Titre

La fin de l'hospitalité

Sous titre

L'Europe terre d'asile ?

Auteur

Fabienne Brugère, Guillaume Le Blanc

Type

livre

Editeur

Flammarion, 2017, rééd. 23/05/2018

Collection

Champs. Essais

Nombre de pages

239 p.

Prix

8 €

Date de publication

8 janvier 2019

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La fin de l’hospitalité

Les auteurs sont tous deux professeurs d’université en philosophie. D’abord professeur à l’université de Bordeaux, Fabienne Brugère a rejoint l’université de Paris 8 depuis septembre 2014, sur une chaire de « Philosophie des arts modernes et contemporains ».  Elle a publié dans le domaine : L’éthique du « care« .- PUF, 2017.- (Que Sais-je ?)

Guillaume Le Blanc est, depuis septembre 2015, professeur de philosophie à l’Université Paris-Est Créteil où il est titulaire de la chaire de « Philosophie pratique » après avoir été professeur de philosophie à l’Université Bordeaux Montaigne jusqu’en 2015. Il étudie plus spécifiquement les limites complexes qui distinguent précarité, exclusion, vie décente et normalité. Il a écrit en particulier : Dedans, dehors : la condition d’étranger.- Seuil, 2010.

Entre utopie et ardente obligation, les auteurs s’interrogent sur la fin de l’hospitalité dans les deux sens que l’on peut donner au mot fin : la fin comme arrêt d’un processus, la fin comme but ou objectif d’une action… avec un sous-titre interrogatif : L’Europe, terre d’asile ? Sous-entendu : l’Europe est-elle encore, peut-elle être encore une terre d’asile ?

Ils annoncent dès le début leur programme : « Cessons de croire à l’hospitalité par nature et attachons-nous à établir les règles démocratiques de l’hospitalité. » (p.35)

Ils ne mènent pas une analyse géopolitique mais une interrogation des différents concepts qui tournent autour de la migration en s’appuyant sur les idées de Foucault, Kant, Platon, Derrida …

Au-delà des discours globalisants, il s’attachent à distinguer plusieurs niveaux de demande de refuge ou d’asile, plusieurs niveaux d’écoute et plusieurs niveaux de réponse en cherchant chaque fois à identifier l’articulation de la sphère privée et de la sphère publique, la réponse institutionnelle et la réponse individuelle. Ils soulignent la proximité du mot hôte (hostes) et du mot ennemi (hostis). Avec des formules fortes : « Nous  sommes trop habitués à la souveraineté état-nationale en termes d’expulsion pour comprendre que la société est traversée, … par une impulsion hospitalière qui surmonte l’état de répulsion de l’étranger perçu comme ennemi » (p.95) ; « Le réalisme de l’hospitalité… défend l’idée d’un droit à être accueilli provisoirement et soutient que la réalisation de ce droit est un moyen efficace pour pacifier la société. (p.194) » ; « Il y a hospitalité non quand une hôtesse ou un hôte ose l’ouverture de son chez soi mais quand un hôpital en tant que dispositif, crée la répétition routinière de l’accueil (p.197) ».

Ils finissent par un très beau commentaire de l’histoire d’Agar et Ismaël (cf. récit biblique de La Genèse, ch. 21, 8-21) et concluent « l’hospitalité est aussi modeste que la création d’un puits, dispositif de survie, institution d’accueil qui n’a pas plus de prétention… mais pas moins » (p.235)

Un livre profond, très abordable, sans jargon[1].

Yves Dupuy

 

[1] On pourra  écouter Fabienne Brugère et Guillaume Le Blanc, invités de France-Culture, le 18/01/2017 sur :  Migrants : le secours a-t-il remplacé l’accueil ? (durée : 33 mn).