Egypte: Cheikh al-Tayeb, le nouveau grand imam d'al-Azhar

À la suite du décès subit du cheikh Muhammad Sayyed Tantawi, le président Égyptien Hosni Moubarak a nommé le 19 mars dernier comme nouveau Grand Imam, Cheikh al-Azhar, le Dr Ahmed al-Tayeb, jusque là président de la prestigieuse Université al-Azhar, dont l’autorité rayonne dans le monde musulman sunnite, bien au-delà des frontières de l’Egypte. Sans être une totale surprise, cette nomination est une bonne nouvelle à plus d’un titre.

Tout d’abord, le Dr Ahmed al-Tayeb est un homme connu pour sa culture et son ouverture d’esprit. Descendant de l’imam Ali Ibn Abi Taleb, il est né à Marachda en Haute-Égypte en 1946.  Dès l’âge de 10 ans, il s’initie au Coran dans l’école d’Al-Azhar de son village.  Il poursuivra ses études dans cette institution à partir du Caire, où il obtient en 1971 son magister à la section de «  La Foi et la philosophie de l’islam ». Il étudie ensuite à Paris où il obtient un doctorat de l’université de la Sorbonne. Cheikh Ahmed al-Tayeb compte à son actif plusieurs études et ouvrages sur la doctrine et  la philosophie islamiques. Il est aussi l’auteur de traductions d’ouvrages français sur la philosophie islamique. Cela lui a valu d’occuper le poste de doyen de la faculté de philosophie de l’Université d’al-Azhar avant d’être nommé mufti de la République égyptienne en 2002-2003, puis président de l’Université. C’est donc un homme de culture, enraciné dans la culture islamique traditionnelle des oulémas, mais aussi très au fait des travaux et de la pensée occidentale.

Cheikh al-Tayeb est également connu pour être un musulman modéré. Malgré ses hautes fonctions, le Dr al-Tayeb est toujours resté proche de ses origines rurales de Gourna, à Louxor, où il a succédé à son père à la tête de la Tariqa Khalawatiya, une des grandes écoles soufies de Haute-Egypte. L’hebdomadaire égyptien al Ahram hebdo écrit de lui : « Tous ceux qui le connaissent de près savent très bien qu’il s’agit d’un musulman modéré ayant encouragé le dialogue avec les pays occidentaux. En effet, c’est lui qui a été à l’origine  du partenariat scientifique entre l’Université d’al-Azhar et les universités de Grande-Bretagne, d’Allemagne, de France et d’Italie …

Dans une interview au journal Egypt today, à l’occasion du 3eal-Ahram hebdo, 30 mars 2010). Cheikh al-Tayeb a toujours réservé un accueil chaleureux aux dominicains de l’IDEO du Caire (Institut dominicain d’études orientales) ainsi qu’aux autorités du Vatican avec qui al Azhar entretient un contact régulier, au plus haut niveau. Dans une interview au journal Egypt today, à l’occasion du 3eanniversaire des attentats du 11 septembre 2001,  il avait dit « être conscient de la nécessité de réviser le discours islamique » et s’était déclaré en faveur du dialogue inter-religieux » (al-Ahram hebdo, 30 mars 2010). Cheikh al-Tayeb a toujours réservé un accueil chaleureux aux dominicains de l’IDEO du Caire (Institut dominicain d’études orientales) ainsi qu’aux autorités du Vatican avec qui al Azhar entretient un contact régulier, au plus haut niveau.

 

Sa tâche ne sera pas facile, en raison des courants contrastés qui traversent aujourd’hui le monde musulman et aussi par le fait que, nommé par le Président de la République, il peut apparaître à certains comme une courroie de transmission de l’autorité politique. Jadis le Grand Imam était choisi par un conseil des oulémas, mais Nasser s’est arrogé le privilège de cette nomination en 1961, pour mieux contrôler les courants religieux du pays. Les premières déclarations publiques du cheikh al-Tayeb laissent, néanmoins, entendre que sa priorité sera de relever le niveau éducatif de la jeunesse. L’hebdomadaire Sawt al-Azhar  stabilité ». Président de l’Université, il avait pris une position de fermeté contre des tentatives des Frères Musulmans de déstabiliser son institution en organisant sur le campus une sorte de parade militaire.

Nul doute qu’il va devoir encore devoir cheminer sur un chemin de crête, entre tradition et modernité, liberté académique et contrôle politique. (La Voix d’al-Azhar) du 2 avril 2010 écrit : « le manque d’éducation et de niveau culturel de la jeunesse et les mauvaises orientations auxquelles les jeunes sont exposés par certains médias et institutions éducatives contribuent à déformer leurs esprits et leurs attitudes. Ceci impose une posture ferme de la part d’Al Azhar… considéré par le Cheikh al-Tayeb comme un facteur de

Dans le contexte mondial actuel, où l’Islam est si controversé, cette nomination est plutôt une bonne nouvelle. Jean Jacques Pérennès, IDEO le Caire