Gaza : une initiative des Amis de Sabeel France et de Chrétiens de la Méditerranée, une tribune de 150 responsables catholiques.

Aux Églises de France et à leurs dirigeants

Suite à l’appel du CECEF en date du 5 mars 2024, une lettre  a été adressée aux Eglises de France et à leurs dirigeants par les Amis de Sabeel-France et Chrétiens de la Méditerranée. En voici le texte :

A l’attention

du Pasteur Christian Krieger, Président de la Fédération protestante de France,

de Monseigneur Éric de Moulins-Beaufort, Président de la Conférence des évêques de France,

du Métropolite Dimitrios, Président de l’Assemblée des évêques orthodoxes de France.

Le 27 mars 2024

Le 5 mars 2024, vous avez appelé à un cessez-le-feu immédiat et à la libération de tous les otages, en faisant état de votre solidarité à l’égard de tous ceux qui souffrent actuellement de la guerre à Gaza.

Nous vous remercions pour cet appel commun et œcuménique des Églises. Il a été publié quelques jours après que nous avons nous-mêmes signé et fait circuler un appel aux paroisses catholiques et aux représentants des Églises de France pour leur demander de rompre leur silence et de manifester leur solidarité à nos frères chrétiens de Palestine et à tous ceux qui sont meurtris par le génocide qui les mutile et qui se déroule sous nos yeux. Cet appel a été soutenu par des responsables et des membres de paroisses et par des associations chrétiennes de toute la France.

Depuis cet appel, plusieurs marches ont été organisées dans de nombreux pays et aussi en France pour continuer à demander le cessez le feu, notamment dans le cadre de l’initiative Gaza Ceasefire Pilgrimage lancée par de nombreux mouvements pour la paix partout dans le monde.

Nous aimerions connaître les suites que vous envisagez après votre déclaration commune, s’il vous a été possible d’échanger avec des membres du gouvernement français, et ce à quoi ces échanges ont abouti. Nous souhaiterions joindre nos efforts aux vôtres pour continuer à demander un cessez-le-feu, qui est de plus en plus urgent. Serait-il possible d’envisager une rencontre et un événement commun, auquel participeraient des membres de plusieurs confessions ? Disons dans le mois d’avril, car le temps est urgent.

Voici le message reçu ce 20 mars du pasteur Munther Isaac de Bethléem. Il nous redit l’urgence de la situation et la force de l’attente des chrétiens de Palestine. “Nous vous implorons d’élever la voix, nous écrit-il. Votre plaidoyer est crucial pour mettre fin à ce génocide. Au-delà des expressions de sympathie et des prières pour la paix, nous vous exhortons à passer à l’action et au plaidoyer, et à montrer votre engagement en faveur d’une solidarité efficace. Le temps des simples mots est révolu. Le moment est venu de lancer un appel retentissant à l’action en faveur d’un arrêt immédiat du génocide en cours. Nous vous invitons à nous soutenir dans une solidarité engagée et coûteuse”. Saurons-nous répondre à ses attentes et à celles de nos frères et sœurs en humanité et de tous ceux qui pleurent ?

Dans l’attente de votre réponse, nous vous assurons de notre solidarité fraternelle en Christ.

Pour les Amis de Sabeel France
Ernest Reichert, président
amisdesabeel@gmail.com

Pour Chrétiens de la Méditerranée
Marilyn Pacouret, présidente
chretiensdelamediterranee@gmail.com

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Voici la lettre d’accompagnement de ce texte.

Chers Président Krieger, Monseigneur de Moulins-Beaufort, et Monseigneur Dimitrios,

Veuillez trouver ci-joint une réaction des Amis de Sabeel France et de Chrétiens de la Méditerranée à l’appel au cessez-le-feu à Gaza que vous avez publié le 5 mars. Malgré la résolution du Conseil de sécurité des Nations Unies, la situation sur place n’a pas évolué comme souhaité, mais les souffrances n’ont fait que croître, et cela ne peut que nous interpeller.

