Au moment où le monde célèbre le passage à l’année nouvelle, Israël expulse de la bande de Gaza 37 des organisations humanitaires les plus impliquées dans le secours à la population. Les conditions de vie dans le territoire ne font que s’aggraver depuis l’état des lieux décrit ci-dessous dans un communiqué par nos amis de l’UJFP (Union juive française pour la paix). La trêve décrétée par le président des Etats-Unis apparaît de plus en plus comme un faire-valoir dont Israël entend se servir pour ses propres fins. La récente reconnaissance du Somaliland séparatiste par Israël a été d’emblée mise en rapport par les États arabes voisins avec l’expulsion de tout ou partie de la population de Gaza. Nous reproduisons l’information diffusée par RFI (Radio France Internationale) le 31 décembre sur l’interruption de fait de l’aide d’urgence sur le territoire de Gaza. Les différents médias d’information français l’ont reprise ce 31 décembre 2025.
La situation à Gaza est extrêmement grave
Communiqué de la Coordination nationale de l’UJFP

, 7 décembre 2025
Deux éléments se conjuguent dans l’aggravation en cours.
D’une part le cessez-le feu annoncé le 10 octobre n’en est pas un. Dans son rapport du 27 novembre 2025, Amnesty International a déclaré que “les actes génocidaires commis par Israël se poursuivent à Gaza. La population palestinienne manque de tout : de nourriture, d’eau, de logements, de soins de santé. Elle est condamnée à une mort lente et calculée. 327 personnes au moins ont été tuées dont 136 enfants.”
Pendant ce temps, les gouvernements des États-Unis, d’Israël et leurs alliés se concertent sur le dos des Palestiniens qui ne sont pas consultés. Et ledit “Plan Trump” les condamne à la poursuite de l’occupation militaire, au morcellement de la bande de Gaza dont plus de la moitié devient inaccessible à sa population.
D’autre part les intempéries ont mis en danger vital les personnes déplacées dans des camps. Une mère de plusieurs enfants, du camp d’Al-Asdiqaa, témoigne dans un atelier de soutien aux femmes : “Cette nuit-là, l’eau entrait comme un torrent. J’ai creusé un petit fossé avec un bol pour changer le trajet de l’eau, mais elle ne s’arrêtait pas. Avant l’aube, tout était mouillé : les vêtements, les matelas, même la farine. Nous sommes restées debout dans la boue pendant des heures… Nous nous sommes senties vaincues”.
Le représentant de l’UJFP à Gaza, Abu Amir, nous alerte : “Dans les camps de déplacés, les familles ont besoin de tout, sans aide les gens meurent”. Il passe de camp en camp et tente de répondre aux besoins des familles les plus percutées par la situation actuelle : “Beaucoup de familles appellent pour recevoir des couvertures et des matelas élémentaires. De ces petits matelas, il n’y en a plus qui soient disponibles à l’achat. On trouve, par contre, à acheter des couvertures.”
Abu Amir ajoute : “Comprenez bien, 600 bâches comme nous venons d’acheter, c’est beaucoup d’argent, mais ce n’est rien si on compare aux besoins vitaux de millions de personnes en camps de déplacés ; il faudrait lancer une très grande campagne pour que la population en France comprenne le point où nous en sommes, avec certaines familles démunies absolument de tout, qui ne pourront survivre sans aide”.
L’UJFP, qui appuie depuis 2016 un groupe de paysans de Gaza, poursuit son soutien politique en y ajoutant un volet humanitaire face à la dégradation épouvantable des conditions de vie et se joint à cette alerte.
Nous lançons un nouvel appel à la solidarité financière face à une dégradation des conditions de survie dans les camps de déplacés, alors que s’insinue le froid et que les pluies ruinent les installations de fortune. Mais les Palestiniens s’accrochent et résistent au désespoir. C’est pourquoi notre aide est cruciale.
La Coordination nationale de l’UJFP, le 7 décembre 2025
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Israël supprime l’agrément de 37 organisations internationales
intervenant à Gaza
Beaucoup le redoutaient, Israël les a informées mardi soir 30 décembre un jour avant la date limite : 37 organisations internationales humanitaires ne seront plus enregistrées dans le pays à partir du 1ᵉʳ janvier 2026. Ce sont les conséquences d’une décision israélienne d’il y a quelques mois, lorsque le gouvernement a décidé de revoir le cadre juridique qui encadrait ces ONG pour écarter celles jugées “hostiles” ou “sympathisantes du terrorisme“. Dans cette liste, on retrouve des ONG internationales parmi les plus importantes qui interviennent sur place depuis longtemps et qui ont dénoncé le “génocide” à Gaza.
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Des Palestiniens marchent dans une rue longeant un campement de tentes entouré de bâtiments détruits lors d’opérations aériennes et terrestres israéliennes dans le quartier de Sheikh Radwan, à Gaza, le mardi 30 décembre 2025. AP – Abdel Kareem Hana
Avec notre envoyée spéciale à Jérusalem, Alice Froussard
Médecins sans Frontières, Handicap International, Oxfam, Médecins du Monde, Première Urgence… En tout, 37 organisations internationales humanitaires ont reçu une lettre du gouvernement israélien ce mardi 30 décembre les informant que leur enregistrement en Israël pourrait être radié à partir du 1ᵉʳ janvier 2026.
Concrètement, dans un délai de 60 jours, ces organisations n’auront plus le droit d’avoir du personnel international à Gaza ni d’y faire entrer de l’aide – même si cette aide est déjà bloquée par Israël depuis mars – leurs bureaux à Jérusalem devront fermer.
Parmi les ONG concernées, cette décision n’est pas vraiment une surprise. Beaucoup s’y attendaient. “Mais pas à ce point, pas avec un si grand nombre d’organisations”, précise une source humanitaire sur place, qui préfère garder l’anonymat. Et les conséquences pourraient être gravissimes, comme l’explique Claire San Filippo, responsable des opérations d’urgence pour Gaza chez Médecins sans frontières :
“Cela nous empêcherait de fait d’opérer à Gaza où, aujourd’hui, un lit d’hôpital sur cinq et un accouchement sur trois dépendent de notre appui. Si Médecins sans frontières était empêchée d’intervenir à Gaza, des centaines de milliers de personnes seraient privées de soins médicaux”.
Les ONG y voient surtout une instrumentalisation de l’assistance humanitaire à des fins politiques et un durcissement drastique de leurs conditions de travail.
À lire aussi Gaza: en pleine crise humanitaire, Israël interdit l’accès à 14 ONG
Voir l’article du quotidien La Croix du 31 décembre 2025, “Gaza : ce qu’il faut retenir de la journée du mercredi 31 décembre”.
Y est rapportée la dénonciation par l’ONU d’une interdiction “scandaleuse” de l’accès à Gaza, et la déclaration sibylline de l’Union Européenne “avertissant Israël” que la suspension de l’accès de ces ONG à Gaza “empêcherait l’acheminement d’une aide vitale”.
