OLJ/AFP – Combats de rue et tirs d’artillerie à Syrte, fief de l’EI

Combats de rue et tirs d’artillerie à Syrte, fief de l’EI
Depuis un mois, les combats ont fait au moins 115 morts et 300 blessés dans les rangs des antijihadistes.
Les forces progouvernementales libyennes bombardaient hier à l’artillerie lourde le groupe État islamique (EI) à Syrte, au lendemain de leur entrée dans ce fief jihadiste en Libye. Les forces loyales au gouvernement d’union nationale (GNA) faisaient feu hier avec des tanks, des lance-roquettes et de l’artillerie lourde, et se battaient désormais maison par maison dans le centre-ville, selon un correspondant de l’AFP sur place. « C’était une guerre avec des avions et de l’artillerie, et maintenant ça devient du combat de rue », a indiqué à l’AFP un combattant des forces du GNA qui n’a pas souhaité donner son nom. « On se bat de maison à maison et on ne reculera pas tant qu’on ne les aura pas éliminés », a-t-il dit. En centre-ville, les combats faisaient rage notamment dans le secteur du centre de conférences Ouagadougou, où l’EI a installé son centre de commandement.L’offensive a été lancée le 12 mai par des forces terrestres, aériennes et maritimes pour chasser l’EI d’une bande littorale d’environ 200 kilomètres de long dans le centre-nord du pays, dont la cité de Syrte. Selon un porte-parole des gardes des installations pétrolières, qui prennent part à l’offensive antijihadiste, ceux-ci se préparent à lancer « dans les prochaines heures » l’assaut contre Syrte du côté est. Il n’était pas possible de déterminer le nombre de civils toujours présents dans la ville. Sur Facebook et Twitter, les forces du GNA ont affirmé avoir « libéré quelques civils emprisonnés par Daech ».
Les États-Unis « encouragés »

Depuis le début de l’offensive, 115 combattants ont été tués et 300 blessés, a indiqué jeudi Aziz Issa, de l’hôpital de Misrata, ville située à 150 km à l’ouest de Syrte dont les puissantes milices se sont ralliées au GNA. L’émissaire de l’Onu pour la Libye, Martin Kobler, a laissé entendre dimanche que des forces spéciales américaines et françaises se trouvaient en Libye pour aider dans la lutte anti-EI, mais cette présence n’a pas été confirmée officiellement.

Les États-Unis se sont, pour leur part, réjouis des progrès des pro-GNA à Syrte : « Nous sommes encouragés par ce que nous voyons. »

Mercredi, les forces progouvernementales ont réussi à pénétrer à Syrte après l’avoir assiégée, notamment en bloquant les accès maritimes grâce à la marine, selon des responsables. Le même jour, le porte-parole des forces du GNA, Mohammad Ghassri, a fait état de francs-tireurs de l’EI installés sur les toits des immeubles et du centre Ouagadougou, où des combats ont éclaté. « L’opération ne va pas durer encore longtemps », avait-il prédit.

Avant de parvenir à Syrte, les troupes avaient repris Abou Grein (130 km à l’ouest de Syrte) puis l’importante base aérienne d’al-Gordabia, la centrale thermique de Syrte, trois casernes et Harawa, l’une des trois plus importantes localités de la région, à 70 km à l’est de Syrte. Mais la réalité de la situation militaire reste confuse en raison de l’absence de journalistes et de sources indépendantes sur le terrain.
Prudence

Les forces du GNA sont essentiellement composées de milices de l’Ouest, principalement celle de Misrata. Elles sont aussi soutenues par les gardes des installations pétrolières et par des unités de l’armée divisée. D’autres unités de l’armée restent loyales au gouvernement parallèle, installé dans l’Est, qui ne reconnaît pas la légitimité du GNA dirigé par Fayez el-Sarraj et installé à Tripoli depuis le 30 mars. Elles sont dirigées par le général controversé Khalifa Haftar. La grande majorité des avions – des MIG – et hélicoptères utilisés dans l’offensive est basée à Misrata, d’où ils décollent pour mener leurs raids. Le nombre de jihadistes présents à Syrte n’est pas connu. Les services étrangers estimaient à 5 000 hommes les effectifs de l’EI en Libye il y a quelques semaines. Les experts restent prudents sur le sort de l’EI après une éventuelle chute de Syrte.

« Si Syrte tombe, l’EI sera toujours présent par l’intermédiaire de groupes agissant dans le désert libyen ou par des attaques terroristes à Tripoli ou Misrata », estime Mattia Toaldo, expert au groupe de réflexion European Council on Foreign Relations. Mais une perte de cette ville constituerait tout de même un énorme revers pour l’EI, Syrte étant sa principale base en Libye.
(Source : AFP)