Recension

Titre

Le réveil des Sept Dormants

Sous titre

Un pèlerinage islamo-chrétien en Bretagne

Auteur

Manoël Pénicaud

Type

livre

Editeur

Paris, Cerf, 2014, rééd. 2016

Collection

Cerf Patrimoines

Nombre de pages

528 p.

Prix

39 €

Date de publication

24 juillet 2017

Le réveil des Sept Dormants

 

La plupart de ceux qui en France s’intéressent au dialogue-islamo chrétien ont entendu parler du pèlerinage islamo-chrétien des Sept Saints qui a lieu chaque année fin juillet dans un petit village du Nord de la Bretagne[1].

Il s’agit d’un pèlerinage « inventé » en 1954 par le célèbre islamologue français Louis Massignon. « Inventé », dit Manoël Pénicaud[2], au sens où Massignon est parvenu à greffer sur une tradition religieuse locale – la vénération des Sept Saints dormants d’Ephèse – un pèlerinage catholique qui entre en résonance avec le récit musulman des jeunes gens enfermés dans une caverne, tel que le raconte la sourate XVIII du Coran, « témoins anticipés de la Résurrection », puisque, comme le raconte aussi la légende chrétienne orientale venue d’Ephèse, leur long sommeil est en fait une attente de leur Résurrection.

Divers ouvrages ont été écrits sur ces deux traditions, et aussi sur le pèlerinage des Sept Saints, mais la thèse de doctorat qui est à la base du présent livre, offre une documentation jamais encore réunie et le regard aigu d’un anthropologue spécialiste des pèlerinages ouvrant sur d’autres traditions spirituelles.

Massignon, un temps éloigné de la foi de ses pères, revint au christianisme grâce à l’hospitalité et au témoignage de prière d’une famille musulmane qui le recueillit à Bagdad. Toute sa vie, aidé de son immense érudition, il ne va cesser de traquer les « intersignes », ces réalités religieuses qui font sens en christianisme et en islam. L’existence en Bretagne d’une tradition autour des Sept Dormants d’Ephèse, lui fournit l’occasion de créer et de promouvoir un moment de rencontre fraternelle et spirituelle entre chrétiens et musulmans. L’aventure débuta de surcroît en 1954, année de déclenchement de la guerre d’Algérie qui offrit à Louis Massignon l’occasion de s‘engager courageusement pour la décolonisation. Fort de sa notoriété de professeur au Collège de France, aidé de ses nombreux contacts dans le monde musulman, il parvint à faire exister cet intérêt pour la religion de l’autre, l’islam, en une région où les musulmans étaient alors totalement absents.

L’abondante documentation sur laquelle repose cet ouvrage permet d’entrer dans le détail de cette aventure, dans ses ambiguïtés aussi, les musulmans étant ici en fait « invités dans un pèlerinage inventé », selon les mots de l’auteur. Malgré ces ambigüités, beaucoup d’hommes et de femmes, engagés dans une recherche ou une pratique interreligieuse, trouvent ici matière à renforcer leur engagement, dans la réflexion, les contacts et aussi la prière. Après la grand-messe du « pardon » des Sept Saints le dimanche[3], il est de tradition en effet de se rendre à la fontaine voisine et d’y entendre la lecture de la sourate de la Caverne, avant de se retrouver pour des agapes fraternelles. Le pèlerinage peine à faire venir des musulmans, mais ceux qui viennent y tiennent beaucoup et font signe que l’autre croyant n’est pas forcément une menace. Ce livre vient à point nommé en un moment où la peur de la religion de l’autre ne cesse de croitre, dans un monde globalisé où les chances de la rencontre sont pourtant plus grandes que jamais.

                                                                                    Jean Jacques Pérennès, o.p.

 

[1] Le journal La Croix vient de rappeler  La légende des Sept Dormants, cf. article d’Anne-Bénédicte Hoffner, 01/02 juillet 2017 : http://www.la-croix.com/Journal/legende-Sept-Dormants-2017-06-30-1100859433?utm_source=Newsletter&utm_medium=e-mail&utm_content=20170701&utm_campaign=newsletter__crx_subscriber&utm_term=698341&PMID=1b4a48e1e2b4ca5e7897b3935d19fbb5

[2] Manoël Pénicaud est anthropologue, chargé de recherche à l’Institut d’ethnologie méditerranéenne européenne et comparative (IDEMEC, CNRS, Aix-Marseille Université). Spécialiste des pèlerinages et des relations interreligieuses, il est également réalisateur et commissaire d’expositions, à l’instar de « Lieux saints partagés » présentée au Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (MuCEM) en 2015

[3] Lors de la messe du pèlerinage, de juillet 2012, le fr. J.J. Pérennès, dominicain et actuel directeur de l’Ecole Biblique et Archéologique française (EBAF) de Jérusalem, a prononcé l’homélie suivante :

http://www.chretiensdelamediterranee.com/homelie-du-pardon-des-sept-saints-vieux-marche-21-22-juillet-2012/

Organisé, chaque année, le 4e week-end de juillet, le pèlerinage a eu lieu, cette année, les 22-23/07/2017. Programme : http://saintbrieuc-treguier.catholique.fr/22-23-Juillet-Pardon-des-Sept-Saints-Pelerinage-islamo.html