Réconciliation palestinienne : les jeunes de Gaza veulent y croire – OLJ

Réconciliation palestinienne : les jeunes de Gaza veulent y croire

REPORTAGE

Pour la jeunesse, qui représente la moitié des 2 millions d’habitants de l’enclave, le processus historique engagé entre le Hamas et le Fateh pourrait être la lumière au bout du tunnel.

Chloé ROUVEYROLLES, de Gaza | OLJ

20/10/2017

Sur la grande rue Omar Moukhtar, que l’on compare parfois aux Champs-Élysées de Gaza, des jeunes se promènent en grappe, alternant lèche-vitrine et salutations aux copains croisés là. Dans l’enclave palestinienne, le chômage atteint des sommets : plus de 60 % pour les jeunes. Occuper ses journées, interminables, est un défi. « J’espère que la réconciliation va aboutir et que les gens vont pouvoir retourner travailler », répond immédiatement Mohammad el-Hadet, quand on l’interroge sur l’accord conclu, le 12 octobre au Caire, entre le Hamas et le Fateh.

Assis à une table du jardin public du terre-plein central, il bavarde avec un ami en écoutant de la musique sur un téléphone. À vingt printemps chacun, ils espèrent beaucoup de l’accord signé entre le Hamas et le Fateh, au terme duquel le Hamas doit rétrocéder d’ici au 1er décembre toutes les responsabilités dans la bande de Gaza à l’Autorité palestinienne, entité internationalement reconnue et censée préfigurer un État palestinien indépendant.

« C’est quelque chose de vraiment bien, que nous avons attendu pendant très longtemps, et qui nous permet enfin, à nous les jeunes, d’envisager notre futur », explique-t-il. Il rêve de frontières ouvertes pour pouvoir enfin quitter le territoire, ce serait la première fois. Les Gazaouis souffrent en effet d’un blocus israélien depuis onze ans et leur frontière avec l’Égypte est fermée de manière quasi permanente depuis 2014.

Comme les deux compères, de nombreux jeunes de Gaza n’ont connu qu’une vie de guerres – trois opposant le Hamas à Israël depuis 2008–, et de privations – l’électricité et l’eau manquent terriblement. Les Nations unies ne cessent de dénoncer une situation désastreuse dans ce petit territoire où plus des deux tiers des habitants dépendent de l’aide humanitaire pour leur survie au quotidien. « J’avais seulement neuf ans au moment de la division politique entre le Hamas et le Fateh », raconte Wissam Zaqout, jeune étudiant en ingénierie. « Je n’ai évidemment pas compris la portée politique des événements », ajoute-t-il. Wissam se souvient pourtant très bien de ces journées de 2007, quand les hommes armés des deux principaux mouvements politiques qui s’opposaient depuis des mois pour prendre le contrôle de la bande de Gaza se sont affrontés dans le camp de réfugiés d’al-Chati, où il est né, et vit toujours.

« C’est l’un de mes pires souvenirs, il y avait des hommes qui tiraient dans tous les sens partout dans le camp, le commissariat était pris d’assaut, mon père était dehors et je m’inquiétais vraiment pour lui », confie cet aîné de six enfants.
Al-Chati est l’un des plus grands camps de réfugiés des territoires palestiniens. Ses rues sont pleines d’écoliers et de jeunes en goguette. Parmi eux, Mohammad Saber Jaber, qui vend des cigarettes au carrefour d’étroites ruelles. Il a 22 ans, et il est très partagé sur la réconciliation. « Si Dieu le veut, ça va bien se passer, car on en a vraiment besoin, les jeunes ne trouvent pas de travail, nous manquons d’eau et d’électricité. C’est ce dont nous avons le plus besoin, car nous n’avons que quelques heures de courant par jour », commence-t-il. Si le soutien de l’Égypte qui a accompagné les pourparlers lui semble de bon augure, il émet des réserves sur une motivation réelle des dirigeants palestiniens. En 2014, une précédente tentative de réconciliation avait échoué.

Bénéfice du doute
L’optimisme se faufile malgré tout. Dans les rues du centre-ville, les devantures de magasins affichent de nombreux drapeaux égyptiens, et même des drapeaux du Fateh, ce parti que le Hamas avait éjecté de la bande de Gaza en juin 2007 au terme de la guerre civile qu’évoquait Wissam. Des posters à l’effigie du président Mahmoud Abbas, qui ne s’est pas rendu dans la bande de Gaza depuis 2007, ont même été distribués aux badauds le jour de la signature de l’accord.

Lana* comprend la défiance de sa génération. « Les partis n’ont pas été transparents sur l’accord qu’ils ont signé, on entend chaque jour de nouveaux développements, donc les gens se disent que tant qu’ils ne voient pas de changements concrets, c’est difficile d’y croire », analyse la jeune entrepreneuse en nouvelles technologies. Si elle a personnellement décidé de s’armer de patience, cette ambitieuse au sourire espiègle a hâte de voir les résultats de cette réconciliation : « Je veux ouvrir ma fenêtre la nuit et voir Gaza allumée, j’espère que notre ville peut redevenir ce qu’elle était avant la division et le blocus : une ville de bord de mer, agréable, touristique, que certains surnommaient même le « Paris du monde arabe ». »

Près de la frontière égyptienne, dans le camp de réfugiés de Khan Younès, une ingénieure de 24 ans, Riham Abou Haiba, a vu « (ses) rêves stoppés ces dernières années ». Ne pouvant quitter le territoire, par manque d’autorisation israélienne ou égyptienne, elle a raté une formation en Inde sur les questions de développement appliqué à l’environnement – un savoir-faire qui n’est pas enseigné dans la bande de Gaza. Aujourd’hui, elle ne veut plus penser à la dernière décennie et espère que la réconciliation va tout arranger : « Nous voulons tous être réunis, tous les Palestiniens ensemble, et grâce à cette réunification, nous pouvons espérer, un jour, la paix. »

* Le prénom a été changé à la demande de l’interviewée