Nous avons évoqué dans notre réponse un événement commun à envisager, et le pasteur Munther Isaac que nous avons cité parle d’une “solidarité engagée et coûteuse”. Nos Églises sauront-elles la vivre ?
Nous venons de recevoir l’information suivante d’un ancien pasteur de l’Église Unie du Christ aux États-Unis qui a travaillé de nombreuses années avec les chrétiens de Palestine et qui y est toujours actif : Jeff Wright. Il prévoit une visite de solidarité et de témoignage en Palestine-Israël du 23 au 29 avril. Cela pourrait être une piste. Voici quelques extraits de son message. Il rappelle d’abord des faits :
  • Le nombre de morts et de blessés à Gaza ne cesse de grimper alors que l’assistance humanitaire a été bloquée et que les infrastructures sont décimées.
  • La violence des colons en Cisjordanie s’est intensifiée : depuis le 7 octobre, des centaines de Palestiniens, dont de nombreux enfants, ont été tués par des colons israéliens et les forces armées israéliennes.
  • L’économie de la Cisjordanie est en ruine suite à l’absence de touristes et à l’empêchement de dizaines de milliers de Palestiniens d’aller à leur travail en Israël.
  • Les Nations Unies et les organisations de défense des droits humains ont déclaré qu’une famine est imminente à Gaza et que cela aura des effets à long terme.

Et il continue : “Nos frères et sœurs de Palestine ont depuis longtemps perdu confiance dans nos gouvernements d’Occident, et maintenant aussi dans l’Église d’Occident qui, en beaucoup de lieux, n’a pas eu le courage de réagir au nettoyage ethnique en cours et à l’aspect immoral de la guerre qui se poursuit.” C’est pourquoi nous voulons aller sur place pour leur dire notre amitié et notre solidarité. Venez et voyez, Allez et racontez est le refrain qu’ils nous ont répété des années durant. Nous irons donc les rencontrer et les écouter en avril, puis revenir pour partager ce que nous avons vu et entendu. Nous avons l’intention d’aller rencontrer Sabeel, Kairos Palestine, la Tente des Nations, les Amis d’Hébron et les responsables du camp de réfugiés Aïda, de faire une visite guidée de Silwan, de rencontrer des représentants de la communauté arménienne et de l’UNRWA, des responsables de l’association de soutien aux prisonniers Addameer, de Military Court Watch, de B’Tselem, et d’autres encore.

Ne serait-il pas intéressant de faire la même chose, ou même de vous joindre à cette visite ? Ce serait certainement apprécié, permettrait de découvrir la réalité du vécu sur le terrain, et serait un signe fort de fraternité chrétienne. Qu’en dites-vous ?

Fraternellement

Marilyn Pacouret et Ernest Reichert, pour Amis de Sabeel France et Chrétiens de la Méditerranée.

Ernest Reichert
12 rue du Kirchberg
F 67290 Wingen sur Moder
Tél.: +33 3 88 89 43 05

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Guerre à Gaza : des responsables catholiques français demandent un cessez-le-feu

Tribune 

Anastasis, Collectif de jeunes catholiques, quotidien La Croix, 02/04/2024

Anastasis est un collectif de jeunes catholiques qui a beaucoup écrit sur la situation actuelle en Israël et en Palestine. Une prise de position de prêtres, diacres, personnes consacrées, religieuses et religieux catholiques français lui semblait importante sur cette question. Rédigé par le collectif, ce texte a été signé par plus de 150 responsables de l’Église catholique (1). 

En tant que ministres ordonnés, religieuses, religieux et personnes ayant des responsabilités dans l’Église catholique de France, nous appelons au cessez-le-feu immédiat dans la bande de Gaza et à l’établissement des conditions politiques de la paix en Israël et en Palestine. Nous demandons au gouvernement français d’exercer une pression diplomatique sérieuse sur le gouvernement israélien en vue de mettre un terme aux opérations offensives en cours et de lancer la décolonisation des territoires occupés de Cisjordanie.

Comme tous les chrétiens d’Occident, nous sommes souvent embarrassés lorsqu’il s’agit de nous exprimer au sujet du conflit israélo-palestinien. Les conversations s’achèvent généralement par un “c’est compliqué” un peu gêné. L’histoire des relations judéo-chrétiennes n’y est pas pour rien.

L’ombre de l’antijudaïsme chrétien d’antan, qualifiant les juifs de peuple déicide, et n’espérant pour ce dernier que sa disparition dans la conversion au christianisme, pèse à juste titre sur nos consciences. Nous pouvons être tentés de nous délivrer du poids de la culpabilité de cet antijudaïsme chrétien, qui a constitué l’une des sources de l’antisémitisme européen ayant mené au génocide des Juifs d’Europe, en nous interdisant tout discours critique vis-à-vis de l’État d’Israël.

