Peut-on préparer la paix quand la guerre menace d’embraser toute une région ?

Dans les conditions meurtrières qui règnent à Gaza, dont rend compte un article paru sur le site de l’Agence Média Palestine, notre ami Ziad Medoukh poursuit, avec ses étudiants, un travail presque thérapeutique avec les enfants du territoire de Gaza. Pour eux l’avenir est particulièrement incertain, mais ils doivent pouvoir vivre le plus humainement possible leur présent. L’analyse de la stratégie israélienne faite par un ancien négociateur israélien soulève pourtant les inquiétudes les plus vives, montrant à quoi tend la logique du “Grand Israël” promue par l’extrême-droite et endossée par l’actuel Premier ministre, à travers un état de guerre indéfini. Enfin, nous relayons un communiqué du cardinal Jean-Marc Aveline, président de la Conférence des évêques de France sur la guerre au Liban, diffusé après les bombardements massifs de Beyrouth du 8 avril 2026, mais qui garde sa pertinence dans ce qui apparaît comme une poursuite de la guerre malgré les trêves. Le Liban évalue aujourd’hui le nombre des victimes à plus de  trois mille morts.

Qu’entendent en fait Benjamin Netanyahu et la droite israélienne lorsqu’ils parlent du “Plus Grand Israël”.

Par Daniel Levy, négociateur israélien des pourparlers d’Oslo II. Article paru dans le quotidien The Guardian le 13 avril 2026, https://www.theguardian.com/commentisfree/2026/apr/13/benjamin-netanyahu-middle-east-greater-israel

L’auteur montre que l’expression a d’abord son sens territorial, passant en revue les annexions de facto qu’Israël continue d’effectuer, au prix de massacres et de déplacements de population. La population de Gaza est réduite à vivre sur une étroite bande de terre représentant juste 12% du territoire. Le Golan occupé et annexé ouvre la perspective d’un contrôle israélien s’étendant jusqu’à Damas. Et maintenant c’est une emprise permanente sur le Sud du Liban qui se dessine.

Mais le “Plus Grand Israël” n’a pas qu’un sens territorial. Le projet est de faire d’Israël la puissance hégémonique de la région entière, ce qui exige une refonte de tout le système de relations internationales, dans un “hexagone” qui inclut “l’Inde, les nations arabes, certaines nations africaines, certaines nations méditerranéennes (Grèce et Chypre) et certaines nations asiatiques”. Israël deviendrait ainsi, selon les vues du Premier ministre, non pas seulement une puissance dominante régionale, mais un acteur mondial, clé de voûte de cet “hexagone” tri-continental. De sorte que sa suprématie perdure même si venait à lui faire défaut le soutien actuellement sans faille de la super-puissance mondiale que sont les États-Unis.

A ce projet un obstacle : l’Iran une fois désagrégé, restera la Turquie. C’est la “menace” suivante que l’État d’Israël ne craint pas aujourd’hui de désigner.

Daniel Levy conclut sur les perspectives terrifiantes qui en résultent. Cette inclination permanente vers la guerre qui est profondément enracinée dans la classe politique israélienne, “gouvernement et opposition” confondus, est un danger pour Israël lui-même, dans la mesure où les acteurs de la région ne sont pas prêts à accepter de bon gré un tel plan.

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La “ligne jaune” d’Israël à Gaza : une annexion sans contrainte légale

Voici l’introduction et la conclusion d’un long article d’Ahmad Ibsais, Palestinien émigré aux Etats-Unis et actuellement doctorant en droit à l’université du Michigan, traduit sur le site de l’Agence Média Palestine.

Le 21 avril 2026

Introduction

Le régime israélien trace une “ligne jaune” à travers Gaza afin de consolider ce qu’il a toujours convoité : les terres palestiniennes. La ligne jaune n’est pas une frontière reconnue au niveau international. Les frontières sont généralement établies par des accords bilatéraux, des décisions arbitrales ou une reconnaissance mutuelle en vertu du droit international. La ligne dite “jaune” à Gaza, elle, fonctionne comme une démarcation militaire de facto liée à des accords de cessez-le-feu et imposée par le contrôle opérationnel israélien. À certains endroits, elle est marquée par des barrières en béton peintes en jaune, des couloirs dégagés et des zones d’accès restreint. Elle régit les déplacements des civils et le contrôle territorial sans constituer une frontière officiellement établie. En réalité, elle équivaut à un vol de territoire sous une appellation plus flatteuse, mettant en œuvre le plan du président américain Donald Trump visant à poursuivre la colonisation de Gaza.

