Le Secours catholique Caritas France publie un rapport inédit sur “La justice sociale comme réponse climatique”. CDM est partenaire de cette ONG chrétienne et le pourtour de la Méditerranée est lui aussi exposé aux conséquences de la crise climatique. Voici la présentation de ce rapport sur le site du Secours catholique Caritas France.
La justice sociale comme réponse climatique.
Présentation du rapport inédit du Secours Catholique
“La crise climatique vue par les personnes qui la vivent – témoignages et recommandations pour une adaptation juste”
17/02/2026
Non seulement les changements climatiques touchent particulièrement les personnes les plus vulnérables, mais ils viennent également aggraver la situation des personnes et créer de nouvelles vulnérabilités. Comment rompre ce cercle vicieux ? Fruit d’un travail de fond et de terrain mené par des équipes du Secours Catholique-Caritas France, sur plusieurs territoires et avec 3 partenaires internationaux, ce rapport :
- Donne la parole, à travers plus d’une centaine d’entretiens, à des personnes directement frappées par les effets des changements climatiques et, à travers ces récits de vie concrets et incarnés, met en avant ce que les chiffres ne disent pas.
- Montre comment les chocs climatiques – inondations, canicules, sécheresses, tempêtes – touchent d’abord et le plus durement celles et ceux qui disposent le moins de moyens pour s’en protéger, s’adapter ou reconstruire.
- Présente des recommandations précises, adressées aux collectivités, services de l’État et décideurs nationaux ainsi qu’à la communauté internationale, pour que la nécessaire adaptation climatique ne laisse personne de côté.
Faisant le double constat du faible niveau de préparation de nos sociétés et du manque de prise en compte des personnes vulnérables dans l’établissement des plans d’adaptations au changement climatique, ce rapport ambitionne de devenir une ressource dans la perspective des élections municipales mais aussi présidentielles, pour interpeller les élus et institutions locales, nourrir les diagnostics de territoire et être force de proposition. Il met également les politiques locales en regard avec les politiques d’adaptation nationales et internationales.
“Avant chaque grande marée, on ne peut s’empêcher de penser que quand il y aura une tempête, on va se lever et puis avoir les animaux qui sont dans l’eau. Vous vivez au rythme des marées. […] Il m’a fallu des mois avant d’accepter l’idée qu’on va devoir quitter ce site que j’ai commencé à bâtir en 1988. […] Depuis cinq ans, on a entrepris une démarche de délocalisation avec tous les services de l’État. […] Ça fait cinq ans et la seule chose qui a avancé, c’est la mer. […] On apprend la patience. Physiquement, c’est pénible. On ne peut plus avancer.”
Bernard, agriculteur du Nord-pas-de-Calais, dont les terres sont menacées par l’érosion côtière, témoin du rapport.
Une démarche ancrée dans les territoires
152 personnes dans 14 territoires : en France hexagonale, en Guyane, à Mayotte, à La Réunion, ainsi qu’en Tunisie, à Madagascar et au Brésil. Parmi elles figuraient 119 personnes qui ont été directement touchées par des événements climatiques récents, ainsi que 33 autres acteurs et actrices de terrain (leaders communautaires, acteurs associatifs, élus locaux, experts).
Des politiques d’adaptation qui passent à côté des besoins des plus précaires
Ce que souligne tout d’abord cette étude, c’est la faible préparation de nos sociétés et des personnes face à l’intensification des événements climatiques. La culture du risque — c’est-à-dire la conscience partagée de la menace et les pratiques permettant de s’y préparer — reste limitée, ce qui réduit la capacité des autorités locales, des habitantes et des habitants à anticiper et à réagir efficacement.
S’ajoute à cela une insuffisance de volonté et d’engagement politique à intégrer pleinement les enjeux climatiques et sociaux dans la planification et la gestion des territoires. Ainsi qu’une insuffisance de préparation, qui transparaît dans les choix d’aménagement, souvent décidés sans réelle concertation avec les populations locales et sans prendre en compte leurs vulnérabilités économiques et sociales. Or, celles-ci détiennent une connaissance fine de leur environnement et de leurs besoins. Il est indispensable de passer d’une logique de réaction à une véritable stratégie d’anticipation et d’adaptation, de renforcer la planification, mais aussi de permettre et de soutenir les actions des institutions et de la société civile au niveau local.
