Recension

Titre

La résistance palestinienne

Sous titre

des armes à la non-violence

Auteur

Bernard Ravenel

Type

livre

Editeur

L’Harmattan, 15/09/2017

Collection

La bibliothèque de l’Iremmo ; n°30

Nombre de pages

154 pages

Prix

12 €

Date de publication

1 mars 2018

La résistance palestinienne

 

Parmi les nombreuses publications concernant le conflit israélo-palestinien, il faut retenir particulièrement ce dernier ouvrage de Bernard Ravenel, publié par l’Institut de Recherche et d’Etudes Méditerranée Moyen-Orient (iReMMO)[1]. Le lecteur averti appréciera, tout à la fois, la rigueur de l’historien, l’empathie de l’homme engagé et la pertinence de l’analyste. L’auteur, agrégé d’histoire, spécialiste des problèmes méditerranéens objets de plusieurs livres, a été aussi président de l’Association France-Palestine-Solidarité, de 2001 à 2009[2].

L’ouvrage est structuré en cinq grandes parties, comme autant de périodes ou d’étapes significatives de cette histoire presque centenaire de la terre de Palestine. C’est là qu’on apprécie la compétence de l’historien qui balise un itinéraire, en prenant soin de le contextualiser dans son époque. Ainsi, certaines guerres de la décolonisation des années 1960 (on pense à l’Algérie), ne sont pas sans influencer la tentation de la lutte armée pour les Palestiniens. Mais les temporalités et les conditions géographiques et géopolitiques ne sont jamais transposables telles quelles.

Bernard Ravenel montre bien, dans sa première partie, de 1920 à 1974, que la lutte armée, contre les Britanniques d’abord, puis contre les Israéliens, a reposé sur une idéologie ou des représentations pour une grande part fantasmées ou imaginaires : la Palestine comme Terre Sainte, faisant partie de la « nation arabe », victime agressée, etc. Après les défaites des armées arabes de 1948, 1967, 1973, il apparaît que la Palestine ne peut rien attendre des pays arabes voisins, ni des « extérieurs », c’est-à-dire des exilés toujours rêvant de reconquête mais qui ne vivent pas leur quotidien sous domination. Ceux-ci subissent bientôt échec sur échec, chassés de Jordanie, puis du Liban. C’est dans les années 1970-1980 que la société civile palestinienne va se structurer et définir une nouvelle stratégie de résistance. La lutte armée étant dans l’impasse, et les organisations avec Arafat réfugiés à Tunis, les « intérieurs » ne pouvaient plus compter que sur eux-mêmes.

Les pages des parties 3 et 4, consacrées aux intifadas de 1987-2000 et à la réémergence de la « Résistance Populaire Non-Violente  » (RPNV) jusqu’à nos jours, comptent parmi les plus riches de cette étude. D’abord, parce que le peuple palestinien accède à une maturité politique. « L’échec stratégique final de la lutte armée va amener la société palestinienne à pratiquer l’action non-violente de masse comme forme de résistance contre la puissance occupante ». D’où les jets de pierres (pas de fusils) des intifadas contre les installations et les chars israéliens, les manifestations pacifiques, les boycotts, la désobéissance civile. Face à une foule aux mains nues, l’occupant n’a que deux solutions, céder ou réprimer avec violence. Dans les deux cas, c’est perdre politiquement aux yeux de l’opinion publique internationale. L’adversaire est disqualifié.

Et puis, cette stratégie médiatisée a davantage fait pour les Palestiniens que cinquante ans de lutte armée inégale. Les accords d’Oslo, en 1993[3], marqueront une étape importante. L’idéologie nationaliste (détruire l’autre…) et l’idéologie marxiste (l’anti-impérialisme, inadapté au terrain et à la situation) ont montré leurs limites. Discrètement, l’auteur laisse entendre que l’idéologie islamiste, avec ses attentats suicides, ses roquettes et ses attaques au couteau contre des civils, n’a fait qu’envenimer les choses et amener le peuple palestinien à se diviser en factions (Hamas contre Fatah) qui se combattent entre elles, ce qui constitue un nouvel échec et un recul dramatique pour tous. Les leçons des échecs de la lutte armée n’ont pas été tirées.

Cependant, la résistance non-violente du peuple palestinien[4] a ouvert la voie à un modèle de lutte et de société « pour les autres peuples de la nation arabe, mais aussi pour Israël et pour le monde. Le « Printemps arabe » a  commencé en Palestine ». Ce sera la conclusion, pleine d’espoir, de l’analyse peu explorée, semble-t-il, et pourtant majeure que Bernard Ravenel offre à tout lecteur soucieux d’entrevoir de nouveaux chemins de paix sur la terre déchirée de Palestine.

Claude Popin

 

[1] Retrouver les articles et l’actualité de l’iReMMO

[2] Bernard Ravenel a été président de la Plate-forme des ONG françaises pour la Palestine de 2001 à 2011. Il est l’auteur de plusieurs livres consacrés aux problèmes méditerranéens, dont : Méditerranée : le Nord contre le Sud ? .-L’Harmattan, 1990 et Méditerranée : l’impossible mer.- L’Harmattan, 2015. Membre du comité de rédaction de la revue Confluences-Méditerranée, il a écrit de nombreux articles consacrés à la question palestinienne.

[3] Cf. article de La Croix sur les Accords d’Oslo, signés le 13/09/1993

[4] Lors du voyage d’étude en Palestine, organisé, en septembre 2015, par Chrétiens de la Méditerranée, une rencontre a eu lieu avec le secrétaire général de l’Initiative Nationale Palestinienne et président de l’ONG Palestinian Medical Releaf (Secours médical palestinien),  le médecin Mustapha Barghouti pour qui : « La résistance populaire non-violente est le seul moyen d’action » : cf. Entretien avec Mustapha Barghouti réalisé par Pierre Barbancey, Mardi, 6 Août, 2013, pour L’Humanité. Autre moment marquant de ce voyage : la rencontre à Bil’In, village de Cisjordanie au cœur de la résistance non-violente, avec Abdallah Abu-Rahma, coordinateur du Comité populaire de Bil’In contre le Mur de séparation et les colonies. Il était de passage à Lyon, le 05/07/2017, pour une conférence sur La résistance civile en Palestine