La Ligne jaune s’inscrit dans un cadre structurel colonial plus large : Israël n’a jamais fixé ses frontières définitives. Plusieurs limites territoriales restent régies par des lignes d’armistice, l’occupation militaire ou des revendications de souveraineté contestées. Cette ambiguïté persistante ouvre la voie à l’expansion des colonies, des zones tampons et des zones militaires restreintes sous prétexte de sécurité.

Cette ambiguïté n’est pas fortuite ; si les autorités israéliennes présentent la Ligne jaune et les délimitations similaires comme des mesures de sécurité temporaires, leur application peut aboutir à un contrôle territorial durable. Une annexion officielle entraînerait des conséquences juridiques et diplomatiques plus claires, notamment une exposition accrue au contrôle juridique international. Cela pourrait inclure une éventuelle enquête de la Cour pénale internationale (CPI), qui a affirmé sa compétence sur les crimes présumés commis dans le territoire palestinien occupé, ainsi que la possibilité de sanctions ou d’autres mesures si les instances internationales décidaient d’agir. La présente analyse soutient qu’en maintenant la classification de ces zones comme des arrangements de sécurité provisoires plutôt que comme des frontières permanentes, le régime israélien exerce un contrôle territorial tout en limitant les coûts juridiques et politiques immédiats associés à une annexion déclarée.

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Recommandations

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Tout recours au droit international doit tenir compte du rôle constitutif de celui-ci dans la facilitation et le maintien de la colonisation de la Palestine. Néanmoins, les États et les défenseurs du droit doivent continuer à résister à l’expansion de la violence coloniale des colons israéliens en utilisant le droit international comme un outil et un lieu de lutte politique. Par conséquent, les mesures suivantes devraient être prises sans délai pour contester l’expansion territoriale du régime israélien à Gaza.

Premièrement, ceux qui œuvrent dans le domaine du droit international doivent intensifier la pression sur la CPI (Cour Pénale Internationale), dont l’enquête sur les crimes liés à la colonisation israélienne est ouverte depuis 2021, afin d’accélérer la procédure et de donner la priorité aux chefs d’accusation liés au vol de terres dans les poursuites pour crimes de guerre. Le procureur devrait délivrer des mandats d’arrêt à l’encontre des responsables de l’élaboration et de la mise en œuvre de ces politiques.

Deuxièmement, les États tiers — en particulier ceux du Groupe de La Haye qui ont déjà démontré leur volonté politique de faire respecter la responsabilité — devraient intervenir dans l’affaire de génocide en cours devant la CIJ (Cour Internationale de Justice), introduite par l’Afrique du Sud, en déposant des déclarations d’intervention et des observations écrites qui identifient la Ligne jaune comme une manifestation continue et documentée de conditions génocidaires au sens de l’article II(c) de la Convention sur le génocide.

En effet, il convient de faire valoir que la Ligne jaune fait partie intégrante de la politique coloniale de peuplement israélienne visant à détruire de manière permanente les conditions de vie des Palestiniens à Gaza par la confiscation et la destruction systématiques des terres et des biens autochtones, le déplacement forcé des populations civiles des zones situées au-delà de la Ligne, et la privation délibérée de ressources naturelles, y compris la saisie de plus de 75 % des terres agricoles de Gaza.

Troisièmement, l’Assemblée générale des Nations unies devrait demander un avis consultatif à la CIJ sur la Ligne jaune et sur les obligations de non-reconnaissance des États. Les organismes internationaux et régionaux devraient suspendre les processus de normalisation et la coopération institutionnelle qui renforcent l’appropriation coloniale en cours par le régime israélien des terres palestiniennes à Gaza (1).

Enfin, pour ceux qui œuvrent en dehors de l’arène du droit international, le vol de terres doit être documenté et rendu visible. Les médias et les organisations de la société civile doivent documenter chaque déplacement de la Ligne jaune à l’aide d’images satellites, d’une cartographie précise et de témoignages sur le terrain, en conservant les résultats pour de futures procédures judiciaires. Les médias, les missions diplomatiques et les organisations internationales doivent abandonner le langage qui décrit ces processus comme des mesures de sécurité et les qualifier à juste titre d’annexion territoriale. Ce qui n’est pas nommé ne peut être contesté.

