CDM est partenaire du Secours catholique. Nous sommes solidaires de l’effort toujours renouvelé qu’il mène pour être au plus près des personnes qui font face à des conditions de vie difficiles et pour les associer au fonctionnement interne du mouvement. L’article de La Croix, en libre accès à cette occasion, que nous reproduisons, est caractéristique d’une évolution qui s’est confirmée et qui converge souvent avec la démarche d’ATD Quart-Monde, le Secours catholique se voulant toujours enraciné dans la doctrine sociale de l’Eglise alors qu’ATD Quart-Monde revendique son caractère non confessionnel.
Ce 8 septembre, le Secours Catholique fête ses 80 ans.
80 ans que des femmes et des hommes se mobilisent, partout en France et à l’international, pour que personne ne reste au bord du chemin. 80 ans de rencontres, de liens, de mobilisation et de fraternité.
Une histoire qui continue grâce à toutes celles et ceux qui la font vivre et vous en faites partie.
Alors aujourd’hui, nous voulions simplement vous dire merci.
Merci pour votre soutien, votre confiance, votre engagement. C’est avec vous que la fraternité prend vie, jour après jour.
À l’occasion de cet anniversaire, La Croix publie un article consacré au Secours Catholique et à la place des personnes en situation de précarité dans notre organisation. Fruit d’une enquête sur le terrain, mettant à l’honneur les témoignages des personnes concernées, telles que Christèle, ancienne bénéficiaire de l’association, aujourd’hui membre du bureau de la délégation de Tours.
Nous vous proposons de découvrir gratuitement l’article suivant :
“Mon vote compte” : comment le Secours catholique donne du pouvoir aux plus pauvres

Concentration maximale. Par petites touches, Thérèse trace une croix à la peinture sur son galet. À côté d’elle, Katia crayonne le tombeau du Christ. C’est la rentrée de l’atelier Laz’art, au Secours catholique de Tours (Indre-et-Loire), et Christèle Daire, l’animatrice, a voulu prolonger un peu les vacances. Activités de ce vendredi 4 septembre 2026 : prière et peinture sur galet. Les sept participants sont inspirés, les motifs religieux ont du succès.
Voilà quatre ans que Christèle, ancienne bénéficiaire de l’association, anime cet atelier dont elle a eu l’idée. “Je voulais lier la spiritualité aux activités manuelles. Laz’art, c’est pour les deux Lazare du Nouveau Testament : le pauvre et le meilleur ami de Jésus, celui qu’il a ressuscité”, explique celle qui est aussi membre du bureau de la délégation de Tours. Katia, crayon à la main, abonde : “On fait partie de ceux que Jésus a sortis du tombeau. Le tombeau de l’oubli, de la solitude…” Le reste de la pièce acquiesce silencieusement.
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Pour Christèle, monter un tel groupe n’allait pas de soi il y a encore quelques années. “Je ne me faisais pas confiance”, confie pudiquement cette maman solo de 60 ans que la vie n’a pas épargnée. Rue, précarité, cercle vicieux des addictions… “J’ai voulu crever. Le Secours catholique m’a donné une place que je n’ai jamais trouvée dans la société.”
Sa rencontre avec l’association remonte à presque trente ans. À l’époque, tout juste arrivée dans un logement social du quartier du Sanitas, à Tours, Christèle répond à leur petite annonce “Accueil famille vacances” pour éviter à sa fille de passer l’été au milieu du béton et de ses addictions. “Je ne voulais pas qu’elle coule avec moi”, glisse-t-elle. Par la suite, des bénévoles du Secours catholique prennent régulièrement des nouvelles.
Petit à petit, Christèle se “laisse apprivoiser”, fait un peu de bénévolat pour l’association et entame un sevrage durable de l’alcool. En 2014, le projet de destruction de sa barre d’immeuble la pousse à s’engager. Elle rencontre l’association ATD Quart Monde, où elle apprend à prendre le micro. Deux ans plus tard, la présidente de la délégation du Secours catholique de Tours lui propose de rejoindre les premières réunions du tout nouveau Conseil d’animation national (CAN).
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Cet organe de consultation interne a été lancé en 2016.
C’est justement sous la présidence de Véronique Fayet, une ancienne d’ATD, que le Secours catholique s’empare du sujet. “Il ne s’agit plus seulement de nourrir des ventres, mais de prendre les gens dans leur intégralité : écouter ce qu’ils ont à nous dire et à nous apprendre de leurs expériences”, détaille Didier Duriez, l’actuel président du Secours catholique.
