Recension

Titre

Turquie, année zéro

Auteur

Kadri Gürsel

Type

livre

Editeur

Paris : Cerf, février 2016

Collection

Le poing sur la table

Nombre de pages

75 p

Prix

5 €

Date de publication

27 septembre 2017

Turquie, année zéro

 

 

Ce livre très court (75 petites pages aérées) est écrit par un journaliste turc[1] qui comme tant d’autres a été licencié et inculpé pour ses écrits critiques sur les pratiques du régime de Recep Tayyip Erdoğan, l’actuel président[2] qui cherche à remodeler le pouvoir sur un modèle quasi-dictatorial où l’opposition ne serait plus admise, qualifiée de soutien au terrorisme.

L’auteur démonte de façon très claire la mécanique mise en œuvre par Erdoğan pour imposer son modèle de présidence autoritaire et mégalomaniaque écrasant toute opposition.

Suite à l’attentat de Suruç, en juillet 2015, l’auteur s’est indigné que des chefs d’Etat étrangers aient témoigné de la sympathie à Erdoğan alors qu’il considérait celui-ci comme « la principale raison du terrorisme de l’Etat islamique ». Les mesures de répression se sont alors exercées à son égard comme à celui de nombreux journalistes qui faisaient leur métier d’information et d’analyse, ce qu’il présente dans un premier chapitre intitulé « Une police de la pensée ».

Suivent plusieurs courts chapitres intitulés : De l’utilité de l’Etat islamique. L’autoroute du djihad. Guerre sur mesure. La démocratie confisquée. Les espoirs perdus. Manif contre manip. L’empire des nouveaux mirages. La fin de la Turquie ?

A travers ces chapitres, transparaît l’analyse de la dérive autoritaire d’Erdoğan qui fait preuve de complaisance avec les djihadistes et instrumentalise le terrorisme islamique et l’opposition kurde, ramenant celle-ci à une assimilation au terrorisme et étendant cette accusation à toute forme d’opposition et de critique. Kadri Gürsel revient sur le sens de la mobilisation, en 2013, contre les projets de transformation de la place Taksim – haut lieu symbolique d’Istanbul – voulus par Recep Tayyip Erdogan, alors premier ministre, et qui avait été écrasée, préfigurant le processus autoritaire en marche.

Les élections législatives de novembre 2015 ont eu lieu dans un climat où la crainte du terrorisme était savamment instrumentalisée si bien que l’opposition n’a pu confirmer son avancée précédente où le HDP, parti progressiste kurde avait fait une percée remarquée. Paradoxalement, l’auteur note que ce sont les kurdes dévots qui ont fait défaut à l’opposition, en reportant massivement leurs voix sur le parti du Président, l’AKP : la stratégie de la terreur a été efficace…

Finalement ressort une vision très pessimiste d’un pays[3] qui tourne le dos au processus de  sécularisation engagé il y a un siècle par Atatürk[4]. On est proche du « dernier acte qui vise à ramener la Turquie à l’année zéro de sa fondation ».

 

Xavier Godard

 

[1] Kadri Gürsel a travaillé pour le quotidien national « Milliyet » (www.milliyet.com.tr ) et a été licencié (en juillet 2015) après des prises de position critiques contre le régime politique actuel et en particulier pour un tweet contre le Président Erdogan. A travers ses écrits et ses interventions, il entend défendre la liberté d’expression dans la presse et dans l’espace national turc.

[2] Premier président de la République de Turquie à être élu au suffrage universel direct, le 28/08/2014. Fondateur, en 2001, du Parti de la justice et du développement (AKP), il fut maire d’Istanbul (1994-1998) et Premier ministre (2003-2014).

[3]Réécouter la conférence donnée au Centre Sèvres, le 06/12/2016 : Où va la Turquie ? (durée 1h32)

[4] Pour en savoir plus, suivre le lien : Mustafa Kemal Atatürk (1881-1938), chef d’Etat réformateur de la Turquie