Titre

Jusqu’au bout

Sous titre

Entretiens avec Joseph Alichoran et Luc Balbont.

Auteur

Mgr Georges Casmoussa, archevêque syriaque-catholique de Mossoul, Irak

Type

livre

Editeur

Nouvelle Cité, 2012

Collection

Vie des hommes     

Nombre de pages

189 p.

Prix

20 €

Date de publication

7 août 2015

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Jusqu’au bout

Dans les entretiens conduits par les deux journalistes, Joseph Alichoran[1] et Luc Balbont[2], et à travers 12 chapitres et 3 annexes, Mgr Georges Casmoussa parle de l’Irak et de son histoire, des chrétiens d’Irak et de leur tragédie. En même temps, il dévoile sa vie, sa vocation et ses activités depuis son enfance jusqu’à aujourd’hui. Ainsi, plusieurs sujets différents et variés mais très liés par le contexte, composent ce livre intitulé : « Jusqu’au bout ».

Mgr Casmoussa commence par dresser le tableau des chrétiens d’Irak privés de paix, toujours en troubles interminables et sans assurance pour l’avenir et il avoue avoir traversé des périodes noires. « La croix fait partie de l’existence humaine « , dit-il ! (ch. 1).

Qaraqosh, ville chrétienne de la plaine de Ninive, est sa terre d’enfance et son refuge : que de souvenirs ! On comprend combien le passé de Mgr Casmoussa est présent dans sa mémoire car il l’évoque avec des détails infiniment précis (ch. 2).

Puis il montre comment la religion au Proche Orient est omniprésente dans la vie des gens. Que ce soit le christianisme ou l’islam, la religion est avant tout une identité de la personne, d’une ville, d’un pays (ch. 3).

Au séminaire saint Jean de Mossoul, Mgr Casmoussa va vivre des années déterminantes. Ce séminaire – fondé et dirigé par les dominicains français pour former les prêtres catholiques des églises catholiques chaldéenne et syriaque – était le lieu qui a forgé sa personnalité. Il y découvre les grands maîtres spirituels qui ont guidé le reste de sa vie : Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus et le bienheureux Charles de Foucauld. Il exprime aussi toute sa gratitude à l’Ordre des dominicains qui a construit sa personnalité et qui a façonné son esprit (ch. 4).

1961 : Le pèlerinage en Terre Sainte. C’était un rêve qui s’est réalisé et qui a marqué beaucoup l’esprit de Mgr Casmoussa. Mais au-delà des souvenirs, il évoque le problème de la cohabitation pacifique entre Juifs et Arabes et la question des chrétiens en Terre Sainte qui sont toujours en train de diminuer en nombre à cause de la violence infinie et des vagues d’immigration (ch. 5).

Autre souvenir : son ordination, le 10 juin 1962 qui nous transporte aux premières années du jeune prêtre Casmoussa, précisément à Mossoul où il était membre fondateur – avec trois autres jeunes prêtres – de la Communauté des Prêtres du Christ-Roi dont la « règle de vie » s’inspirait des Fraternités du P. de Foucauld et qui avait pour but d’offrir une vie fraternelle et commune et d’assurer l’épanouissement du charisme sacerdotal (ch. 6).

« S’il n’avait pas été prêtre, Mgr Georges Casmoussa aurait été journaliste » (p.95) : dans le chapitre septième, il retrace l’aventure de Al-Fikr al-Massihi, (La Pensée Chrétienne) revue qu’il a fondée, en 1964, à Mossoul avec les prêtres du Christ-Roi et – comme le soulignent ses deux interlocuteurs – « qui a marqué la vie intellectuelle, non seulement de l’Irak mais du Proche-Orient chrétien, allant même au-delà de l’Eglise » (p. 96).

Témoin authentique de l’histoire de l’Irak, Mgr Casmoussa relate les événements politiques et régionaux des années 60 aux années 2000. L’arrivée de Saddam Hussein et l’avènement du parti Baath, les guerres de l’Irak avec l’Iran (1980-1988) et le Koweït (1991), l’embargo (1990-2003), la 2e guerre du Golfe (2003-2011) et la montée du terrorisme (ch. 8).

Nommé archevêque de Mossoul, en 1999[3], Mgr Casmoussa, parle de ses premières années  dans sa nouvelle charge. L’ordination épiscopale a bouleversé sa vie complètement : il faut organiser la pastorale dans le diocèse syriaque-catholique dans tout le nord de l’Irak (ch. 9).

17 janvier 2005 : enlèvement de Mgr Casmoussa par un groupe armé non défini. Ce fut une tragédie du face-à-face avec la mort quand la foi reste le seul refuge et le seul espoir. Menacé par son geôlier, il prie à haute voix : « J’offre le sacrifice de ma vie pour la paix en Irak et pour que chrétiens et musulmans puissent main dans la main bâtir ensemble ce pays. » (ch. 10 + Annexe 1).

En répondant aux dernières questions des deux journalistes, Mgr Casmoussa confie au lecteur sa passion pour le dialogue avec les musulmans, ce dialogue difficile mais possible, ce dialogue comme le seul moyen pour ne pas laisser la barbarie et la violence prendre le terrain (ch. 11).

Il réserve le dernier chapitre pour dire sa foi chrétienne en orientant tout le livre dans le sens de la consécration sacerdotale personnelle qui lui fait dire avec St Paul : « Le Christ est ma vie ». « Ce programme, je me le suis choisi depuis ma retraite d’ordination sacerdotale, le 10 juin 1962. Je ne l’ai jamais regretté. » (ch.12).

En bref, ce livre qui retrace l’itinéraire personnel de Mgr Georges Casmoussa, cet homme engagé qui a toujours été « jusqu’au bout », nous amène à connaître les dimensions ecclésiastique, ethnique, sociologique et politique de l’Irak du 20e siècle et du début du 3e millénaire. Une lecture passionnante !

Fr. Anis Hanna, o.p.


[1] Joseph Alichoran, assyro-chaldéen, natif de Duhok-Nouhadra (Irak du Nord), est chercheur en histoire de la chrétienté mésopotamienne, journaliste et enseignant d’araméen moderne (Soureth) à l’Inalco (Paris).

[2] Luc Balbont a été reporter au groupe Bayard-Presse (Pèlerin). Arabisant, il a été correspondant de La Croix au Liban en 1997 et 1998. Actuellement, en 2015, il est, à Beyrouth, le correspondant pour le Proche-Orient du quotidien algérien Liberté ; il a reçu, en 2006, le Prix « Reporter d’espoirs » pour des reportages en Palestine et en Égypte.

[3] Actuellement, en 2015, Mgr Casmoussa n’est plus archevêque de Mossoul. Il vit à Beyrouth où il est Vicaire patriarcal de l’église syriaque-catholique, c’est-à-dire, le n°2 de cette église, dont le patriarche est Mgr Ignace-Youssef III Younan (Liban)
Lire aussi l’échange entre Luc Balbont et Mgr Casmoussa sur le site de Chrétiens d’Orient.