L’ONU dénonce les mesures unilatérales prises par Israël en Cisjordanie et les conséquences sur les enfants et les jeunes de la guerre à Gaza.

Alors que l’ensemble du Moyen-Orient est affecté par la guerre déclenchée par les États-Unis et Israël contre l’Iran, Israël continue à affermir sa prise sur les territoires palestiniens occupés, en l’absence de réaction de la communauté internationale. C’est ce dont témoigne le dernier bulletin d’information de l’ONU, “ONU Info”, en date du 24 mars 2026. En voir des extraits ci-dessous. Un autre article alerte sur la situation catastrophique de la santé mentale des jeunes Palestiniens, en particulier des jeunes filles.

Alors que le Moyen-Orient est secoué par près de quatre semaines de guerre, un haut responsable onusien a condamné, mardi [24 mars 2026], lors d’une réunion du Conseil de sécurité, l’expansion incessante des colonies israéliennes en Cisjordanie, qui continue d’alimenter les tensions et de menacer la viabilité d’un État palestinien pleinement indépendant et contigu.

Ces mesures unilatérales israéliennes transforment progressivement le paysage, s’est inquiété le Coordonnateur spécial adjoint des Nations Unies pour le processus de paix au Moyen-Orient, Ramiz Alakbarov, dans un exposé devant les quinze États membres du Conseil.

Il s’est dit profondément préoccupé par les décisions du gouvernement israélien visant à renforcer le contrôle administratif et territorial d’Israël sur la Cisjordanie.

Le 8 février [2026], a-t-il notamment indiqué, le cabinet israélien a approuvé une série de mesures qui prévoient le transfert aux autorités israéliennes de certaines compétences municipales d’Hébron, telles que la délivrance des permis de construire concernant la mosquée d’Ibrahim (tombeau des Patriarches).

Ces mesures supprimeraient également les obstacles réglementaires à l’acquisition de terres et à la construction par des Israéliens, porteraient une nouvelle atteinte à l’Autorité palestinienne et risqueraient de déstabiliser davantage la situation sur le terrain, tout en érodant gravement les perspectives d’une solution négociée à deux États, a-t-il mis en garde.

Ramiz Alakbarov, coordonnateur spécial adjoint pour le processus de paix au Moyen-Orient, informe le Conseil de sécurité des Nations unies depuis Jérusalem sur la situation au Moyen-Orient.
UN Photo/Eskinder Debebe
Ramiz Alakbarov (à l’écran), Coordinateur spécial adjoint pour le processus de paix au Moyen-Orient, informe les membres du Conseil de sécurité sur la situation en Cisjordanie et à Gaza.

Plan de paix pour Gaza

Le Conseil de sécurité a également été informé de l’application de la résolution 2803 qu’il a adoptée l’an dernier et par laquelle il a fait sien le plan de paix du Président américain Donald Trump visant à mettre fin au conflit à Gaza.

Le Haut-Représentant pour Gaza au sein du Conseil de la paix (Board of Peace), Nickolay Mladenov, a déclaré devant les membres du Conseil de sécurité que la phase 1 de ce plan de paix est “en grande partie achevée”. Il a remercié les garants (Égypte, États-Unis, Qatar et Türkiye) pour leurs efforts à cette fin.

Le Conseil de la paix est une organisation internationale créée en janvier |2026] à la suite d’une proposition du Président Trump. S’inscrivant initialement dans le cadre du plan de paix américain pour Gaza, il avait reçu l’aval du Conseil de sécurité. Mais la mission de ce Conseil de la paix, dont la réunion inaugurale s’est déroulée en février [2026] à Washington, a été ensuite élargie à d’autres conflits dans le monde, suscitant des critiques.

Nickolay Mladenov, haut représentant à Gaza, informe les membres du Conseil de sécurité des Nations unies sur la situation au Moyen-Orient.
UN Photo/Eskinder Debebe
Le Haut-Représentant pour Gaza au sein du Conseil de la paix, Nickolay Mladenov, devant le Conseil de sécurité de l’ONU.

Désarmement des groupes armés

Dans son exposé, Nickolay Mladenov a aussi fait état de l’élaboration, en collaboration avec les États garants, d’un cadre global pour le désarmement des groupes armés à Gaza. Il a rappelé que le plan de paix exige le désarmement complet de la bande de Gaza et le placement des armes sous le contrôle de l’autorité palestinienne de transition.

