Sauvegarder notre maison commune

Sauvegarder notre maison commune

par Frans Bouwen m.afr. | Novembre Décembre 2015

A-t-on au Proche-Orient le temps de s’occuper de la sauvegarde de la création que promeut le texte encyclique du pape François Laudato sì ? Plus que l’on ne croit. Éclairage du père Frans Bouwen.

 

Dans son encyclique Laudato sì, le pape François utilise plusieurs fois l’expression “maison commune”. Pour lui, notre terre et toute la création sont la maison où nous habitons et vivons. Nous n’en avons pas d’autre. Nous en portons ensemble la responsabilité, étant appelés à “former avec les autres êtres de l’univers une belle communion universelle” (§220).

Le pape appelle toute la famille humaine à rechercher un développement durable qui respecte la sauvegarde de la création, laquelle est inséparablement liée aux conditions de vie des plus pauvres, et exige une action globale dans les domaines économique, social et politique.

Dans cet appel universel, le pape privilégie la dimension œcuménique, la collaboration de tous les chrétiens. L’encyclique est non seulement un appel à la collaboration œcuménique, mais est déjà un œcuménisme en acte.

Articulation

C’est la première fois dans l’histoire que, dans une encyclique, texte officiel revêtu de toute son autorité, un pape se réfère explicitement à un patriarche orthodoxe. Il reconnaît que, dans le domaine de la sauvegarde de la création, l’initiative revient au patriarche œcuménique de Constantinople Bartholomaios Ier, évoque son action multiple et cite quelques-uns de ses textes. Cette ouverture à l’Église orthodoxe est exprimée de manière visible dans le fait que le métropolite orthodoxe Jean de Pergame a été invité à prendre part à la conférence de presse pour la présentation de l’encyclique. L’œcuménisme en acte a ensuite été consolidé par le fait que le pape a choisi la date du 1er septembre comme journée de prière pour la création, disant explicitement qu’il a fait ce choix, parce que, depuis plusieurs années déjà, le Patriarcat de Constantinople y avait consacré cette journée.

Les Églises et les communautés chrétiennes de Terre Sainte et du Moyen-Orient ont accueilli avec joie le message du pape. En même temps il est important de comprendre que, dans la situation troublée qu’elles vivent aujourd’hui, il n’est pas possible de séparer le souci pour la création des autres facteurs qui déterminent leur présent et leur avenir.
D’ailleurs le pape lui-même insiste fortement sur les relations constantes entre création, politique, économie, religions, etc. L’avenir du milieu de vie au Moyen-Orient est inséparable des événements violents qui bouleversent la région.

À titre d’exemple, en Israël/Palestine, la construction du mur de séparation inflige une plaie profonde au beau paysage traditionnel, cause la destruction d’oliviers plus que centenaires, et empêche les paysans d’avoir libre accès à leurs terres pour les cultiver. Au Liban, la guerre de 1975 à 1990 et sa suite ont entraîné un exode massif vers les montagnes ; cela est allé de pair avec la construction désordonnée de nombreuses maisons à travers les plus beaux sites naturels et les a défigurés pour toujours. En Syrie et en Iraq, les interventions des extrémistes ont contraint de nombreux paysans à quitter les terres qu’ils cultivaient depuis des générations ; ces terres se détériorent rapidement et leur dessèchement semble avoir été une des causes des fortes tempêtes de sable que la région a connues cette année.

Face à ces événements qui touchent profondément leurs communautés, les chefs des différentes Églises ont vu qu’ils ont une responsabilité commune et ont entrepris de se consulter et de collaborer plus intensément. C’est une source de joie et d’espoir. Au Moyen-Orient tout particulièrement, le souci de construire la “maison commune” exige des relations œcuméniques, voire est source d’une nouvelle sollicitude commune.

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