Que comporte l’actualité pour les Palestiniens, et parmi eux, pour les chrétiens des Églises historiques de Palestine ? Voici deux éclairages. L’un est une protestation contre les menées en Palestine des chrétiens sionistes, l’autre est un plaidoyer pour un juste usage du terme “Terre Sainte”. Et toujours, dans la Bande de Gaza, la population est déplacée, forcée de se rassembler sur 40% de la surface pour échapper aux tirs israéliens, toujours meurtriers malgré un cessez-le-feu à sens unique.
Le patriarche et les Églises de Jérusalem affirment que le sionisme chrétien est une menace pour le christianisme
Texte anglais d’Elis Gjevori, publié le 18 janvier 2026 sur le site d’Aljazeera. Traduit par nos soins.
De hauts responsables religieux affirment que des agents extérieurs portent atteinte à l’unité chrétienne en Terre Sainte et sapent leur autorité.
Les hauts dirigeants chrétiens de Jérusalem ont mis en garde contre les ingérences extérieures qui menacent l’unité et l’avenir du christianisme en Terre Sainte, pointant vers le sionisme chrétien et les acteurs politiques liés à Israël.
Dans une déclaration publiée samedi [17 janvier], les patriarches et les chefs des Églises de Jérusalem affirment que les activités récentes de certains acteurs locaux promouvant “des idéologies néfastes, telles que le sionisme chrétien”, qui “induisent l’opinion en erreur, sèment la confusion et nuisent à l’unité de nos communautés”.
Les responsables d’Églises relèvent que ces efforts ont trouvé un soutien auprès de “certains acteurs politiques en Israël et à l’étranger”, et les accusent de poursuivre un programme susceptible de nuire à la présence chrétienne, non seulement en Terre Sainte, mais aussi dans l’ensemble du Moyen-Orient.
Cette intervention a lieu alors que les chrétiens palestiniens s’inquiètent de plus en plus des menées politiques israéliennes – notamment la confiscation de terres, l’expansion illégale des colonies et les pressions exercées sur les biens de l’Église – qui accélèrent l’érosion de l’une des plus anciennes communautés chrétiennes du monde.
Un courant puissant du christianisme évangélique aux États-Unis continue de promouvoir un soutien total, politique et financier, à Israël, suscitant une inquiétude croissante chez les dirigeants religieux de Jérusalem.
De nombreux sionistes chrétiens adhèrent également à l'”évangile de la prospérité”, selon lequel la bénédiction d’Israël est source de rétributions à la fois personnelles et financières [pour ceux qui la soutiennent].
Leurs détracteurs affirment que ces croyances se traduisent par des dons à l’entreprise de colonisation israélienne, et un soutien politique qui conforte ainsi l’occupation, tout en marginalisant les chrétiens palestiniens et en sapant les Églises historiques de Terre Sainte.
Les patriarches se sont également dits “profondément préoccupés” par le fait que les personnes qui promeuvent cette politique reçoivent “un accueil officiel tant au niveau local qu’international”, qualifiant cet engagement d’intrusion dans la vie interne des Églises.
“Ces actions constituent une ingérence dans la vie interne des Églises”, indique la déclaration, accusant des acteurs extérieurs de bafouer l’autorité et de la responsabilité des dirigeants chrétiens historiques de Jérusalem.
Des menaces pèsent sur l’existence même des chrétiens
On ne sait pas exactement à quels événements récents la déclaration fait référence ; toutefois, un rapport récent du Conseil des patriarches et des chefs des Églises de Jérusalem constatait que “les menaces qui pèsent sur le patrimoine chrétien – en particulier à Jérusalem, en Cisjordanie occupée et à Gaza, parallèlement à des problèmes de taxation injustifiée – sont à la source de préoccupations persistantes, qui menacent l’existence de la communauté et des Églises”.
Le rapport a également appelé à “la nécessité urgente de protéger les communautés chrétiennes et ses lieux de culte dans toute la Cisjordanie, où les attaques des colons visent de plus en plus les églises, leurs fidèles et leurs biens”.
L’article parle également de la limitation des permis de séjour à Jérusalem des enseignants des écoles chrétiennes, situation à laquelle nous avons déjà fait écho : “Gaza et Palestine, l’affrontement avec une dictature mondiale“. Un article de Cécile Lemoine dans la quotidien La Croix du 14 janvier 2026 nous avait alerté par son titre : “À Jérusalem-Est, les écoles chrétiennes en grève contre la restriction des permis de leurs professeurs palestiniens“.

L’église de la Sainte-Famille à Gaza bombardée par Israël le 24 décembre 2025. [Aljazeera/Omar Al-Qattaa/AFP]
Voir l’article original d’Aljazeera en anglais.
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Terre Sainte, une appellation qui pose problème
Nous signalons cet article d’Ernest Reichert et Laurent Baudoin, paru dans la Revue des Parvis n°132, janvier-février 2026, dans un dossier intitulé “La tentation du sacré” (p. 18-19). Les auteurs l’ont rédigé au nom des “Amis de Sabeel France”, avec lesquels CDM a des liens de militance et d’amitié.
Comment peut-on dire “Sainte” une terre où les chrétiens d’Israël-Palestine sont en butte aux vexations, aux dommages et aux assassinats qui leur sont infligés du fait de l’occupation israélienne ? Tel est le point de départ de cette réflexion.
Il y a une attitude brutale de nombre de juifs religieux à l’encontre de ceux qui ne sont pas juifs, qui jure avec l’image biblique d’un Dieu rempli “d’amour et de bonté” pour toutes ses créatures. Mais c’est loin d’être le fait de tous les juifs. Et beaucoup, en particulier dans la Diaspora mais pas seulement, lisent que “le centre du message biblique est Dieu, et non une terre particulière ou un peuple particulier”. C’est un fait que nous connaissons ce Dieu à travers un peuple singulier, le peuple juif, mais la Bible souligne elle-même qu’il a été loin d’être fidèle à s mission au long des âges.
Parmi ces juifs “diasporiques”, anti-sionistes, que méprisent les sionistes comme “dégénérés”, Ernest Reichert et Laurent Baudoin citent en particulier Gérard Haddad et ses deux livres, Archéologie du sionisme (2024) et Éloge de la trahison (2025). Si Dieu accorde à son peuple une terre pour s’épanouir, il arrive au cours des âges qu’il en soit chassé, du fait de son infidélité. Le don de Dieu montre que son amour n’est lié à aucun mérite du peuple, qu’il est illimité, et qu’il s’étend non à une seule terre promise mais à toute la terre.
“Comme toute la Terre est concernée par ce projet de sainteté, il vaudrait mieux ne pas utiliser ce terme pour des espaces particuliers”. La Terre Sainte prend sens comme “projet à réaliser”, une terre d’où personne ne doit être expulsé . “Ce qui est à construire, c’est une vie et un avenir possibles pour tous, en tous lieux et en tous temps”.
On peut être reconnaissant à Ernest Reichert et Laurent Baudoin de reprendre ainsi pour aujourd’hui le flambeau de la prophétie biblique. Ils dessinent “une terre où habiteront les uns et les autres, les uns avec les autres”, celle qui “pourra enfin devenir, en tout lieu une terre sainte”. Un tel horizon est bienvenu face à l’étroitesse des haines et des conformismes.

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