À cet égard, il a demandé au Conseil de sécurité de réaffirmer que le désarmement à Gaza est “la seule voie à suivre permettant la reconstruction et le retrait militaire israélien, ainsi que la poursuite des droits du peuple palestinien à l’autodétermination et à la création d’un État, par le biais de négociations substantielles”.

Il a aussi demandé aux membres du Conseil d’user de tous les moyens à leur disposition pour exhorter le Hamas et toutes les factions palestiniennes à accepter ce cadre sans délai.

La concrétisation de ce cadre représenterait, selon lui, une rupture décisive avec les cycles de violence qui se sont succédé à Gaza depuis des décennies. “Il créerait les conditions d’une structure de sécurité palestinienne unifiée et responsable, rétablirait une autorité de transition unique et permettrait la réunification de Gaza et de la Cisjordanie sous l’égide d’une autorité palestinienne réformée”.

Pour que la phase 2 puisse advenir, M. Mladenov a exigé que le point de passage de Rafah reste ouvert, que le volume d’aide atteigne les niveaux convenus dans le cadre du cessez-le-feu, que des solutions de logement temporaires soient mises en place, et que toutes les parties fassent preuve de la plus grande retenue et honorent les engagements qu’elles ont pris.

“Si ce processus échoue, si le statu quo actuel est autorisé à devenir permanent, les conséquences seront dévastatrices”, a-t-il estimé.

Article original : https://news.un.org/fr/story/2026/03/1158610

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Palestine : crise de santé mentale chez les enfants et les adolescents, filles en danger, risques des mariages précoces 

Plus de deux années de violences ininterrompues, de déplacements et de pertes ont plongé les enfants et les adolescents en Palestine dans ce qu’un responsable de l’ONU décrit comme une “profonde urgence en matière de santé mentale”, les filles étant confrontées à des risques accrus, dont la recrudescence des mariages précoces.

Sima Alami, responsable du programme pour les adolescents et les jeunes au sein de l’agence des Nations Unies pour la santé sexuelle et reproductive (UNFPA), dresse un sombre tableau, marqué par des statistiques alarmantes.

“Nous avons plus d’un million d’enfants à Gaza qui ont besoin de services de soutien en santé mentale et psychosociale”, a-t-elle déclaré à ONU Info.

L’ampleur du traumatisme est vertigineuse.

Le sentiment que la mort est imminente

Selon les données de l’UNFPA citées par Mme Alami, 96 % des enfants à Gaza ont le sentiment que la mort est imminente. “Cela reflète la profondeur de la peur et du traumatisme qu’ils vivent au quotidien”, a-t-elle souligné.

Chez les adolescents et les jeunes, souvent négligés dans les crises humanitaires, l’impact psychologique est tout aussi grave. Environ 61 % souffrent de trouble de stress post-traumatique, 38 % de dépression et 41 % d’anxiété.

“De manière alarmante, un adulte sur cinq envisage le suicide presque quotidiennement”, a-t-elle ajouté. “Il ne s’agit pas simplement de détresse psychologique”, a insisté Mme Alami. “C’est une urgence de santé mentale généralisée”.

Les filles particulièrement vulnérables

Les filles figurent parmi les plus vulnérables. À Gaza, le mariage des enfants, qui était auparavant en recul, connaît une forte recrudescence. Les taux étaient passés de 25,5 % en 2009 à 11 % en 2022, mais ils augmentent à nouveau à mesure que les familles luttent pour survivre.

Une étude récente de l’UNFPA a révélé que 71 % des répondants à Gaza ont signalé une pression accrue pour marier des filles de moins de 18 ans. Rien que sur une courte période de suivi, plus de 400 licences de mariage ont été délivrées pour des filles âgées de 14 à 16 ans par des tribunaux d’urgence, mais ces chiffres sont probablement sous-estimés.

“Certaines familles considèrent le mariage comme une stratégie de survie face au déplacement, à la pauvreté et à l’insécurité”, a expliqué Mme Alami. D’autres pensent qu’il offre une protection dans des abris surpeuplés ou permet d’alléger les difficultés économiques après l’effondrement des moyens de subsistance.

Des enfants qui n'ont pas assez à manger se rendent dans une clinique nutritionnelle à Deir al Balah, à Gaza.
© UNICEF/Eyad El Baba
Des enfants qui n’ont pas assez à manger se rendent dans une clinique nutritionnelle à Deir al Balah, à Gaza.

Une ‘solution’ qui expose les filles à la violence

Les conséquences sont graves. En 2025, environ 10 % des nouvelles grossesses enregistrées à Gaza concernaient des adolescentes, marquant une augmentation significative par rapport à la période d’avant-guerre.

