Une voix chrétienne venue d'Irak

Une voix chrétienne venue d’Irak

Le Frère Sarmad Najeeb, dominicain de Mossoul, nous parle de paix et de pardon.

 

Depuis quelques années, la communauté dominicaine de Lille propose, durant l’Avent et durant le Carême, ce qu’elle appelle une « retraite dans la ville ». Chaque jour, elle met sur l’Internat, à la disposition des « retraitants » (actuellement plus de 115.000) une méditation appuyée sur une brève citation de l’Ecriture ainsi qu’un office religieux que chacun peut lire et écouter, tout étant enregistré dans les studios de RCF. L’abonnement est gratuit mais chacun peut verser une contribution aux frais.

Cette année, le thème central de ce carême est tout naturellement la miséricorde de Dieu, année sainte oblige. La semaine dernière, la méditation était faite par le Frère Sarmad Najeeb. Ce prêtre irakien appartenait à la communauté dominicaine de Mossoul qui avait un grand rayonnement au Proche-Orient avant l’arrivée des djihadistes dans cette grande ville vivant depuis 2014 sous le joug de Daech. Il est actuellement réfugié à Lille où il est aumônier de scouts, d’étudiants de la communauté Saint-Dominique, mais où il s’occupe surtout des Irakiens tréfugiés dans la région.

Le 14 février, le Frère Najeeb a proposé une méditation sur la tentation de Jésus au désert (Luc, 4,1). Voici le texte de cette méditation qui est aussi un témoignage personnel bouleversant et que le Frère Najjeb a prolongé dans les méditations des jours suivants.

C’est à Mossoul, la ville d’Irak où je suis né .

« Convertissez-vous, on vous laissera libres et vous serez des nôtres. Si vous refusez, vous devrez payer la rançon ou bien nous allons vous tuer. »Voilà ce que les islamistes de Daech nous ont dit. Mais il restait une dernière possibilité : la fuite.

C’était il y a déjà un an et demi. Depuis, beaucoup sont réfugiés et dispersés aux quatre coins du monde. Mais la plupart vivent encore aujourd’hui comme réfugiés au nord du pays. Ils sont privés de tout. Presque tous veulent partir, pour assurer leur avenir.

Notre peuple, au désert, fait face aux tentations. Le diable nous pousse à demander à Dieu de changer la pierre en pain, de nous donner le pouvoir d’écraser l’ennemi, de faire des miracles pour assurer la victoire. Certains, tentés par la violence se dressent contre la communauté et les hommes d’Eglise.

D’autres se révoltent contre Dieu ou même commencent à ne plus croire en lui. Heureusement, la grâce du Seigneur est là. Dans ce désert, la fidélité à l’Evangile est notre boussole.Nous prions. Nous célébrons l’Eucharistie. Nous fêtons Noël et Pâques.

Mais Jésus nous demande encore plus. A nous, persécutés, dépossédés de tous nos biens, en exil, il nous pose la question du pardon : sera-t-il possible, un jour, de parvenir à une véritable réconciliation avec nos persécuteurs ? Moi, je crois que c’est possible. Tous nous sommes les fils de Dieu appelés à faire la paix et à résister aux tentations du diable. Comme lui, Jésus, au désert.

Et nous, chrétiens d’Irak, serions-nous les seuls à être confrontés à la tentation et à la question du pardon ? Non. Vous, toi et moi, nous sommes tous concernés. Que le Seigneur ouvre devant nous le chemin de la paix et du pardon. »

Ce frère chrétien, témoin venu de l’Irak martyrisé, nous interpelle justement : « Vous, toi et moi, nous sommes tous concernés ». Il nous invite à pardonner, y compris à nos persécuteurs, à ceux qui justement nous font peur. Mais il nous invite aussi à demander pardon, nous, chrétiens d’Europe qui, certes, sommes émus en regardant à la télévision les terribles images des conflits du Moyen-Orient, qui sommes inquiets en considérant les flux ininterrompus de réfugiés traversant l’Europe, mais qui savons si bien nous protéger en créant des barrières, en multipliant les barbelés, en construisant sans vergogne des murs toujours plus hauts alors que nous avions tellement dénoncé le mur de Berlin. On l’appelait – souvenons-nous – le mur de la honte. Mais la honte serait-elle à sens unique ?

Cette semaine, il m’a semblé que c’était Jésus lui-même qui me parlait à travers le frère dominicain de Mossoul. Jésus qui ne cesse de nous demander d’aimer vraiment tous nos frères du Moyen-Orient, chrétiens , mais aussi musulmans, sunnites et chiites, yésidis, athées et membres de toutes les autres communautés qui pullulent depuis des millénaires dans cette région de passage, berceau de la civilisation. Jésus qui nous demande de renoncer à la violence quand bien même nous sommes parfois victimes. Parce que Dieu est miséricorde

 

  • Voici le lien qui permettra à ceux qui le souhaitent de lire et d’ écouter la méditation prononcée le 14 février par le frère Sarmad Najeeb et aussi toutes les autres méditations de ce « Carême dans la ville » proposé par les dominicains de Lille :

 

careme.retraitedanslaville.org/date__2016-02-14