Au Moyen-Orient n’y a pas qu’en Iran où la violence fait rage. En Syrie se développe une offensive contre les Kurdes d’Alep. Le Liban est toujours loin du modèle que présentait Luc Balbont dans un article de son blog sur le site de L’Œuvre d’Orient.
Communiqué de presse :
Alep – L’Œuvre d’Orient appelle à cesser les combats
Alep, Syrie – nuit du 6 au 7 janvier
La ville d’Alep a de nouveau été le théâtre d’affrontements meurtriers dans la nuit du 6 au 7 janvier. Selon nos partenaires sur place, ces violences ont fait au moins neuf morts, constituant l’un des épisodes les plus graves observés depuis plusieurs mois.
Présente à Alep depuis de très nombreuses années, L’Œuvre d’Orient continue d’accompagner la population locale, qu’elle a soutenue sans interruption durant toute la guerre. La ville abrite une communauté chrétienne ancienne et nombreuse, durement éprouvée par le conflit, à l’instar de l’ensemble des habitants d’Alep.

Situation actuelle sur le terrain :
– Écoles et administrations sont fermées
– Des habitants ont été contraints de se déplacer, afin de s’éloigner des zones proches de la ligne de front
– Les besoins humanitaires augmentent rapidement, notamment pour l’accueil des personnes déplacées et les soins aux civils
L’Œuvre d’Orient appelle l’ensemble des parties prenantes à faire cesser les combats.
Sur place, l’ensemble des partenaires de l’Œuvre d’Orient ainsi que son collaborateur présent à Alep sont pleinement mobilisés pour venir en aide aux populations déplacées et assurer le soutien médical et humanitaire nécessaire aux civils.
Texte et image L’Œuvre d’Orient.
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Ce Liban que j’aime
Sur le blog de Luc Balbont

Dans le village de Kfifane
Houda a 32 ans. Elle vient d’un village du sud Liban. Elle est musulmane sunnite. Elle enseigne la littérature dans un lycée à Beyrouth. Houda ne porte pas de voile. Elle a la foi mais son engagement se situe ailleurs. Elle croit en un Liban déconfessionnalisé et explique à ses élèves qu’un “laïc n’est pas un athée, mais une personne qui s’identifie avant tout comme un citoyen, et non par sa religion.”
Ni chiite, ni sunnite, ni maronite, ni druze, ni orthodoxe mais Libanais d’abord, c’est la devise de Michel, chrétien orthodoxe, 29 ans, journaliste à l’Orient-le-Jour, le seul quotidien francophone du Pays.
Émile, 35 ans, chrétien maronite a épousé Fatima, 33 ans, musulmane chiite.
Ils se sont connus et mariés à l’étranger mais sont revenus vivre au Liban. Leurs parents ne s’y sont pas opposés, ce qui est rare dans un pays où les mariages interreligieux se nouent dans le déchirement des familles. Dans le couple, chacun a gardé sa tradition. Fatima explique que “servir son prochain sans arrière-pensée est sa façon à elle de prier.”
Walid, un Druze de 22 ans, une confession née d’un schisme de l’islam chiite en 1017, réfléchit avec un groupe de jeunes Libanais de toutes confessions et de toutes origines à la période de la guerre civile qui a déchiré son pays entre 1975 et 1980. “A partir de documents et de témoignages, nous voulons comprendre pourquoi les Libanais se sont battus entre eux. Nos parents nous affirment toujours que cette guerre était celle des autres, et qu’avant, toutes les communautés vivaient ensemble sans problème. Ce n’est pas tout à fait juste. Nous voulons savoir ce qui s’est réellement passé, pour ne plus revivre la même tragédie.”
Ce Liban que j’aime porte les visages de Houda, Michel, Émile, Fatima et Walid. Cette nouvelle génération qui veut en finir avec le Liban de leurs aînés, celui des grandes familles et des patriarches, du tribalisme et des confessionnalismes identitaires.
En 1997, le pape Jean-Paul II dans le discours qu’il avait prononcé à Beyrouth, lors de son voyage dans ce pays aux 18 confessions avait parlé du “Liban comme d’un message”. A l’époque tous ici avaient été conquis par le discours papal. Les croyants bien sûr, mais également la gauche libanaise laïque. Enthousiastes, certains de ses dirigeants, je m’en souviens pour avoir suivi l’événement, allaient même jusqu’à vouloir faire de l’exhortation apostolique une charte pour le Liban futur. Derrière le mot message, chacun mettait ses rêves et ses espoirs.
Contrairement aux princes et chefs de clans qui mettent le pays en coupe, Houda, Michel, Émile, Fatima, Walid perçoivent que sur leur territoire de 10 000 km2 se joue un enjeu mondial, celui de donner naissance à une citoyenneté faite des sensibilités religieuses différentes.
Un Liban d’ouverture, de dialogue et de tolérance qui deviendrait un exemple pour la terre entière.
C’est ce Liban-là que j’aime. C’est dans ce Liban-là que j’ai envie de vivre.
Luc Balbont
Texte et images Luc Balbont. CDM a l’autorisation de reprendre sur son site les articles du blog que Luc Balbont, administrateur de CDM, tient pour l’Œuvre d’Orient.