Se sentir utile
Organisé autour de cycles de discussion de deux ans (divisés en quatre rassemblements d’une semaine), le CAN réunit 60 personnes ayant pour un tiers d’entre elles l’expérience de la précarité, un autre tiers celle de l’animation et un tiers celle de la responsabilité. Objectif : discuter autour d’un grand thème puis voter des recommandations applicables à l’échelle de l’association.
“Il faut beaucoup de talents pour arriver à faire dialoguer ces deux univers, les précaires et les responsables.”
À entendre ceux qui y ont participé, le CAN déroute autant qu’il transforme. “Le premier jour, c’était dur, se souvient Christèle. Il y avait beaucoup de termes techniques, je ne comprenais rien.” “Deux mondes se rencontrent”, résume Cyril Bredèche, 53 ans, et vice-président de la délégation du Val-de-Marne depuis sept ans, qui a participé au cycle sur l’écologie. “Pour les précaires, être écolo, c’est ne pas gâcher la nourriture. Pour les responsables, c’est acheter des panneaux solaires ou des voitures électriques, illustre-t-il. Il faut beaucoup de talents pour arriver à faire dialoguer ces deux univers.“
“Sur les étiquettes qu’on porte, il n’y a que les prénoms et tout le monde se tutoie, raconte Séverine Noël, vice-présidente de la délégation du Pas-de-Calais et bénéficiaire du RSA. J’ai rembarré un monsieur et je ne me suis rendu compte que plus tard que c’était un des présidents”, relate-t-elle en riant. “C’est la marque du Secours catholique : dans ce genre de réunions, on est tous égaux. À la fin, mon vote compte autant que celui des responsables.” “Avec du recul, c’était une belle expérience car on est vraiment attendu, expose encore Christèle. Cela m’a aidée à ne plus me sentir inutile ou insignifiante, à prendre ma place.”
“Au début, certains me demandaient ce que je faisais là”
Pour que ça marche, “il n’y a pas de formule magique : il faut prendre le temps”, souligne Didier Duriez, qui a participé à deux Conseils d’animation nationaux. Le temps de l’apprivoisement et le temps du changement.”» En dix ans, le concept du CAN a fait des petits en région et dans les diocèses : près de 55 délégations sur 72 sont aujourd’hui dotées d’un comité d’animation, qui fonctionne comme un organe de gouvernance pour fixer les grandes orientations.
“J’ai eu du mal à trouver ma place. Les étiquettes restent. Au début, certains me demandaient ce que je faisais là. Petit à petit, j’ai appris à parler.”
Les bureaux des délégations se sont également ouverts : les postes de vice-présidents sont parfois confiés à des personnes précaires. Séverine Noël a hérité de cette position en 2020. Sa mission ? “Pas toujours claire, regrette la sexagénaire. J’ai eu du mal à trouver ma place. Les étiquettes restent. Au début, certains me demandaient ce que je faisais là. Petit à petit, j’ai appris à parler.”
Pour Cyril Bredèche, qui entame son troisième mandat de vice-président après une période de précarité, “la gouvernance partagée n’est pas une expérience uniforme à travers les délégations”. “Ce qui bloque, ce sont les bénévoles qui ne sont pas habitués à ce modèle, qui en ont peur.” “Dans une association aussi grande et diverse, on ne peut pas tout changer du jour au lendemain, souligne Thérèse Lecroart, qui a été présidente de la délégation de Charente-Maritime. C’est un chemin. On ne peut pas brusquer les bénévoles qui ne seraient pas prêts.”
Après un long processus de réécriture de statuts restés quasiment inchangés depuis la création de l’association en 1946, le Secours catholique a ancré, en janvier 2026, la « démocratisation » de son assemblée générale et de son conseil d’administration. À partir du 1er octobre, toute personne engagée bénévolement pourra adhérer au Secours catholique, pour un montant de 4 €. « Cela veut dire qu’on aura bientôt des personnes ayant vécu la galère qui deviennent bénévoles puis adhérentes, et qui pourront donc être élues dans les instances nationales », espère Didier Duriez. De quoi transformer l’association, dont le 80e anniversaire tombe l’année d’un large plan social et de restructurations stratégiques.
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