Titre

Décris-Ravage

Sous titre

2ème épisode : Décrire l’Empire ottoman autour de 1830

Auteur

Adeline Rosenstein et Alex Baladi

Type

livre

Editeur

Genève (Suisse) : Atrabile, 2017

Collection

Bile blanche

Nombre de pages

90 p.

Prix

17 €

Date de publication

20 août 2019

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Décris-Ravage

Décris-Ravage : action d’endommager considérablement une chose en la décrivant.

Cet ensemble de trois séquences ou chapitres présenté sous forme de BD rassemble les 3 premiers épisodes d’une série de 6. La question israélo-palestinienne, la question de l’État de la Palestine hier et aujourd’hui, le rapport entre le Moyen-Orient et l’Occident y sont étudiés et présentés depuis la venue de Napoléon Bonaparte[1].

Les 3 prochains épisodes devraient être publiés prochainement. Cette histoire a d’abord été présentée au public sous forme de pièce de théâtre.

2ème épisode : L’Empire ottoman autour de 1830

Adeline Rosenstein[2] et Baladi[3], nous emmènent dans ce 2ème épisode en utilisant le même tempo et le même style que dans le 1er épisode. Un style fait de mots, de phrases qui semblent venus de nulle part mais qui nous relient à un passé pour mieux comprendre le présent de ce Moyen-Orient encore traversé par des guerres : même violence hier et aujourd’hui toujours recommencée, mêmes drames humains, même humanité disloquée comme le sont les images, les textes de ces trois épisodes de cette mise en scène théâtrale et écrite/décrite.

Dans tous les lieux présentés, tous les pays traversés, c’est la même histoire redite, de Gezi – où nous apprenons qu’un parc a été construit sur un cimetière arménien[4] – à d’autres lieux « transformés » pour mieux nier l’existence d’autres populations qui ont vécu dans ces endroits de Turquie. Cela renvoie aux villages palestiniens dont les habitants ont été chassés en 1948 ; villages disparus, populations ravagées devenues des réfugiés… et ainsi nous découvrons le « mensonge d’État » …

Dans cette 2ème partie de l’œuvre, Adeline Rosenstein a invité deux personnalités : Julia Strutz et Erbatur Cavusglu, tous deux urbanistes, enseignants. Ils ont contribué aux textes et aux cartes du Moyen-Orient reliant le passé, un passé reconstruit, avec un présent qui, lui, est répété du passé : l’Empire ottoman, l’intervention de la France comme puissance coloniale, en Algérie et ailleurs, parfois soutien des Ottomans pour mieux s’approprier des terres, la Grèce, la Syrie, mais aussi les révoltes matées par l’intervention de puissances occidentales qui tiennent toujours ce discours paternaliste et colonial.

L’intervention coloniale se situe aussi dans l’inquiétude de ce que l’on nomme « l’opinion publique », opinion publique qui, elle, souhaite intervenir de manière humanitaire. Mais souvent cette « opinion publique » peut être soit matée par un affrontement militaire, soit manipulée par le discours de la « seule solution possible » de « la civilisation contre les barbares : barbares qui sont évidemment ceux que la puissance occidentale veut dominer par la force s’ils ne se rendent pas ».

Cet épisode nous laisse sur les derniers instants d’un prisonnier palestinien torturé, c’est un court extrait d’une pièce intitulée Le Viol écrite en 1989 par Saadallah Wannous dramaturge syrien[5] : Ismaël, entre deux séances de torture s’adresse à son tortionnaire, Meir : « certains Palestiniens aiguisent leur imagination et rêvent d’un État généreux assez vaste pour vous et moi… un État où nous aurions les mêmes droits et où les libertés seraient garanties… ils rêvent qu’un jour vous détruisiez ce commissariat civilisé… vous imaginez un peu, monsieur, quelles illusions nous nourrissons ! »

Heureusement que ce 2ème épisode se clôt sur ces propos d’une extrême humanité, sinon, nous serions nous, lecteurs, « ravagés » par tant d’inhumanité.

Dans cette 2ème BD comme dans les autres, les textes, les références, les cartes, même s’il ne s’agit pas de documents scientifiques, renvoient à des sources historiques incontestables.[6]

C’est une œuvre remarquable : tous les gens qui s’intéressent au Moyen et au Proche-Orient devraient lire et partager Décris-Ravage.

Marilyn Pacouret
Secrétaire générale de CDM

 

Notes de la rédaction (2 à 5)

[1] Nous aurions pu faire le choix de présenter une seule et même recension pour ces trois épisodes ou chapitres mais pour plus de clarté et/ou d’approfondissement de l’œuvre, nous avons préféré rédiger 3 recensions distinctes mais aussi entremêlées comme l’est toute l’histoire de ce petit bout de terre qu’était la Palestine historique et qui est devenue celle qui n’existe plus ou pas encore, nommée « Territoires occupés » : Cisjordanie, Bande de Gaza, Jérusalem-Est,  et qui est toujours en attente de reconnaissance d’un État à part entière, un État souverain.

[2] Adeline Rosenstein, d’origine allemande, a grandi à Genève, étudié à Jérusalem et Berlin, et travaillé entre Buenos Aires, Berlin et Bruxelles. A l’image de Décris-Ravage, qu’elle a écrit et mis en scène, A. Rosenstein développe depuis plusieurs années une forme de théâtre documentaire. Pour en savoir plus, cliquer ICI

Décris-Ravage a été jouée à Paris au Théâtre de la Cité internationale. Cliquer ICI

[3] Alex Baladi, dessinateur, est un vieux compagnon de route des éditions Atrabile. En janvier 2019, au festival international d’Angoulême, il a reçu le Prix de la bande dessinée alternative. Pour en savoir plus, cliquer ICI

[4] Pour connaître l’histoire de ce cimetière arménien, cliquer ICI

[5] Pour en savoir plus sur Saadallah Wannous, cliquer ICI. Sur Le Viol, cliquer ICI et aussi sur l’entretien avec la metteur en scène, Sahar Assaf, ICI.

[6] Nous vous les donnerons à la fin de la 3ème recension du dernier épisode édité actuellement.