Déclaration des membres africains du réseau international “Prêtres contre le génocide”, signalée par Pax Christi France.

Le bulletin mensuel de notre partenaire Pax Christi France, Pax Info, septembre 2026, signale une déclaration de prêtres et d’évêques catholiques d’Afrique entendant dénoncer la violence exercée par Israël en Terre sainte. La déclaration est parue en anglais sur le site du média en ligne britannique Independant Catholic News. Nous en proposons ci-dessous une traduction.

Des cardinaux et des prêtres africains, dont le cardinal Stephen Brislin, archevêque de Johannesburg, dénoncent sans détour le génocide à Gaza. Forts de leur histoire de lutte contre l’apartheid, ils appellent à une mobilisation internationale. Leur message : la justice ne peut attendre. 

Porté par la branche africaine du réseau mondial “Priests Against Genocide” (PAGA) cet appel invite les prêtres, diacres et évêques catholiques à rejoindre leur mouvement.

Déclaration des membres africains du réseau international “Prêtres contre le génocide”

Nous sommes des prêtres catholiques d’origine africaine ou Africains du fait de leur mission.

Notre continent connaît la guerre. Nous gardons en mémoire les guerres civiles au Mozambique et en Angola, le génocide rwandais, ainsi que les guerres du Liberia et de Sierra Leone. Aujourd’hui, la guerre est à nouveau présente au Soudan et au Sud-Soudan, dans l’est de la République Démocratique du Congo, au Sahel et à Cabo Delgado, dans le nord du Mozambique. Des millions de personnes à travers l’Afrique ont été forcées de quitter leur foyer, certaines comme réfugiées, beaucoup plus encore comme déplacées dans leur propre pays.

Nous prenons donc la parole à propos de la Palestine et du génocide en cours à Gaza, non pas parce que la souffrance africaine importe moins, mais parce que notre souffrance nous a appris à reconnaître celle des autres. Nelson Mandela a déclaré en 1997 que “notre liberté est incomplète sans la liberté des Palestiniens.” L’Afrique du Sud, une nation qui a connu l’apartheid et la dépossession, a ensuite porté plainte contre Israël devant la Cour internationale de justice au titre de la Convention contre le génocide. Ayant connu la déshumanisation dans notre propre histoire, nous ne pouvons pas refuser de la reconnaître chez un autre peuple.

Le génocide n’est pas simplement une autre manière pour parler de la guerre : en droit international, il s’agit d’actes commis dans l’intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux. Sur la base de ce que des juristes internationaux et des experts du génocide de renommée mondiale ont établi, nous croyons que les politiques et les actions du gouvernement d’Israël à Gaza constituent un génocide.

La tradition sud-africaine de l’Ubuntu nous rappelle qu’en notre humanité, nous sommes liés les uns aux autres. L’Écriture pose la même question dans les premières pages de la Genèse : “Où est ton frère ?” (Gen 4, 9). Saint Paul exprime la même vérité : “Si un membre souffre, tous les autres partagent sa souffrance” (1 Cor 12, 26). La dérobade de Caïn – “Suis-je le gardien de mon frère ?” – n’est pas une réponse digne de chrétiens quand un autre peuple souffre sous leurs yeux. Toute personne humaine porte en elle l’image de Dieu (Gen 1,27), la dignité n’est pas conférée par la citoyenneté, l’ethnie ou le pouvoir militaire. Le Concile Vatican II cite le génocide parmi les actes qui “empoisonnent la société humaine” (Gaudium et spes, 27).

Une caractéristique particulièrement terrible de ce génocide est que l’écrasante majorité de la population de Gaza n’a pas eu d’accès fiable à un refuge sûr – elle a seulement subi des déplacements répétés dans un territoire fermé, d’un endroit dangereux à un autre. Ordonner aux gens de fuir quand il n’y a pas d’endroit sûr où se réfugier n’est pas les protéger.

Notre préoccupation pour la Terre sainte ne diminue pas notre inquiétude pour l’Afrique. Les évêques du Mozambique ont déclaré que “l’avenir du Mozambique ne peut pas se construire sur la violence”. Les évêques catholiques du Soudan et du Sud-Soudan ont qualifié le meurtre de civils d'”offense à Dieu”, avertissant : “La vengeance n’est pas la justice. La punition collective n’est pas une preuve de force”.

L’Afrique australe connaît aussi l’apartheid, condamné par ses évêques comme “intrinsèquement mauvais” dès 1957. Cette histoire nous rend attentifs aux projets de séparation territoriale, d’entrave à la libre circulation et de dépossession.

B’Tselem, Human Rights Watch (*) et Amnesty International ont conclu que la politique israélienne à l’égard des Palestiniens s’apparentait à un apartheid, et en 2024 la Cour internationale de justice a jugé que les mesures israéliennes instituaient une “séparation presque totale” entre les communautés palestiniennes et les colonies israéliennes en Cisjordanie et à Jérusalem-Est.

