De longue date, Chrétiens de la Méditerranée a relayé et soutenu l’action de l’organisation humanitaire SOS Méditerranée pour le secours en mer aux migrants naufragés. Voir par exemple un entretien de septembre 2022 avec François Thomas, Président de SOS MEDITERRANEE-France, réalisé par Anne Dory, de Pax Christi France, notre partenaire.
Voici, dans l’actualité de SOS Méditerranée France, l’annonce du retour à la mer de l’Ocean Viking, le navire-ambulance de l’association, et un compte rendu des Rencontres 2025 de la Méditerranée solidaire à Gruissan.
L’Ocean Viking, immobilisé pendant quatre mois après une attaque des garde-côtes libyens, reprend la mer
Marseille, le 16 décembre 2025 – Après l’attaque violente des garde-côtes libyens qui a contraint l’Ocean Viking, navire-ambulance de SOS MEDITERRANEE, à suspendre ses opérations pendant quatre mois, celui-ci s’apprête à reprendre la mer. Malgré l’escalade de violences en Méditerranée centrale, SOS MEDITERRANEE reste déterminée à poursuivre sa mission : sauver des vies, protéger les personnes rescapées jusqu’à leur débarquement dans un port sûr et témoigner des violations des droits humains en Méditerranée.
Le 24 août 2025, l’Ocean Viking a été violemment attaqué par un patrouilleur des garde-côtes libyens alors qu’il se trouvait dans les eaux internationales. Des centaines de coups de feu ont été tirés, mettant en danger la vie des équipes et des personnes secourues présentes à bord et causant d’importants dommages matériels au navire. Cette attaque d’une extrême violence a contraint SOS MEDITERRANEE à suspendre immédiatement ses opérations en mer.
“Cette attaque armée sans précédent contre notre navire de sauvetage a marqué un tournant dans nos opérations, mais notre détermination à sauver des vies reste intacte“, a déclaré Soazic Dupuy, directrice des opérations de SOS MEDITERRANEE.
Durant cette immobilisation forcée, la passerelle en partie détruite a été réparée et les systèmes et équipements essentiels à nos opérations de sauvetage ont été remis en état de fonctionnement. Les travaux ont représenté un coût de plus de 130 000 euros.
Pendant quatre mois, nos équipes ont travaillé sans relâche pour restaurer le navire, renforcer la formation des personnes à bord en matière de sécurité et mettre à jour les procédures opérationnelles afin de garantir un retour en mer sûr, sans compromettre la capacité de sauvetage. Par ailleurs, les activités médicales et de protection des personnes rescapées à bord seront désormais entièrement assurées par les équipes de SOS MEDITERRANEE, à la suite du départ de la Fédération internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR) qui gérait ses missions depuis 2021.
Des actions engagées pour faire reconnaitre les responsables de l’attaque
Plusieurs mois après ces faits d’une exceptionnelle gravité, aucune action effective des autorités compétentes n’a permis d’identifier ou de poursuivre les responsables de l’attaque. Face à cette situation d’impunité, SOS MEDITERRANEE reste pleinement déterminée à faire établir les responsabilités et à ce que les auteurs de cette attaque répondent de leurs actes. Des plaintes pénales ont été déposées en Italie et en France, et une procédure est en cours de finalisation en Allemagne.
“Il est inacceptable qu’une telle attaque contre un navire de sauvetage humanitaire reste sans réponse”, poursuit Soazic Dupuy. ”Cette impunité nourrit la violence en Méditerranée centrale. Établir les responsabilités est un impératif de justice, mais aussi une condition indispensable à la sécurité des personnes en détresse et des équipes humanitaires en mer.”
Violences persistantes en Méditerranée : des conséquences humaines dramatiques
Depuis le mois d’août, d’autres organisations de recherche et de sauvetage, ainsi que des personnes en détresse en mer, ont à leur tour été victimes d’attaques similaires. En octobre et novembre, le nombre de décès et de disparitions signalés en Méditerranée centrale a fortement augmenté, avec au moins 299 personnes déclarées mortes ou disparues. Dans le même temps, l’Ocean Viking était empêché de reprendre la mer, alors même que des capacités de sauvetage urgentes faisaient cruellement défaut.
Un besoin urgent de soutenir les opérations de sauvetage
Après une année marquée par des coupes budgétaires sans précédent dans l’aide humanitaire mondiale, la mobilisation des donateurs privés est absolument essentielle pour garantir la poursuite des opérations de recherche et de sauvetage de SOS MEDITERRANEE sur l’une des routes migratoires les plus dangereuses au monde. Plus que jamais, face à l’ampleur des besoins et à la raréfaction des moyens, le soutien du public conditionne la capacité de l’organisation à maintenir une présence en mer sur le long terme.

Crédits photo : Jérémie Lusseau / SOS MEDITERRANEE
“Chaque vie sauvée est une victoire contre l’indifférence. C’est grâce à la solidarité de nos soutiens que nous pouvons continuer à sauver des vies en mer“, conclut Soazic Dupuy.
CONTACT PRESSE : Adèle Simon – responsable médias
06 11 74 10 11 – a.simon@sosmediterranee.org
Voir le site de SOS Méditerranée.
