Le tourisme religieux au Liban : un potentiel encore inexploité – OLJ

Le tourisme religieux au Liban : un potentiel encore inexploité

Le gouvernement veut promouvoir ce marché qui reste pour l’instant largement informel et limité aux visiteurs locaux.

Sunniva Rose | OLJ
19/07/2017

Pour relancer un secteur touristique fragilisé par les tensions régionales, le gouvernement table notamment depuis plusieurs années sur la valorisation de l’important patrimoine religieux libanais. Dernière initiative en date, le nouveau programme touristique destiné à promouvoir les milliers de sites religieux libanais lancé le 16 mai dernier au Grand Sérail par le Premier ministre Saad Hariri. Financé par l’Italie à hauteur de 414 000 euros (470 000 dollars), ce programme, piloté par un groupe de travail mis en place par la présidence du Conseil des ministres, a déjà publié plusieurs cartes qui recensent les 250 sites religieux les plus importants au Liban, ainsi qu’un livre grand format et un site web, www.sacredlebanon.com.

Les données disponibles sont néanmoins rares et éparses, ce qui rend toute étude de marché difficile. L’un des consultants du programme de tourisme religieux au Grand Sérail, Walid Hussein, a cependant tenté de créer une base de données en appelant les sites religieux un par un. Le site le plus populaire, avec 2 millions de visites par an, serait le sanctuaire de Notre-Dame du Liban à Harissa, devant le monastère Saint-Maron à Annaya (sanctuaire Saint-Charbel), avec 400 000 visiteurs revendiqués. Les sites maronites compteraient parmi les plus visités dans le pays, mais le sanctuaire chiite de Saydet Khawla à Baalbek attirerait à lui seul 180 000 visiteurs tous les ans, tandis que 120 000 personnes visiteraient la mosquée sunnite de Mohammad el-Amine, au centre de Beyrouth.

Peu lucratif
Mais pour l’instant, la visite de ces sites attire en premier lieu les locaux. D’après Nour Farra-Haddad, consultante en tourisme et professeure d’université, 90 % du tourisme religieux est interne et peu lucratif pour les agences de voyages, d’autant plus que l’entrée aux sites religieux est gratuite. Norma Khoury, qui dirige l’agence de voyages maronite Lebanon Roots, a organisé une visite fin juin à la ville natale de sainte Rafqa à Hemlaya (Metn) pour un groupe de 35 personnes. « Nous avons juste divisé le montant de location du bus, ce qui revenait à 5 dollars chacun. Les Libanais ne sont pas habitués à payer pour ce type de tourisme, on le fait pour faire connaître l’agence », précise-t-elle. Pourtant, les Libanais sont prêts à dépenser lorsqu’ils sont à l’étranger, a constaté Walid Hussein. En utilisant les chiffres de plusieurs institutions religieuses et de quelques agences de voyages, il en a déduit que les pèlerins libanais ont dépensé 300 000 dollars l’année dernière en hôtels et billets d’avion. « Ce montant n’inclut pas leurs dépenses sur place, donc j’imagine que leur budget total est bien supérieur », précise-t-il.

En ce qui concerne les visiteurs étrangers au Liban, leur voyage est rarement organisé par les agences, d’après Nour Farra-Haddad. « Beaucoup de prêtres libanais qui tiennent des paroisses à l’étranger organisent des tours au Liban et s’occupent de toutes les prestations, de A à Z ». Et ce malgré le fait que « la loi impose à un groupe religieux souhaitant organiser une visite au Liban de passer par une agence de voyages », selon une source au ministère du Tourisme. Même lorsque les touristes sont pris en charge par une agence, les marges de cette dernière ne dépassent pas 20 %, constate Norma Khoury. En outre, le nombre de visiteurs est en chute libre ces dernières années. Selon elle, « les groupes de touristes sont normalement composés de 40 personnes minimum. Mais depuis 2 ans, ce chiffre a presque diminué de moitié du fait de la guerre en Syrie ».

Ciblage et marketing
Du côté du tourisme religieux chiite, également important au Liban, les visites restent aussi majoritairement informelles. « Les chiites organisent des « campagnes » religieuses (hamlate en arabe) à l’initiative de particuliers. Ils arrive qu’ils passent par une agence de voyages, mais pas toujours », explique Walid Hussein. « Nous ne cherchons pas à attirer des pèlerins étrangers pour l’instant, car l’infrastructure des sanctuaires est encore peu développée. Ils ne peuvent pas recevoir de visiteurs ou les héberger pour la nuit », ajoute Maytham Zaarour, chargée du site internet de l’association de promotion du patrimoine religieux Qabas. Quant à la promotion des sites sunnites libanais, elle reste faible. D’après plusieurs experts, les fidèles préfèrent se rendre dans le Golfe.

Pour relancer le secteur, il faut tout d’abord cibler les touristes les plus à même de visiter le Liban pour raisons religieuses, argumente Haytham Fawaz, à la tête du syndicat des guides touristiques. « Il faut cibler la troisième génération de Libanais expatriés, au Brésil, en Argentine, aux États-Unis, en France… Il faut aussi encourager les compagnies aériennes à renouer leurs vols vers Beyrouth, comme la Malaysia Airlines, pour que les pèlerins malaisiens en route vers l’Arabie Saoudite s’arrêtent au Liban. » Du côté marketing, le Liban aurait aussi avantage à se promouvoir comme faisant partie de la Terre sainte, c’est-à-dire ayant des liens historiques avec la vie de Jésus-Christ, selon Nour Farra-Haddad. « C’est ce que fait la Jordanie depuis quelques années avec de très bons résultats », indique-t-elle.

En attendant, le ministère du Tourisme affirme avoir commencé sa campagne pour promouvoir l’image du Liban à l’étranger, en particulier avec l’inscription du sanctuaire de Notre-Dame de l’Attente (Saydet el-Mantara) à Maghdouché (Saïda) sur la carte du tourisme religieux international en mai 2016, sous les auspices du ministre du Tourisme de l’époque, Michel Pharaon.