Syrie: Bachar al-Assad, protecteur de l’unité syrienne ?

La féroce répression qui s’abat sur l’opposition fait l’unanimité contre le régime syrien. Mais les minorités sont inquiètes. Par Henrik Lindell. Source site de Témoignage Chrétien

Plus de 500 personnes tuées. Au moins 3 000 arrestations. Tel serait le bilan, très provisoire, de six semaines de soulèvement populaire en Syrie.

Inspiré par le « printemps arabe », ce mouvement de protestation hétéroclite réclamait dans un premier temps des réformes démocratiques et des pratiques moins corrompues de la part du régime et des élites locales. Il ne réclamait pas le départ du président Bachar Al-Assad.

Celui-ci a été acculé à faire un geste, le 16 avril, en promettant la levée de l’état d’urgence et différentes réformes démocratiques. Mais les forces de l’ordre, notamment la Garde républicaine, formée de soldats d’élite inféodés au pouvoir, ont opposé une telle violence aux manifestants que le mouvement de révolte s’étend.

Désormais, une grande partie de la société civile syrienne semble réclamer un changement de régime. L’Union européenne et les États-Unis multiplient, eux, les mesures diplomatiques et économiques à l’encontre de Bachar al-Assad, mais aucune puissance occidentale n’a l’intention d’intervenir militairement dans ce pays.

Bachar al-Assad entend bien quant à lui mater un soulèvement attribué aux mouvements islamistes interdits, comme les Frères musulmans et d’autres organisations sunnites. Un peu comme en 1982, lorsque le père de Bachar, Hafez al-Assad, envoya son armée massacrer au moins 10 000 personnes dans la ville de Hama pour mettre fin à un soulèvement de mouvements islamistes, plusieurs villes et villages ont été le théâtre ces dernières semai­nes de véritables campagnes de terreur, surtout dans les milieux sunnites.

Et de fait, la contestation semble particulièrement bien relayée parmi eux. Du Djihad islamique aux Frères musulmans, tous condamnent le régime « corrompu » de Bachar Al-Assad.

SUNNITES

Mais le conflit n’a rien de religieux. En Syrie, comme dans d’autres pays arabes, le pouvoir repose sur un fragile équilibre de la terreur entre groupes ethniques et/ou religieux.

Le régime actuel s’appuie théoriquement sur des valeurs socialistes et laïques du parti baasiste. Or, les al-Assad représentent surtout la communauté alaouite, une branche dissidente du chiisme. Les principaux postes à responsabilités du pays sont occupés par des alaouites. Ces derniers représentent 10 % de la population (74 % pour les sunnites) et dominent particulièrement au sein de l’armée.

Le pouvoir donne aussi aux autres minorités religieuses et culturelles, notamment les chrétiens, les druzes et les ismaéliens, un statut et des libertés enviables dans le monde arabe. Sur 22 millions d’habitants, 2,3 millions sont des chrétiens, très majoritairement orthodoxes. Dans leurs milieux, comme chez les alaouites, il est très rare d’entendre des appels à la démission du président. Bien au contraire. Ils craignent de vivre sous la domination des musulmans sunnites.

Le régime risque finalement de fournir le prétexte religieux que les mouvements islamistes recherchent. C’est bien autour des mosquées, après la prière le vendredi, que les manifestations sont organisées. C’est le cas à Homs, Banis ou dans les banlieues de Damas. À Dera, petite ville dans le sud du pays de 75 000 habitants, la mosquée Omari est devenue une sorte de QG pour les manifestants. C’est là où la révolte syrienne a commencé le 15 mars.

Mais la raison directe du mouvement n’a rien de religieux : des lycéens, accusés de faire des graffiti antigouvernementaux sur les murs, avaient été arrêtés, puis violés par les forces de sécurité avant d’être remis à leurs familles.