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Deuxièmes Rencontres Méditerranée solidaire à Gruissan
Au lendemain de la Journée internationale des migrant.e.s, les 2ᵉˢ Rencontres Méditerranée solidaire se sont tenues le 19 décembre au Palais des congrès de Gruissan. Coorganisé par SOS MEDITERRANEE, la Région Occitanie, le Parlement de la mer et la Ville de Gruissan, l’événement a rassemblé élu.e.s, expert.e.s, associations et citoyen.ne.s autour d’un même constat : face au recul du respect du droit maritime et à la criminalisation du sauvetage en mer, soutenir la résistance humanitaire est plus que jamais une nécessité.
Ces rencontres se sont inscrites dans la continuité d’un cycle engagé depuis plusieurs années en Occitanie. Après les premières Rencontres Méditerranée solidaire à Montpellier en 2023, puis les Assises du droit de la mer et des solidarités maritimes en 2024, cet événement a marqué une nouvelle étape, en préambule des prochaines Assises prévues à Montpellier en octobre 2026.
La Région Occitanie, le Département de l’Aude, la Ville de Gruissan et plusieurs collectivités locales y ont réaffirmé leur soutien moral et financier à l’action de SOS MEDITERRANEE, aux côtés de partenaires associatifs et institutionnels mobilisés de longue date.
Mémoire et responsabilité
La journée s’est ouverte par un moment de recueillement devant la stèle La Vague Alarme, érigée sur le quai du Cadran solaire à Gruissan en hommage aux personnes mortes en Méditerranée. Dépôt de gerbes, minute de silence et intervention de la cantatrice Barbara Derathé ont donné à cette séquence une dimension solennelle et profondément humaine.
“Cette vague immobile rappelle que la mer, si belle, peut aussi se transformer en cimetière“, a déclaré le maire de Gruissan, Didier Codorniou, soulignant que chaque vie humaine compte, quels que soient son origine et son statut. Un message partagé par les représentant.e.s de la Région et du Département, pour qui sauver des vies en mer relève d’un devoir fondamental.
Sauvetage en mer : un espace humanitaire sous pression
Au cœur de l’événement, une table ronde intitulée “Soutenir la résistance humanitaire en Méditerranée” a réuni Najat Vallaud-Belkacem, ancienne ministre des Droits des femmes puis de l’Education nationale et présidente de France Terre d’Asile, Benjamin Michallet, économiste, et Ali Bensaad, géographe.
La projection d’images de l’attaque de l’Ocean Viking du 24 août dernier a donné le ton des échanges. Sophie Beau, directrice générale de SOS MEDITERRANEE, est revenue sur les faits, le silence persistant des États européens et l’absence de condamnation officielle de cette attaque, à l’exception de la Norvège, État du pavillon du navire. Elle a également rappelé les plaintes déposées en Italie, en France et en Allemagne, et alerté sur la fermeture progressive de l’espace humanitaire en Méditerranée centrale.
Depuis la création de la zone de recherche et de sauvetage libyenne en 2018, la coordination des secours s’est fortement dégradée. Les ONG ne recevaient plus de signaux de détresse transmis par les autorités libyennes, tandis que la mortalité en mer augmentait et que le nombre de navires de sauvetage diminuait.
Najat Vallaud-Belkacem a replacé ces constats dans une perspective politique plus large. Elle a dénoncé le passage d’une politique européenne de protection à une logique de dissuasion, fondée sur l’externalisation des frontières et le renforcement des contrôles, au détriment du droit d’asile. Elle a également souligné le silence de l’Union européenne face aux violations des droits humains en Libye et en Tunisie, et rappelé que les demandeur.euse.s d’asile ne représentent qu’une minorité des mobilités vers l’Europe, contrairement aux idées reçues.
Benjamin Michallet a insisté sur l’inefficacité et le coût des politiques de refoulement, plaidant pour des évaluations scientifiques rigoureuses et des politiques d’intégration ambitieuses. Il a rappelé que l’immigration a un impact économique neutre, voire positif, et que l’Europe ne mise pas suffisamment sur le capital humain.
Ali Bensaad a, quant à lui, analysé les logiques géopolitiques à l’œuvre, expliquant comment certains pays tiers tirent profit de leur rôle de “gardiens” des frontières européennes, en échange d’une rente politique et d’une forme d’immunité, au prix d’une répression accrue des personnes exilées et de la société civile.
La diffusion du témoignage vidéo d’Alex, jeune homme originaire du Soudan du Sud secouru par l’Ocean Viking, a rappelé la violence des parcours migratoires, notamment en Libye et sur les routes du désert.
En conclusion, Sophie Beau a insisté sur la nécessité de “résister pour simplement faire respecter le droit international”. Malgré les menaces, les entraves administratives et la criminalisation croissante, SOS MEDITERRANEE a réaffirmé sa volonté de poursuivre ses missions de sauvetage, de témoignage et de plaidoyer.
La journée s’est achevée par le finissage de l’exposition Save Our Souls, présentée par des bénévoles venu.e.s de plusieurs antennes d’Occitanie, et par un appel à la mobilisation citoyenne et aux dons. À Gruissan, une conviction a émergé avec force : face à l’abandon du sauvetage en mer par les États, la résistance humanitaire est et demeure une responsabilité collective.
Crédit photo : Solenn DEPONT / SOS MEDITERRANEE
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