Le dernier rapport de Francesca Albanese sur la situation des droits de l’homme dans le territoire palestinien occupé est consacré aux biais que les pratiques de l’État d’Israël imposent à l’information. Voici le résumé de ce rapport long de 32 pages tel qu’il figure sur le site officiel de l’ONU. Nous en publions la conclusion et les recommandations. Lire ici l’intégralité du rapport.
Le quotidien La Croix est attentif à une lecture globale de la situation en Israël et dans le territoire palestinien occupé. Nous signalons un article qui décrit les violences en cours en Cisjordanie. On note d’exceptionnelles poursuites de l’État d’Israël contre des responsables israéliens d’agressions brutales en Cisjordanie contre des visiteurs étrangers.
La vérité sous les décombres.
les médias au temps du génocide.
Résumé
Le présent rapport examine comment la destruction de la vérité est devenue
partie intégrante de la destruction d’un peuple. On y trouve mises en évidence trois pratiques étroitement liées :
– l’élimination des professionnels des médias palestiniens – par le meurtre, les mutilations, la détention arbitraire, la torture, l’intimidation et le fait de les qualifier systématiquement de “terroristes” – dans le but d’empêcher la documentation des crimes ;
– la mise en place d’un régime d’information en Israël caractérisé par des restrictions imposées aux médias, la censure, la propagande, des discours de haine, l’incitation au génocide et la négation ;
– le rôle joué par les médias internationaux influents et les plateformes numériques dans la mise à l’écart des voix palestiniennes et la reproduction des discours israéliens, la normalisation des contre-vérités juridiques, ce qui finit par légitimer les atrocités.
Prises collectivement, ces pratiques ne font pas qu’aller de pair avec le génocide, mais elles en facilitent la commission et empêchent la reddition de comptes. Certains aspects de cette attaque contre la vérité pourraient être qualifiés de “médiacide”.
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VI Conclusion
89. Depuis octobre 2023, Israël utilise tous les moyens à sa disposition pour museler le journalisme palestinien, créant ainsi un climat dans lequel il est devenu pratiquement impossible de mener un travail journalistique indépendant. Au regard du contexte plus large de la campagne menée contre le peuple palestinien, l’ampleur et l’intensité de cet assaut révèlent une volonté délibérée non seulement de dissimuler des atrocités criminelles, mais aussi d’affaiblir toute possibilité de les documenter.
90. Les éléments de preuve examinés dans le présent rapport décrivent un phénomène unique formant un tout cohérent qui, à bien des égards, constitue un “médiacide” : la destruction de la fonction essentielle des médias dans l’environnement informationnel se rapportant au territoire palestinien occupé. Ce phénomène s’articule autour de trois processus qui se renforcent mutuellement :
a) l’élimination systématique des journalistes palestiniens et de
leurs moyens de documentation ;
b) la diffusion et la normalisation de l’incitation au génocide et de la négation du génocide par les autorités israéliennes et certains segments des médias israéliens,
c) la reproduction, par des médias occidentaux influents et des plateformes numériques, de discours qui occultent, justifient ou légitiment les atrocités criminelles tout en marginalisant les voix palestiniennes, les éléments de preuve et le droit international.
91. Pris dans leur ensemble, ces phénomènes font partie intégrante du génocide en cours. Le génocide ne réside pas seulement dans la destruction d’êtres humains, mais aussi dans la destruction des conditions politiques et morales et des pièces à conviction qui rendent cette destruction visible, compréhensible et susceptible d’être attaquée en justice. Lorsque les témoins sont réduits au silence, lorsque le langage de la déshumanisation devient la norme et lorsque la vérification indépendante cède la place aux affirmations des coupables, la violence se pare des atours de la légitimité et l’impunité devient plus facile à maintenir.
92. La conservation des traces constitue donc ainsi un impératif juridique. À l’heure où les procédures engagées devant la Cour pénale internationale et la Cour internationale de Justice visent à établir les responsabilités pour les crimes internationaux les plus graves, les protections dues aux journalistes, l’interdiction de l’incitation au génocide et à la haine, ainsi que les obligations des États et des entreprises au titre du droit international humanitaire, du droit
international des droits humains et des Principes directeurs relatifs aux entreprises et aux droits de l’homme restent pleinement valides. Le mépris systématique de ces obligations est en soi utile pour apprécier l’intention, la connaissance des faits et la complicité.
93. La Rapporteuse spéciale exhorte donc les États, l’Assemblée générale, les instances judiciaires, les médias et les entreprises technologiques à faire tout leur possible pour protéger ceux qui dénoncent, témoignent, conservent les documents et s’opposent aux discours visant à effacer ou à légitimer les crimes. La capacité à établir la vérité sur ce qui s’est passé et à agir en conséquence fait partie intégrante de la protection des personnes que ce mandat a pour mission de servir. La reddition de comptes dépend de la survie des éléments de preuves. Sans cela, ni la justice ni la prévention d’atrocités futures ne sont possibles.
