La crise de l’eau s’aggrave à Gaza, aucune solution à court terme – Reuters

La crise de l’eau s’aggrave à Gaza, aucune solution à court terme

Marouane An Nadjar, un Palestinien habitant dans le sud de la bande de Gaza n’a plus bu d’eau du robinet depuis dix ans. Chaque jour, il marche quatre kilomètres jusqu’à une station de dessalement pour y remplir d’eau un bidon de 20 litres.

Mediapart avec Reuters, vendredi 27 janvier 2017

Marouane An Nadjar, un Palestinien habitant dans le sud de la bande de Gaza n’a plus bu d’eau du robinet depuis dix ans. Chaque jour, il marche quatre kilomètres jusqu’à une station de dessalement pour y remplir d’eau un bidon de 20 litres.

La question de l’approvisionnement en eau courante est un vieux problème à Gaza.

Les nappes phréatiques sont souillées par les eaux usées, des résidus chimiques, de l’eau de mer, et les trois stations de dessalement ne peuvent pas répondre à la demande.

Pour s’hydrater, la plupart des Gazaouis dépendent des importations d’eau en bouteille. Pour la population et les spécialistes du développement, la situation devient intenable.

Selon le vice-président de l’Autorité palestinienne de l’eau, Rebhy al Cheikh, plus de 90% des eaux contenues dans les nappes phréatiques sont impropres à tout usage domestique.

« L’eau courante est salée, comme si elle était directement pompée dans la mer. On a cessé de la boire », explique Marouane An Nadjar, un père de six enfants, tout en faisant la queue à la station de dessalement de Khan Younès.

Alors, comme les autres, il utilise l’eau dessalée pour se laver et pour boire. Ceux qui peuvent se le permettre achètent de l’eau en bouteille. Quant à celle qui coule du robinet, lorsqu’elle coule, elle est à peine potable.

« On ne peut même pas la donner à boire aux animaux », déplore Fathy Mhareb, 60 ans, père de huit enfants. « On achète de l’eau douce et on utilise l’eau salée pour se doucher. »

Les racines du problème sont multiples mais s’expliquent essentiellement par la contamination des nappes phréatiques.

Diminution continue

La principale source d’eau de gaza écoule 55 à 60 millions de mètres cubes d’eau en un an. La demande des deux millions de Gazaouis est estimée à 200 millions de mètres cubes.

Cela provoque une sur-utilisation des nappes phréatiques qui facilite l’infiltration de l’eau de mer, des eaux usées ou encore de résidus chimiques. « Il y a une diminution continue et une invasion par l’eau de mer », observe Rebhy al Cheikh, qui évoque également une teneur élevée en nitrates.

Dans un rapport publié en 2012, les Nations unies prédisaient que la bande de Gaza deviendrait inhabitable d’ici 2020 et que ses nappes phréatiques seraient inutilisables avant 2016. Selon Rebhy al Cheikh, cette prédiction est déjà presque réalisée : si l’on s’en tient aux normes internationales, 96,5% des nappes phréatiques sont déjà inutilisables.

Et la situation ne s’améliore guère.

Alors, des Gazaouis tentent de puiser dans les réserves souterraines en creusant des puits de fortune. D’autres recourent à des techniques artisanales de dessalement et vendent l’eau dans la rue, ce qui ne l’empêche pas d’être contaminée, souligne Rebhy al Cheikh.

Pour tenter de résoudre ce problème, Gaza a augmenté ses importations d’eau d’Israël, qui dispose de vastes infrastructures de dessalement. Mais l’achat de cinq millions de mètres cubes d’eau supplémentaires n’a pu se faire qu’au prix de vingt ans de négociations avec les autorités israéliennes.

Blocus

Le blocus imposé à la bande de Gaza par Israël et l’Egypte au cours de l’essentiel de la décennie écoulée perturbe également le développement des projets de construction de nouveaux sites de dessalement.

Une usine, d’un coût de 10 millions d’euros financé par l’Union européenne et l’Unicef, a été inaugurée la semaine dernière. Selon Mohanlal Peiris, spécialiste de l’eau et de l’hygiène auprès de l’Unicef, ce site permettra d’approvisionner 75.000 personnes.

Mais les Gazaouis placent surtout leurs espoirs dans la construction d’un immense site de dessalement qui pourrait permettre de répondre à la hausse de la demande. D’un coût de 500 millions d’euros, il n’est encore qu’au stade des études.

A l’heure actuelle, deux des trois sites de dessalement fonctionnent à Gaza. Ils produisent à peine 8.600 mètres cubes d’eau par jour.