L’État d’Israël n’est pas le judaïsme

L’État d’Israël n’est pourtant pas le judaïsme. L’actuel gouvernement de l’État d’Israël, d’extrême droite, est loin d’être parfaitement représentatif du peuple de l’État d’Israël, et le peuple de l’État d’Israël ne correspond certainement pas sans condition au peuple de l’Israël biblique. Critiquer le gouvernement actuel de l’État d’Israël n’est pas critiquer le judaïsme. Le critiquer au nom des valeurs du judaïsme – l’hospitalité envers l’étranger, la préférence pour le pauvre et le faible, la perpétuelle insistance sur la justice sociale – est au contraire un hommage rendu au souffle des prophètes.

Au nom des traditions juives, sources auxquelles les chrétiens s’abreuvent, il est temps d’en appeler à la justice et à la paix par des actions effectives. L’affirmation du Psalmiste selon laquelle “Justice et paix s’embrassent” (84, 11) signifie que nulle paix durable ne peut être construite sur une injustice flagrante. Être “artisan de paix” (Matthieu 5, 9) ne saurait évidemment se réduire à viser le seul maintien de l’ordre, si ce dernier est injuste, mais consiste à mettre en œuvre un ordre juste et à “briser tous les jougs” (Isaïe 58, 6).

Goliath contre David

L’actuel comportement de l’État d’Israël, jouant du droit du plus fort, profitant de l’absence de réactions occidentales et du financement états-unien, compromet l’établissement de la paix à long terme et prépare des violences futures de manière désespérante. Il n’est absolument plus possible de présenter les actuelles attaques conduites à Gaza comme des représailles légitimes à la suite des horribles massacres du 7 octobre et du maintien en captivité des otages, dont la libération reste urgente. Elles sont disproportionnées, démesurées, extrêmement violentes et meurtrières, et en contradiction avec le droit humanitaire le plus élémentaire.

Le questionnement en cours, mené à l’ONU à l’initiative de l’Afrique du Sud, au sujet de la potentielle intention génocidaire de ces attaques, indique à lui seul, et sans qu’il soit besoin d’attendre les suites juridictionnelles, que les bornes de la décence et du droit de la guerre ont depuis longtemps été franchies. Se taire à ce sujet en affirmant que “c’est compliqué” revient à choisir Goliath contre David, les premiers contre les derniers, les riches contre les pauvres, les puissants contre les humbles. Les valeurs juives doivent être brandies contre le gouvernement de Benyamin Netanyahou.

Qui est mon prochain ?

En mettant un terme à l’accusation de peuple déicide, en s’intéressant à d’autres interprétations de la Bible que les lectures christo-centrées, le concile Vatican II a ouvert de manière heureuse un nouveau chapitre des relations judéo-chrétiennes, nettement plus décent, respectueux et fertile. Chez certains chrétiens à tendance identitaire, ce rapprochement souhaitable se double d’un effet contre-productif de constitution d’un bloc judéo-chrétien opposé à une altérité musulmane. Ils vont jusqu’à voir dans la guerre en cours une sorte de guerre de religion, quand il s’agit dans les faits d’une guerre coloniale et d’une oppression asymétrique.

La question qui se pose à nous dans ce contexte est celle de l’Évangile : qui est mon prochain ? Une réponse superficielle indiquerait que c’est celui qui est proche de moi, qui me ressemble, qui n’est pas mon lointain. Certains intellectuels chrétiens occidentaux, arguant de la proximité forte unissant juifs et chrétiens, Occident et État d’Israël, se sentent un devoir de prendre fait et cause pour ce dernier. L’Évangile indique pourtant une tout autre définition : le prochain est l’étrange ou l’étranger, celui qui ne me ressemble pas, qui s’approche de moi et en appelle à ma responsabilité.

Leur visage nous oblige

Les chrétiens d’Occident s’identifient difficilement aux Arabes palestiniens, que ceux-ci soient musulmans ou même chrétiens. Cela en fait d’autant plus nos prochains. L’injustice qu’ils subissent, que seul le déni peut rendre invisible, nous appelle. Comme le dirait Emmanuel Levinas, leur visage, dans son actuelle vulnérabilité, nous oblige. Ne rien faire revient à dépasser l’homme souffrant que l’on a pourtant vu, au lieu de s’arrêter dans notre marche comme le Bon Samaritain auquel nous affirmons vouloir ressembler (Luc 10, 25-37).