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VII. Recommandations
94. Rappelant les 67 recommandations qui figurent dans l’ensemble de ses rapports précédemment présentés à l’Assemblée générale et au Conseil des droits de l’homme, la Rapporteuse spéciale formule en outre les recommandations ci-après.
95. L’Assemblée générale devrait :
a) Mettre en place un mécanisme indépendant chargé de regrouper et de conserver les éléments de preuve relatifs aux crimes commis contre les journalistes et l’environnement médiatique dans le territoire palestinien occupé ;
b) Prendre toutes les mesures qui sont en son pouvoir pour garantir le
respect des mesures conservatoires indiquées par la Cour internationale de Justice et faire en sorte qu’Israël :
i) Cesse toutes les attaques dirigées contre l’environnement médiatique, libère les journalistes détenus arbitrairement, révèle le sort des personnes victimes de disparitions forcées et le lieu où elles se trouvent, autorise le Comité international de la Croix-Rouge à rendre visite aux détenus et permette aux médias internationaux ainsi qu’aux observateurs des droits humains de se rendre à Gaza ;
ii) Se conforme aux mesures conservatoires indiquées par la Cour internationale de Justice, notamment en préservant les éléments de preuve, y compris tout ce qui a été documenté par les journalistes ;
iii) Abroge les mesures de censure, les interdictions de diffusion et la législation restreignant la liberté des médias.
96. Les États devraient :
a) Enquêter sur les attaques qui ont ciblé des journalistes palestiniens et en poursuivre les auteurs, conformément à la résolution 2222 (2015) du Conseil de sécurité – en particulier dans le cas de celles perpétrées par des ressortissants de leur propre pays qui détiennent la nationalité israélienne – et coopérer pleinement avec la Cour pénale internationale ;
b) Réexaminer les financements publics et les partenariats institutionnels avec les médias et les plateformes numériques qui diffusent systématiquement des messages de haine ou d’incitation à la discrimination, à l’hostilité, à la violence ou au génocide, ou qui contribuent de manière notable à la dissimulation des atrocités criminelles, par exemple en restreignant la liberté d’expression protégée ;
c) Considérer les reportages des journalistes, les fichiers audiovisuels et les archives comme des éléments de preuve devant être conservés en vue de futures procédures judiciaires, et s’acquitter de leur devoir de prévention du génocide, notamment en protégeant la documentation s’y rapportant.
97. Les médias et les plateformes en ligne doivent cesser de blanchir la propagande en lui donnant une forme journalistique. À cette fin, ils doivent :
a) Vérifier les affirmations des parties belligérantes avant publication et accorder autant de place aux rectifications qu’ils sont tenus de publier ;
b) Mettre fin aux représailles engagées contre des journalistes pour leurs propos concernant la Palestine, et réparer les préjudices subis ;
c) Mettre fin à la suppression arbitraire des informations relatives à d’éventuels crimes internationaux et fournir des explications transparentes ainsi que des voies de recours ;
d) Exercer un devoir de diligence raisonnable accru dans le contexte des droits humains et du droit international, en particulier dans les situations présentant un risque grave de commissions d’atrocités criminelles, y compris de génocide ;
e) Conserver les éléments de preuve relatifs à d’éventuels crimes internationaux et les mettre à la disposition des mécanismes de reddition de comptes, sous réserve de garanties appropriées.
98. Le Procureur de la Cour pénale internationale devrait enquêter sur les incitations directes et publiques au génocide proférées par des responsables gouvernementaux et des personnalités des médias, dans le cadre de l’enquête en cours sur la Palestine.
99. Les organisations de journalistes, la société civile et le grand public devraient défendre celles et ceux qui dénoncent les atrocités, exiger que les responsables rendent des comptes et continuer à appeler l’attention sur le sort des journalistes détenus et disparus ; ils ne devraient jamais oublier que le journalisme cesse de remplir sa mission d’intérêt public lorsqu’il se borne à relayer les affirmations du pouvoir en place au lieu de les passer au crible.

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Le tension croissante en Cisjordanie occupée
Des articles du quotidien La Croix
L’édition en ligne du quotidien La Croix, datée du 18 octobre 2026, publie l’article intitulé “Cisjordanie : des colons attaquent un convoi diplomatique européen et frappent un maire français“, sous la seule référence AFP. La situation est ainsi résumée : “Des colons israéliens ont attaqué samedi un convoi de diplomates européens en visite en Cisjordanie occupée, rouant de coups un maire français, dans un contexte d’intensification des violences contre la récolte palestinienne des olives.”
Voir ici d’autres articles du même quotidien sur les violences commises par des colons israéliens en Cisjordanie.
Voir également les articles concernant la situation à Gaza.
Une information publiée entres autres sur franceinfo.fr signale que dix personnes soupçonnées d’être liées aux violences commises contre des étrangers en Cisjordanie ont été arrêtées par la police israélienne le 19 octobre 2026.
