Recension

Titre

Au nom de la religion ?

Sous titre

Barbarie ou fraternité

Auteur

François Euvé

Type

livre

Editeur

L’Atelier, 04/11/2016

Nombre de pages

158 p

Prix

15 €

Date de publication

9 février 2017

Au nom de la religion ?

 

« Y a-t-il un lien intrinsèque entre religion et violence ? » Telle est la question que dans ce livre, publié après la mort du Père Jacques Hamel dans l’église de St-Etienne du Rouvray en juillet 2016, le Père François Euvé, jésuite, directeur de la revue Etudes[1], entend poser sans détour. Ce sont principalement le christianisme et l’islam qui nourrissent sa réflexion.

Le phénomène religieux est profondément ambivalent constate-t-il. Les « Lumières[2] » ont buté sur les questions ultimes de l’humanité, en particulier sur celle de la violence que les hommes s’infligent les uns aux autres. Mais la religion, dont les ressources peuvent être mobilisées pour répondre à ces questions, est elle-même exposée au risque de succomber à la « tentation fondamentaliste ». Car la certitude d’être dans le vrai, sans accepter de s’ouvrir à la rencontre et au débat avec les autres, est une forme de totalitarisme qui peut entretenir les tensions dans la société et faire le lit de la violence. Et l’histoire du christianisme n’en a pas été exempte.

Aujourd’hui où, au sein de l’islam, s’exerce avec force la tentation du repli et de la clôture, François Euvé nous montre qu’il faut prendre le risque de la confiance en l’autre, car la seule alternative à la violence est le dialogue. Pour sa démonstration, François Euvé fait appel de façon très pertinente aux réflexions philosophiques ou théologiques qu’à diverses reprises dans le passé la revue Etudes a su publier et qui figurent dans la très intéressante bibliographie qui clôture l’ouvrage. Il cite ainsi le Père Joseph Moingt, s.j., pour souligner que « le dialogue n’est pas une concession à l’esprit du temps, il a sa source en Dieu même », et, pour le chrétien, dans Jésus qui va à la rencontre de ses semblables, en rejetant toute exclusion.

L’auteur sait  également mobiliser des contributions récentes et éclairantes comme celle du dominicain Adrien Candiard, dans son livre court mais stimulant  Comprendre l’islam[3]. Il ne sous-estime pas les difficultés actuelles du dialogue interreligieux, et notamment islamo-chrétien (p. 116 à 119). Et pourtant, souligne-t-il, pour le chrétien la Vérité se cherche dans une histoire, dans une dynamique de rencontre et de confrontation ouverte à toutes les personnes de bonne volonté. F. Euvé reprend les mots du Père Pierre Claverie, qui appelait à « reconnaître dans l’autre un appel à sortir de mes limites et de mon arrogance dominatrice » (p. 126).

C’est à cette condition, conclut-il au terme de cet essai argumenté et convaincant, que la religion peut continuer de jouer dans notre société un rôle essentiel : y maintenir la conscience de convictions éthiques et une ouverture à l’avenir.

Bertrand Wallon

[1] François Euvé, rédacteur en chef de la revue Études. Agrégé de physique, théologien, il est l’auteur de nombreux ouvrages, parmi lesquels Crainte et tremblement : une histoire du péché.- Le Seuil, 2010 ; Darwin et le christianisme.Pocket, 2009 ; Dieu et la science avec André Comte-Sponville et Guillaume Lecointre.- Presses de l’ENSTA, 2011 ; Pour une spiritualité du cosmos : découvrir Teilhard de Chardin.- Salvator, 2015.

[2] Mouvement philosophique qui s’étend en Europe dès le 17e s. et domine la pensée européenne au 18e s : c’est, notamment, l’âge du triomphe de la raison sur la foi et la croyance : https://fr.wikipedia.org/wiki/Lumi%C3%A8res_(philosophie)

[3]Comprendre l’islam. Ou plutôt : pourquoi on n’y comprend rien /Adrien Candiard.- Flammarion, 2016.-(Champs actuel) : http://www.chretiensdelamediterranee.com/livre/comprendre-lislam/