“Les services météo sont nuls […]. À force de détruire le service de proximité, comme à L’Aigoual, par exemple, où il y avait une observation fine locale […] qui n’existe plus aujourd’hui.[…] Les modélisations sont maintenant faites à Toulouse (situé à 180 km à vol d’oiseau, NDLR), avec le résultat qu’on connaît. Si vous voulez un résultat un peu plus précis, il faut s’abonner à des organismes comme Predict, qui sont à 4000 euros l’année, pour des collectivités.”
Le maire d’une commune du Gard, interrogé pour le rapport
La crise climatique aggrave les précarités et crée de nouvelles vulnérabilités
Les personnes déjà fragilisées ou en situation de précarité se trouvent encore plus vulnérables face aux chocs climatiques, qui en retour aggravent encore davantage leur situation. On observe ainsi un effet d’extension, avec des événements climatiques qui font basculer de nouveaux publics — à revenus modestes ou en équilibre fragile — vers des formes de vulnérabilité, créant ainsi de nouvelles précarités. L’adaptation doit donc mieux protéger les personnes les plus précaires et celles qui le deviennent.
“Sur le plan financier, la situation est très difficile. Ce que nous avions cultivé pour générer des revenus a été détruit. Les cultures qui nous permettaient de gagner de l’argent, comme les haricots et les brèdes piquants, ont été anéanties par les eaux. C’était notre principale source de revenus, mais tout a été ravagé.”
Larria, habitante d’Antsirabé Nord, Madagascar
La crise climatique fragilise toutes les dimensions de la vie
Les témoignages recueillis font état d’une accumulation de problèmes : difficultés d’accès à l’eau potable, à l’alimentation ou aux soins, dégradation de la santé (maladies liées à l’eau ou à la chaleur), perturbation de la scolarité des enfants, etc. Pour beaucoup, ces bouleversements se traduisent par de véritables ruptures de vie (changement de lieu d’habitation, abandon d’un métier…) et par une perte de liberté de choix, tant les contraintes économiques et sociales finissent par dicter les trajectoires personnelles et collectives. Ces épreuves s’additionnent et s’amplifient, créant une spirale de vulnérabilités. S’adapter ne signifie pas seulement mettre en place des infrastructures, mais surtout protéger et réparer des vies.
“Après le feu, il y a une espèce de traumatisme. J’avais besoin d’avoir la capacité de fuir en permanence et de pouvoir tout prendre avec moi, toutes mes affaires. Donc je gardais exprès très peu de choses et je me disais : ‘Faut que ça rentre dans ma voiture’.”
Julie, habitante de La Tessonnière, Var, France
Faire de l’adaptation un levier de justice sociale : 3 axes de recommandations du Secours Catholique-Caritas France
L’urgence n’est pas seulement de renforcer les infrastructures, mais aussi de transformer nos politiques publiques et nos modes de gouvernance de manière ambitieuse pour qu’ils intègrent pleinement les vulnérabilités sociales, économiques et humaines. L’adaptation doit devenir un levier de justice sociale, reposant sur la participation active des populations concernées et sur la reconnaissance de leurs besoins et de leurs savoirs, et ce au niveau local, national et international.
“Il est nécessaire de consulter la population, parce que chaque bras du fleuve est différent, chaque communauté a sa propre façon de penser et d’agir.”
Terezinha, leader de la communauté Gavião, Brésil.
A partir de ces 152 témoignages, le Secours Catholique – Caritas France recommande de :
1.Mettre en place des politiques d’adaptation ambitieuses, inclusives et justes pour les personnes concernées
2.Garantir l’accès aux droits et aux besoins essentiels
3.Accompagner la reconstruction individuelle et collective sur le long terme, au-delà de la gestion des urgences

Le jour de la publication de cette note, le 17 février, Oxfam France publie un rapport sur les communes qui prennent les devants pour s’adapter au changement climatique. 24 leviers différents ont été identifiés par l’association qui les présente sous format d’études de cas dans un rapport qui souligne que les villes, petites comme grandes, peuvent agir pour protéger leur population des risques climatiques. L’étude montre que l’échelon local est indispensable pour concevoir des initiatives qui répondent aux besoins des plus vulnérables et appelle à redoubler les efforts, à quelques semaines des élections municipales. Le communiqué de presse d’Oxfam France, avec le lien du rapport, est disponible ici