Dans le même temps, l’accès aux soins de santé a fortement diminué. Seuls 15% des établissements de santé à Gaza sont actuellement en mesure de fournir des services obstétricaux et néonatals d’urgence, ce qui augmente les risques de complications pour les jeunes mères et leurs bébés.

Le mariage des enfants expose également les filles à la violence.

“Certaines données suggèrent que 63 % des filles mariées à un jeune âge ont subi des violences physiques, psychologiques ou sexuelles”, a déclaré Mme Alami. Les rapports indiquent une augmentation des taux de divorce et une détresse psychologique sévère généralisée chez les mineures mariées.

Dans les cas les plus extrêmes, les conséquences peuvent être mortelles. “Plus de 100 suicides ou tentatives de suicide ont été documentés parmi les survivantes de violences”, a-t-elle précisé, soulignant que le mariage précoce constitue une forme de violence fondée sur le genre.

Une femme en foulard participe activement à une séance de planification, en écrivant sur un tableau blanc recouvert de notes collantes colorées.
© UNFPA/Social Development Forum
Afin d’offrir un environnement sûr où les filles peuvent obtenir une aide immédiate et à plus long terme face aux violences fondées sur le genre, l’UNFPA soutient des espaces sûrs, des centres de jeunesse et des “tentes pour filles” à travers Gaza.

Un sentiment d’insécurité persistant en Cisjordanie

Si Gaza reste l’épicentre de la crise, la situation en Cisjordanie se dégrade également. L’escalade de la violence, les opérations militaires et les attaques de colons ont entraîné des déplacements, en particulier dans les camps de réfugiés, tandis que les restrictions de mouvement et la fermeture des points de contrôle ont perturbé la vie quotidienne et forcé de nombreuses écoles à fermer.

Les enfants et les jeunes vivent sous un stress constant.

“Ils sont confrontés à la peur des raids, aux restrictions de mouvement et à l’incertitude concernant les moyens de subsistance et l’accès aux services”, a dit Mme Alami. “Cela engendre une anxiété chronique et un sentiment persistant d’insécurité”.

Ces pressions peuvent avoir des conséquences à long terme, influençant les comportements et la santé mentale jusque dans l’âge adulte. Certains jeunes envisagent même de quitter complètement la Palestine.

Une jeune femme bénévole du Forum de développement social dirige une séance de l'initiative Girls Tent pour la sensibilisation à l'éducation sexuelle complète pour les mères et les femmes à Gaza.
© UNFPA/Forum sur le développement social
Une volontaire du Forum pour le développement social anime une session de l’initiative “Tente pour filles”.

Des espaces sûrs comme bouées de sauvetage

Face à ces défis, l’UNFPA a élargi ses services de soutien. Au cours des trois dernières années, l’agence a rouvert et soutenu plus de 35 espaces sûrs pour les femmes et les filles, offrant une gestion des cas et des réponses multisectorielles aux violences basées sur le genre.

Plus de 120 000 kits de dignité et d’hygiène ont été distribués et, dans l’ensemble de la Palestine, plus de 15 centres de jeunesse polyvalents sont opérationnels, dont 11 dédiés aux filles.

“Ces espaces offrent un soutien psychosocial, de l’éducation et des compétences de vie tout en favorisant l’engagement communautaire et le sentiment d’appartenance”, a indiqué Mme Alami. Les jeunes ne sont pas seulement des bénéficiaires, a-t-elle ajouté, mais des “partenaires actifs” dans la conception et la mise en œuvre des initiatives.

Les services comprennent des sessions de groupe, des premiers secours psychologiques, un accompagnement individuel et une ligne d’assistance numérique appelée “Youth Window” [Fenêtre jeunesse], qui offre un soutien gratuit à distance aux jeunes marginalisés.

Cependant, les défis restent immenses. Les déplacements, les ressources limitées et les conditions difficiles — en particulier à Gaza, où certains espaces sûrs fonctionnent sous des tentes exposées à des conditions climatiques extrêmes — continuent d’entraver les opérations.

“De nombreuses familles privilégient la survie à la santé mentale”, a conclu Mme Alami, soulignant la nécessité de réponses intégrées reliant le soutien psychosocial à l’alimentation, à la santé et à l’éducation.

Article original : https://news.un.org/fr/story/2026/03/1158609

Source : bulletin UN Info du 24 mars 2026

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