Recension

Titre

Instants soufis

Auteur

Abdelwahab Meddeb ; préf. de Christian Jambet ; calligraphies de H. Massoudy

Type

livre

Editeur

Paris, Albin Michel, 2015

Nombre de pages

178 p.

Prix

15 €

Date de publication

11 octobre 2017

Instants soufis

 

Ces Instants soufis, composés d’une suite de portraits de grandes figures de la spiritualité soufie au fil des siècles, est le dernier ouvrage d’Abdelwahab Meddeb. Cet écrivain et universitaire tunisien[1], producteur de l’émission Cultures d’islam sur France Culture, est mort en 2014. Il voulait faire redécouvrir les maîtres du soufisme, meilleure antidote selon lui aux prédicateurs modernes, qui répandent sur les ondes ou internet une doctrine simpliste, et la liste de leurs malédictions.

Dans une très belle préface, Christian Jambet, spécialiste de la philosophie islamique dont il a repris, à l’Ecole Pratique des Hautes Études, la chaire d’Henry Corbin, souligne l’importance de ce retour au cœur du message coranique. « Le projet, indique-t-il, n’est pas de critiquer l’islam, mais de le guérir en le renvoyant à lui-même, à sa véritable nature » (p.25).

Ce sont les plus beaux visages de la vie et des écrits de croyants tendus vers l’amour inconditionnel de Dieu qu’A. Meddeb nous fait découvrir, en des chapitres très brefs associant court rappel historique et citations. Hallaj (858-922), Ansari (1006-1089), Al-Tirmidhi (824-892), Ibn Arabi (1165-1240) et d’autres nous sont présentés, et parmi eux plusieurs de ces femmes soufies, qui ont consacré dans la plus grande discrétion leur vie à Dieu, et qui ont joué un rôle éminent dans la formation spirituelle de hautes figures de l’islam. Ainsi l’étonnante Rabi’a, une irakienne du 8ème siècle (714-801), dont les poèmes consacrés à l’amour divin ont encore été chantés au 20ème s. par la grande chanteuse égyptienne Oum Kalthoum (p.46 à 49).

Abdelwahab Meddeb souligne dans son dernier chapitre le rôle éthique que le soufisme peut jouer comme antidote contre le mal qui défigure l’islam aujourd’hui. En effet les maîtres du soufisme postulent l’égalité de tous les hommes, au-delà de toute distinction et surtout de celle de la croyance. Le soufisme est tourné vers l’accueil du tout Autre, mais aussi de l’autre, de l’étranger, sans condition (p. 172).

Soulignons que, dans un bel ouvrage qu’il vient de consacrer lui aussi au soufisme[2], le père Alberto Fabio Ambrosio, spécialiste de l’islam turc et du soufisme, rejoint cette conclusion et voit, dans le soufisme et son actualisation, une chance essentielle pour l’avenir de l’islam.

Bertrand Wallon

[1] A enseigné la littérature à l’université de Paris X-Nanterre. Parmi ses nombreux ouvrages : Phantasia (Sindbad, 1986), La Maladie de l’islam (Le Seuil, 2002), L’Exil occidental (Albin Michel, 2004) et Portrait du poète en soufi (Belin, 2014). Il a également codirigé avec Benjamin Stora l’Histoire des relations entre juifs et musulmans des origines à nos jours (Albin Michel, 2013).

[2] Quand les soufis parlent aux chrétiens. A la rencontre d’un islam fraternel.- Bayard, 2016.