Ahmad Ibsais

Article intégral, traduit et publié par l’Agence Média Palestine : https://agencemediapalestine.fr/blog/2026/04/21/la-ligne-jaune-disrael-a-gaza-une-annexion-sans-contrainte-legale/

Traduction : JB pour l’Agence Média Palestine
Source : Al-Shabaka

(1) Note de la rédaction. L’Union Européenne, pressée par trois de ses membres, l’Irlande, l’Espagne et la Slovénie, de suspendre son accord d’association avec Israël sur la base des violations constatées des droits des Palestiniens, vient de rejeter cette proposition. Voir l’article du quotidien The Guardian en date du 21 avril 2026 : https://www.theguardian.com/world/2026/apr/21/eu-foreign-ministers-reject-proposal-suspend-association-agreement-israel

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Les enfants de Gaza dessinent la Palestine, l’espoir et la vie, malgré la tragédie vécue

Les enfants de Gaza dessinent la vie,
Ils dessinent l’espoir,
Ils dessinent la Palestine
Et ils dessinent l’avenir !

Malgré une situation dramatique dans leur région dévastée, les enfants de Gaza montrent dans des jolis dessins, leur attachement à la vie.

En dépit d’une agression horrible qui dure depuis plus de 30 mois, les enfants de Gaza sont toujours là pour pratiquer leurs loisirs.
Malgré la tragédie vécue, les enfants de Gaza dessinent avec joie.
Suite à un atelier de dessin organisé début avril 2026 par des jeunes motivés dans un centre éducatif, les enfants de Gaza essayent d’oublier le drame et la souffrance. Leurs dessins sont très émouvants ! Ils expriment une volonté, une détermination, un regard positif vers l’avenir et des espérances.

La vie continue à Gaza et l’espoir est toujours là avec cette volonté remarquable de notre population civile confiante, et avec le sourire et la joie de nos enfants.

Voici des vidéos sur les dessins de ces enfants palestiniens de Gaza réalisées par la chaîne francophone Gaza la vie, animée par Ziad Medoukh.

Atelier de dessin :

Dessiner la Palestine :

Deux des dessins :

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“La sécurité d’un peuple ne peut s’obtenir en entretenant la haine de l’autre”
Communiqué du cardinal Jean-Marc Aveline, président de la Conférence des évêques de France

Paris, le 9 avril 2026

Ce 8 avril 2026, des frappes israéliennes massives ont touché, sans avertissement, plusieurs quartiers au cœur de Beyrouth, ainsi que la banlieue sud de la capitale, le Liban-Sud et la Békaa, faisant plus de 300 morts et des centaines de blessés, qui s’ajoutent aux 1 500 victimes et aux 1,2 millions de personnes déplacées depuis le début de ce conflit entre le Hezbollah et Israël. Une fois de plus, le Liban est la victime des puissants de ce monde, mais aussi l’otage de ceux qui prétendent le défendre. Tous semblent n’avoir qu’un objectif : détruire le message qu’il représente, celui d’une convivialité possible entre personnes de cultures et religions différentes.

En ce jour de deuil pour le peuple libanais, je tiens à lui exprimer ma tristesse, mon indignation et ma pleine solidarité. Je condamne avec la plus grande fermeté cette opération intolérable, perversement appelée “obscurité éternelle”, ainsi que le cynisme de son déroulement, au moment même où entrait en vigueur un cessez-le-feu entre les belligérants. La spirale de la violence doit cesser et le droit international doit être respecté. L’histoire nous apprend que la sécurité d’un peuple ne peut s’obtenir en entretenant la haine de l’autre.

Mgr Hugues de Woillemont, Directeur général de l’Œuvre d’Orient, le cardinal Raï, Patriarche de l’Église maronite et Mgr Paolo Borgia, Nonce apostolique au Liban, ont participé [hier] à l’acheminement d’une aide humanitaire aux populations civiles du Sud-Liban. Ils ont vu la désolation provoquée depuis des semaines dans la région de Tyr et de Saïda, par un conflit dont la finalité territoriale se précise, au détriment de populations présentes sur ces terres depuis des siècles. Rentrant à Beyrouth, ils ont été les témoins des désastres provoquées par les frappes meurtrières de l’armée israélienne sur la population civile en plein cœur de la ville.

J’invite tous les catholiques de France à répondre à l’invitation du pape Léon XIV à se rassembler pour prier pour la paix, [le samedi 11 avril 2026 à 18 heures]. J’encourage aussi ceux qui le souhaitent et le peuvent, à soutenir l’Œuvre d’Orient par leurs dons, afin de venir concrètement en aide aux Libanais, aux communautés chrétiennes du Moyen-Orient et, à travers elles, à tous les peuples qui aspirent à y vivre en paix.

+  Cardinal Jean-Marc Aveline
Président de la Conférence des évêques de France

Lien : https://eglise.catholique.fr/espace-presse/communiques-de-presse/570870-liban-securite-haine-autre-aveline-cef/

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