associé du Dieu – père, offrant sa souffrance pour sauver le monde » est une innovation des disciples de Jésus élaborée après sa résurrection, ou si elle existait déjà dans la pensée juive des temps bibliques.

Longtemps, le terme hébreu de Messie a désigné le roi terrestre recevant l’onction ; il est appelé « fils de Dieu » mais sans notion de divinité. Paradoxalement c’est le titre de « fils de l’homme » qui renferme une dimension divine. Cette figure décrite dans le  livre de Daniel (7, 13-14) est celle d’un homme jeune qui trône à côté de Dieu et juge le monde au jour dernier. Il est roi divin, rédempteur, souverain éternel à parité avec Dieu. Une figure semblable existe dans le livre d’Hénoch (reconnu seulement par les Coptes), celle de ce Patriarche qui aurait été exalté auprès de Dieu. Cette théologie ‘binitaire’ est connue de tous à l’époque du 2e Temple même si elle est contestée par certains. Le Messie divino-humain s’inscrit dans l’attente juive (p. 157). C’est donc cela que revendique Jésus quand il s’attribue ce titre de « fils de l’homme« . C’est donc aussi ce que comprend le grand prêtre qui crie au blasphème (Mt 26, 63-65).

Les Juifs envisageaient un Messie qui offrirait ses souffrances pour racheter le monde. L’interprétation des « chants du Serviteur  » (Isaïe 53), dans la littérature juive, ne voit pas uniquement dans ce Serviteur une métaphore du peuple d’Israël mais la figure du Messie.

Le Juif Jésus se présente comme remplissant entièrement les attentes messianiques existantes (p. 166) : celles d’une figure divine incarnée.

La question est : est-il celui- là ? Ou faut- il en attendre un autre ? (Mt 11, 3)

 Dans la société juive des premiers siècles, il était possible d’aller à la synagogue et à l’eucharistie ; les évangiles, et les textes de Paul sont juifs ; les frontières ne sont pas définies. C’est après le concile de Nicée (325) et surtout de Constantinople (381) que les autorités religieuses ont opéré une sélection, ont tranché. La fluidité entre les communautés qui reconnaissaient ou pas Jésus comme le Messie a cessé. Le fossé s’est creusé.

Un livre comme celui-ci est une passerelle – même si l’on peut regretter qu’il soit un peu difficile d’accès pour un public non averti –  tant sa lecture pourrait être bénéfique pour les chrétiens et les Juifs.

Claude Lhuissier- Noël

 


[1] Daniel Boyarin est professeur de culture talmudique aux départements d’Études du Proche-Orient et de rhétorique à l’université californienne de Berkeley (États-Unis). Il est spécialiste des écrits des premiers siècles de notre ère aussi bien juifs, chrétiens qu’« hérétiques ».