Nous professons être disciples d’un Juif galiléen qui nous invite à prendre fait et cause pour celui qui subit l’oppression. Nous sommes horrifiés par la puissance de destruction actuellement à l’œuvre à Gaza et nous refusons d’en être complices par notre silence gêné. Nous voulons porter la voix de nos frères et sœurs palestiniens devant nos dirigeants et, à la fois comme membres de la société civile de notre pays et au nom de l’Évangile, participer à construire une voie française pour la construction de la justice et la paix, qui ne peuvent aller l’une sans l’autre.

(1) Liste des signataires :

Abonnat Marguerite, Aubert Henri, Barbe Gilles, Barrain Jean-Louis, Bashige Jeanne, Bec Marie, Joëlle, Berten Ignace, Billoteau Emmanuelle, Blondeau Élodie, Bossart Béatrice, Bourdin Bernard, Boursier Daniel, Bredelet Stéphane, Brelle Jean-Christophe, Buffard Agnès, Cardot Vincent, Carré Marie-Colette, Chaillot Martine, Chavanat Nathalie, Chetcuti Marie-Agnès, Chiron André, Corneloup Grégoire, Cornuau Damien, Corso Jean-Emile, D’Hamonville David, Da Anne, Da Silva Mateus Domingues, Đặng Đình Tùng, De Bénazé Claire, De Bénazé Xavier, De Bremond d’Ars Nicolas, De Montclos Séverine, De Montclos Thibault, Dehaudt Marc, Delecluse Patrick, Demeestère Philippe, Dénès Marie-Laure, Deruelle Pascal, Deterre Philioppe, Dezaunay Jehanne-Emmanuelle, Doe de Maindreville Rémi, Duphil Alain, Duplessy Jacques, El Khoudry Ghada, Engel Philippe, Ernst Xavier, Euvé François, Evelin Bertrand, Feroldi Vincent, Ferré Benoît, Foulon Françoise, Gallisot Dominique, Gardin Jean, Garrigou Lagrange Paul-François, Gasch Mireille, Gindre Jean-Noël, Giraud Gaël, Glaize Olivier, Goffart Paul-André, Granier Catherine, Grenet Jean-Yves, Grosjean Yves, Guerigen Pierre, Guillot Odile, Hahusseau Jacques, Hamza Colette, Humbert Jean-Baptiste, Irakoze Eddy Bollard, Janson Hervé, Jégaden Maryvonne, Joly Béatrice, Kerhardy Christophe, Kerveillant Jean-Jacques, Lachnitt Bruno, Lamy Jean-Paul, Lang Dominique, Laplane Sabine, Lascève Vincent, Le Bourgeois Isabelle, Le Houérou Hervé, Le Méhauté Frédéric-Marie, Lelièvre Louisette, Léna Marguerite, Lepreux Edmond, Leseur Pascal, Lichtlé Franz, Maki Godefroy, Mansart Sylvain, Mariyaselvanayagam Theonisa, Marle Gérard, Marolleau Gabriel, Martin Gérard, Martinez Maud, Méjat Anne, Mellon Élisabeth, Michlowicz Ula, Miossec Jean, Miserez Bernard, Montel Jacqueline, Morelon Régis, Motsch Christian, Mouchnino Jacqueline, Munck Bénédicte, Noyer Pierre-Yves, Nucci Xavier, Obyrtacz Anna, Paillard Dominique, Paymal Marie-Claude, Pellier Marie-Noëlle, Perrin Jacques, Peyroutet Jean-Michel, Picart François, Pisani Emmanuel, Ploux Jean-Marie, Poncin Claire, Purpan Jacques, Quartana Manfredi, Raphaël Deillon, Rault Claude, Recope Eric, Rémon Marcel, Reure Jean-Louis, Richard Christiane, Rivoire Bénédicte, Robez Masson Monique, Rock Paulraj, Roucou Christophe, Roucou Denis, Rougerie Guy, Roux Gilbert, Salaün Patrick, Salenson Christian, Samson Erik, Savalle Christophe, Sawadogo Thérèse, Sene Joseph, Sénéquier Marie-Christine, Sepulchre Benoit, Stenger Marc, Stoesel Yves, Subtil Romain, Tassel Patrice, Thomas Jean-Claude, Thuet Christian, Tine Nicéphore, Tran Thi Kiem, Tremblay Gilles, Védrine Henri, Verger Pierre, Vesco Jean-Paul, Vuillemin Guy, Willem Nicole, Wisselmann Sibylle, Zimmermann Claire-Cécile