Recension

Titre

La nouvelle question d’Orient

Auteur

Georges Corm

Type

livre

Editeur

La Découverte, 30 mars 2017

Collection

Cahiers libres

Nombre de pages

319 p.

Prix

20 €

Date de publication

25 novembre 2017

La nouvelle question d’Orient

Ancien ministre libanais de l’Economie de 1998 à 2000, Georges Corm est un géopoliticien reconnu, auteur depuis 1990, d’une vingtaine d’ouvrages sur le Moyen-Orient. Des analyses souvent percutantes qui défrisent un bon nombre d’experts, mais qui ont le mérite d’apporter un éclairage authentique: fruits d’un intellectuel arabe vivant au plus près la réalité de la région.

Né à Alexandrie (Egypte) en juin 1940, dans une famille libanaise, l’auteur, à la fois historien, économiste et juriste a traversé un bon nombre  d’évènements marquants, qui ont nourri et agité en permanence la « question orientale ».

Une question « avant tout occidentale », écrit-il, puisque pour lui, « c’est l’Occident qui déclenche des guerres locales depuis plus de deux siècles, au gré de ses intérêts économiques et politiques, dans cette région du monde.»  La seule nouveauté est l’arrivée de nouveaux  exploiteurs. De la France et de l’Angleterre qui se partagèrent, et découpèrent les terres orientales en petites nations au lendemain de la première guerre mondiale de 1914-1918, la contrée passa sous le joug américain, et de son indéfectible allié israélien après 1945.

Une situation qui a empiré, où sous prétexte de combattre le terrorisme islamique, suite aux  attentats de septembre 2001 dont elle fut victime, l’Amérique devenue maitresse du monde, après l’écroulement de l’URSS en 1989, s’applique à diviser et à détruire, avec ses alliés occidentaux, les pays d’Orient, qui font obstacle à ses projets d’établir une économie libérale dans la région,  ou qui menace « la sécurité » de son partenaire israélien. Envahi en 2003, sans mandat de l’ONU, sur un mensonge de l’administration Bush fils, l’Irak en constitue l’une des preuves imparables.

Georges Corm en profite pour dénoncer magistralement  l’imposture du livre de Samuel Huntington : Le choc des civilisations[1] et cette théorie de l’axe du bien (Etats-Unis, Israël, Arabie Saoudite) défenseur présumé « de la liberté et de la démocratie » contre l’axe du mal (Russie, Chine, Syrie et Iran), suppôt de la « violence djihadiste » et de la dictature en Orient.

Corm n’est d’ailleurs pas plus tendre avec les gouvernants et les chefs religieux des pays arabes, qui se laissent instrumentaliser. A l’image des monarchies du Golfe, qui se vautrent dans une l’opulence que leur offre la rente pétrolière et gazière, sans se préoccuper des conditions de vie déplorables de leur population …

Avec ce nouveau livre, Georges Corm sera classé, une fois encore, par ses détracteurs  dans la catégorie de ceux qui accusent les Etats-Unis et Israël d’instrumentaliser le monde arabe, afin de préserver leurs intérêts économiques et politiques. Il s’agit de la fameuse « théorie du complot américano-sioniste » que sont accusés de soutenir les experts et géopoliticiens opposés à la stratégie occidentalo-américaine à savoir : remodeler le Moyen-Orient, en le morcelant….

A ces détracteurs de lire l’ouvrage de G. Corm et de démontrer par des arguments solides qu’une telle stratégie n’existe pas[2].

Luc Balbont

[1] Publié en 1996, Le choc des civilisations est  devenu un succès mondial après les attentats djihadistes sur le sol américain du 11 septembre 2001.

[2] Sur le « chaos mental » et la nouvelle question d’Orient, on peut écouter Georges Corm reçu par Olivia Gesbert, à La Grande Table, de France Culture, le 25/05/2017 (durée : 34 mn).