L’archevêque Desmond Tutu, après sa visite en Terre sainte, déclarait : cela “m’a beaucoup rappelé ce qui nous est arrivé à nous, les Noirs d’Afrique du Sud.” Nous ne pouvons pas condamner l’apartheid dans notre histoire et refuser de reconnaître ce qui est infligé aux Palestiniens. Notre condamnation est dirigée contre le gouvernement d’Israël, les politiques et les actes dont il est responsable – et non pas contre les juifs ou le judaïsme. Nous rejetons de la même manière l’antisémitisme et l’islamophobie. Nous condamnons sans réserve les meurtres de civils, les prises d’otages et autres crimes graves commis par le Hamas et d’autres groupes armés le 7 octobre 2023. Leurs crimes ne diminuent pas les obligations d’Israël en vertu du droit international, ni ne justifient un génocide ou une punition collective. Nous n’acceptons pas qu’on réponde à une déshumanisation par une autre.

Les intérêts des Africains sont aussi là directement en jeu. Des technologies de surveillance, de reconnaissance faciale et de ciblage automatisé ont été développées et perfectionnées pour le contrôle des Palestiniens, puis vendues à l’international – y compris en Afrique – et promues comme “expérimentées au combat”. Les pays africains ont déjà été confrontés aux dangers de ces technologies à travers des systèmes comme Pégase, et ceux qui conçoivent, autorisent et déploient de tels systèmes restent moralement responsables de ce qu’ils font. Le pape Léon XIV a appelé à “désarmer” l’intelligence artificielle et à instaurer une “paix désarmée et désarmante”, un appel qui indique que le génocide relève d’une démarche d’ensemble. Comme l’enseigne le Concile Vatican II, la paix est “une entreprise de justice” (Gaudium et spes, 78).

Pour ces raisons, et parce qu’on doit arrêter un génocide plutôt que de le déplorer après coup, nous demandons :

1. la fin immédiate des politiques et des actes génocidaires à Gaza et de la violence en Cisjordanie, avec un plein accès humanitaire, incluant la protection des civils, du personnel médical, des humanitaires et des journalistes ;

2. la cessation des déplacements forcés et de la destruction des éléments nécessaires à la vie civile en Terre sainte ;

3. une pleine coopération avec les procédures internationales de justice et d’enquête ;

4. une suspension des [fournitures] d’armes et de technologies présentant un risque sérieux d’utilisation en violation grave du droit international, et l’examen par les gouvernements africains des procédés de surveillance, d’IA et de technologie militaire qu’ils achètent ;

5. un examen éthique par les institutions chrétiennes des investissements menant à de graves violations de la dignité humaine, et

un soutien humanitaire durable, d’ordre médical et visant à la guérison des traumatismes subis, pour ceux qui ont été blessés, ainsi que l’établissement de la vérité, de la responsabilité et des réparations dues ; enfin un avenir politique fondé sur l’autodétermination palestinienne et sur la dignité, la liberté, l’égalité et la sécurité des Palestiniens comme des Israéliens.

En tant qu’Africains, nous lançons le même appel à nos propres gouvernements et à l’Union africaine : nous ne pouvons pas invoquer le droit international pour les Palestiniens et le négliger pour les civils du Soudan, du Sud-Soudan, de l’est du Congo ou du Cabo Delgado.

Notre appel n’est pas lancé parce que les vies palestiniennes valent plus que les vies israéliennes ou africaines. Il est fait parce que les vies palestiniennes ne valent pas moins. Notre réponse ne peut pas être le silence. Notre réponse ne peut pas être la haine. Notre réponse doit être la vérité, la justice, la miséricorde – et une paix véritable qui n’est jamais simplement l’absence de combat. Le Concile Vatican II enseigne que “la paix n’est pas seulement l’absence de guerre” mais “une entreprise de justice” (Gaudium et spes, 78).

Le prophète Isaïe exprime la même vérité : “Le fruit de la justice sera la paix” (Is 32, 17).

Au nom des prêtres contre le génocide – Afrique (PAGA) :

– Cardinal Stephen Brislin (Afrique du Sud)
– P. Kufre Afangide, SPS (Nigeria)
– P. Matthew Charlesworth, SJ (Zimbabwe)
– P. Hans-Joachim Lohre, MAfr (France/Mali)
– P. Bonaventure Mashata, MAfr (Afrique du Sud)
– P. Mokesh Morar (Afrique du Sud)
– Abbé Magloire Nkounga Tagne (Italie/Cameroun)
– P. Peter-John Pearson (Afrique du Sud)
– P. Joseph Sène OMI (Sénégal)
– P. John Wababa (Ouganda)

(*) NdlR. B’Tselem est une organisation israélienne de défense des droits humains, Human Rights Watch est une organisation internationale de veille sur les droits humains dont le siège est aux Etats-Unis.

Traduit par nos soins. Les textes bibliques sont pris dans la Traduction Œcuménique de la Bible (TOB).

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