Titre

Le chanteur de Gaza   

Réalisateur

Hany Abu-Assad

Pays

Type

film

Année

10 mai 2017

Date de publication

19 juin 2017

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Le chanteur de Gaza  

Le cinéaste Hany Abu-Assad fait de nouveau la chronique de l’occupation israélienne en Cisjordanie, cette fois sur le mode musical, et la bande son, sans qu’on ait besoin de traduction pour les paroles des chansons, est magnifique. Après le mode tragique de Paradise Now en 2005 et Omar en 2013, voilà une fiction enlevée, traitée comme une fable, sans rien ôter au message politique.

En effet le film retrace le parcours du jeune Mohammed Assaf vainqueur en 2013 de l’émission Arab Idol, l’équivalent dans le monde arabe de La nouvelle star. Une émission enregistrée au Liban et diffusée dans le monde entier avec des castings en Egypte, au Maroc ou encore au Royaume Uni. Il s’agit donc bien, comme on nous en avertit au début du film, d’ « une histoire vraie avec quelques éléments de fiction » : comment quatre enfants pauvres issus de la bande de Gaza, dont la seule passion est la musique, voient l’un d’entre eux devenir le chanteur le plus célèbre de leur pays.

On aime la première partie, qui nous fait circuler dans Gaza, dont le premier plan  montre une vue d’ensemble au-delà de la mer Méditerranée, comme si l’on y arrivait, pour prendre pied et voir les  misérables quartiers du bord de mer. D’emblée le rythme est l’énergie, on voit des enfants qui courent, se poursuivent de rue en rue, sautant sur le toit des bus pour échapper à leurs poursuivants, deux enfants, un garçon et une fille qui se glissent et se réfugient dans leur maison, houspillés par la mère. Ce décor terrible apparaît bien comme un territoire exigu et grouillant où l’on vit les uns sur les autres. On voit alors les deux enfants et deux amis monter un groupe de musique de rue, chercher des instruments de musique, s’organiser pour devenir un vrai groupe, surmonter les obstacles et les graves épreuves, puisque la fille, qui est l’âme battante du groupe, meurt d’une maladie rénale  malgré les efforts de la famille pour la sauver.

Lorsque le héros est adulte, les quartiers grouillants sont devenus des ruines, la situation a empiré, c’est celle d’aujourd’hui[1]. On se souviendra que ce film est le premier à avoir été tourné à Gaza après l’opération Plomb durci de 2008-2009. C’est donc de ce Gaza asphyxié que Mohammed doit sortir pour participer aux éliminatoires au Caire, contre les milices du Hamas qui n’aiment pas la musique, contre les règles imposées par les autorités israéliennes, contre les Egyptiens qui n’ont pas envie que les Gazaouis entrent sur leur territoire.

Sur le mode d’une épopée, le film entrelace habilement les fils de la romance et de l’Histoire pour mener son héros jusqu’à son triomphe final, à Beyrouth, sur un autre bord de cette Méditerranée qui palpite dans le cœur nostalgique de Mohammed, dans une salle copiée sur le modèle occidental de l’Olympia. La fiction finit par se fondre avec la réalité, mêlant dans ses dernières séquences, extraits de l’émission, bandes d’actualité et prises de vues mises en scène.

Quand il a remporté « Arab Idol », Mohammed avait 22 ans. C’était la première fois qu’un Palestinien s’illustrait avec succès dans une telle émission. C’est d’ailleurs avec la célèbre chanson patriotique « Alli al kouffia » (littéralement, « brandis le Keffieh », le foulard emblématique des Palestiniens) que le jeune homme avait gagné la finale du télé-crochet. Aujourd’hui âgé de 27 ans, il continue de chanter et a sorti deux albums différents. Mais il est aussi devenu ambassadeur pour la paix pour l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés palestiniens (UNRWA) et il semble porter haut et fort la cause palestinienne. Il s’est récemment mis en scène sur Instagram en train de boire un verre d’eau salée pour le « SaltWaterChallenge » en soutien aux prisonniers palestiniens en grève de la faim en Israël, pour dénoncer leurs conditions de detention.

Le cinéaste appuie avec talent et sensibilité la démarche du «  chanteur de Gaza » !

 

Pascale Cougard

 

[1] Cf. L’émission CulturesMonde de Florian Delorme, sur France Culture, le 21/06/2017 : Gaza : l’économie de survie à bout de souffle : https://www.franceculture.fr/emissions/culturesmonde/vivre-en-temps-de-guerre-34-gaza-leconomie-de-survie-bout-de-souffle (durée : 59 mn).