SYRIE. Daech est de retour à Palmyre, mais la guerre se joue ailleurs

SYRIE. Daech est de retour à Palmyre, mais la guerre se joue ailleurs

Timothée Vilars / Le Nouvel Obs

Profitant de la fureur de la bataille d’Alep, l’Etat islamique a lancé une offensive éclair sur la cité antique, 9 mois après en avoir perdu le contrôle.

La nouvelle est tombée à la mi-journée : la ville de Palmyre, reprise de haute lutte par les troupes du régime syrien en mars, est retombée ce dimanche 11 décembre aux mains de l’Etat islamique. Durant sa première occupation du site vieux de 2.000 ans, classé au Patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco, Daech s’était livré pendant 10 mois à de nombreuses destructions de vestiges archéologiques.

Cette oasis du centre du pays, qui abrite aussi une ville moderne de 30.000 habitants (Tadmor en arabe), était depuis jeudi le lieu d’une offensive surprise de Daech, qui profitait que le gros des troupes du régime soit mobilisé à Alep. Après avoir lancé des attaques simultanées près des champs pétroliers et gaziers de Mahr et Chaar, les djihadistes, restés présents dans le désert syrien malgré leurs pertes de terrain depuis un an, sont parvenus aux portes de la ville vendredi soir.

24 heures plus tard, Daech occupait la majorité de la ville malgré d’intenses bombardements russes, progressant rapidement face au manque de troupes du régime au sol. Selon les témoignages collectés par l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), plus de 100 membres des forces progouvernementales ont été tués par Daech en trois jours. De nombreux civils qui étaient revenus à Palmyre après la reprise de la ville ont été bloqués par les combats.

Nouvel assaut décisif

Les raids russes, très violents, se sont poursuivis toute la nuit de samedi à dimanche – pas moins de 64 frappes selon Moscou -, contraignant même les djihadistes, qui subissaient de trop lourdes pertes (plus de 300 morts et 11 chars détruits, selon le ministère russe de la Défense), à se retirer à l’aube. Mais la situation s’est de nouveau renversée à la mi-journée, au gré d’un nouvel assaut des troupes de l’EI.

Malgré l’arrivée de renforts pro-régime, les djihadistes, très mobiles et capables d’effectuer des percées rapides grâce à leurs véhicules légers et leurs attaques-suicides à répétition, ont repris dans la matinée la citadelle médiévale mamelouk sur la colline qui surplombe la ville. Peu avant 14h heure locale, l’agence de propagande de Daech, Amaq, diffusait une vidéo de la ville dans laquelle elle revendiquait la reconquête totale de la cité.

« L’EI a repris dimanche, en dépit des bombardements russes, le contrôle de la totalité de Palmyre après le retrait de l’armée syrienne au sud de la ville », déclarait dans la foulée Rami Abdel Rahmane, directeur de l’OSDH, aux agences de presse internationales. Le gouverneur de la province de Homs Talal al-Barazi a confirmé en milieu d’après-midi la perte de la ville, précisant que l’armée avait réussi à évacuer 80% des habitants.

« Nous nous inquiétons du destin de ceux qui y sont restés », ajoute-t-il.

Daech en mauvaise posture dans le nord

Selon le Centre russe pour la réconciliation en Syrie, cette offensive massive de Daech, à laquelle participaient 4.000 djihadistes, était déployée depuis sa capitale Raqqa, où le « califat » autoproclamé profite à la fois d’une accalmie dans les raids de la coalition occidentale, concentrés sur Mossoul en Irak, et de l’effort militaire du régime syrien (30.000 hommes) sur Alep, au nord de la Syrie.

Si la position géographique de Palmyre et son poids symbolique aux yeux de l’occident en font une prise de choix, il ne faut néanmoins pas oublier que la guerre en Syrie est à un moment charnière. La reprise d’Alep-Est aux mains des « rebelles » (un conglomérat de dissidents de l’armée syrienne et de dizaines de factions majoritairement islamistes, dont le Front Fatah al-Cham, ex-Al Nosra) paraît désormais inéluctable. Si le régime al-Assad reprend définitivement possession de la deuxième ville du pays, cela pourrait « briser le dos de l’opposition armée », déclare à l’AFP Yezid Sayigh, analyste au Centre Carnegie Moyen-Orient, pour qui « l’idée que le régime puisse être renversé militairement est définitivement abandonnée ».

Le régime syrien, toujours appuyé depuis le ciel par la Russie, pourrait ensuite concentrer ses feux sur son autre ennemi de l’intérieur, le groupe Etat islamique. Pour le géographe français Fabrice Balanche, spécialiste de la Syrie, la prochaine priorité devrait être la ville d’al-Bab, place-forte de Daech au nord-est d’Alep. « Il n’est pas question de laisser la ville aux Turcs, car elle est trop proche d’Alep et cela ouvrirait la voie aux rebelles vers Raqqa », explique-t-il à l’AFP.

Or l’armée turque et ses alliés syriens, lancés dans une course contre-la-montre pour empêcher l’avancée des milices kurdes dans le nord (opération « Bouclier de l’Euphrate »), ont réussi à pénétrer samedi à al-Bab, après de violents combats face à Daech. 300 membres des forces spéciales (« bérets bleus ») ont été mobilisés en fin de semaine pour donner le coup de grâce aux djihadistes, selon la presse turque. Ces derniers semblent en effet opposer une résistance plus farouche : la campagne turque, dont la progression avait jusque-là été rapide, s’enlise et un nombre croissant de militaires turcs sont tués ou blessés.