Recension

Titre

Nouveaux textes à la suite de Nostra Aetate

Sous titre

Dossier de la revue Sens, n°405

Auteur

Amitié Judéo-Chrétienne de France

Type

livre

Nombre de pages

192 p.

Prix

11€ Parution : Mars-avril 2016

Date de publication

13 avril 2017

Nouveaux textes à la suite de Nostra Aetate

 

La revue Sens est publiée par l’AJCF (Amitié Judéo-Chrétienne de France). Elle a pour vocation d’exposer et soutenir tout ce qui existe dans le domaine des relations entre juifs et chrétiens. Le numéro 405 de mars-avril 2016 répond particulièrement bien à ce projet, et ceci grâce à trois articles, publiés à l’occasion du cinquantenaire de la Déclaration conciliaire Nostra Ætate.[1]

Commençons par le texte de la Commission vaticane pour les relations religieuses avec le judaïsme, publié le 10 décembre 2015 : « “Les dons et l’appel de Dieu sont irrévocables” (Rm 11,29). Une réflexion théologique entre catholiques et juifs à l’occasion du 50e anniversaire de Nostra Ætate (n° 4) [2]». L’essentiel est annoncé dans le titre qui mentionne une citation de l’Épître aux Romains : l’Église reconnaît la vocation spécifique du peuple juif, son élection toujours actuelle. La Commission fait le point, au niveau théologique, sur l’état des relations entre l’Église catholique et le peuple juif. Le document ne se présente pas comme un enseignement doctrinal de l’Église catholique, mais il « se propose comme point de départ d’un approfondissement de la pensée théologique destiné à enrichir et à intensifier la dimension théologique du dialogue juif-catholique ». Il marque une étape, et non pas un point final. D’abord un aboutissement : reprenant la réflexion de Vatican II et exposant les avancées accomplies depuis, il est témoin du changement radical, de l’orientation profondément nouvelle prise par l’Église catholique dans sa relation au peuple juif. Après avoir pendant des siècles dénié à ce peuple la réalité de l’élection qu’elle endossait à son propre avantage, l’Église reconnaît la vocation spécifique et inaliénable du peuple premier appelé. Il propose ensuite une ouverture à un approfondissement futur, motivé par l’ampleur des conséquences spirituelles et théologiques entraînées par ce nouveau regard.

À la même époque, enfin l’heureuse surprise de deux déclarations de juifs à l’adresse des chrétiens, dans laquelle ils reconnaissent le changement spectaculaire de leur attitude à leur égard : celle de cinq juifs français, dont certains représentent l’orientation libérale (23 novembre 2015), et celle de 25 rabbins orthodoxes d’Israël, d’Europe et des USA, en somme une représentation qui ressaisit « tout Israël » (3 décembre 2015). Les premiers ont présenté leur texte, par l’intermédiaire du Grand Rabbin Korsia[3], au Cal André Vingt-Trois[4] et au Pasteur François Clavairoly[5]. Il vaut la peine de rappeler quelques phrases de cette « Déclaration pour le jubilé de fraternité à venir[6] ». Tous les mots comptent ; en voici quelques-uns qui donnent la tonalité de l’ensemble : « Nos voies, bien qu’irréductiblement singulières, sont complémentaires et convergentes. N’avons-nous pas, en effet, pour espérance suprême que l’histoire des hommes ait un même horizon, celui de la fraternité universelle d’une humanité rassemblée autour du Dieu Un et Unique ? Nous devons y œuvrer ensemble, plus que jamais, main dans la main ». De leur côté, les rabbins orthodoxes nous envoient un message[7] qui rappelle la prière chrétienne du Notre Père : « Faire la volonté de Notre Père des cieux. Vers un partenariat entre juifs et chrétiens ». « Notre Père qui es aux cieux » est une expression autant juive que chrétienne. Voici quelques brefs extraits de cette invitation à œuvrer en partenariat : « Nous reconnaissons que le christianisme n’est ni un accident ni une erreur, mais le fruit d’une volonté divine et un don fait aux nations … Nous ne sommes plus des ennemis mais des partenaires » Enfin, en conclusion : « Nous sommes tous créés à l’image sacrée de D.ieu, et juifs et chrétiens doivent rester fidèles à l’Alliance en participant ensemble activement à la rédemption du monde. ».

Une nouvelle ère commence, au moins en germe : alors que nos spiritualités se sont neutralisées pendant des siècles, voilà le moment venu de les mettre en « synergie » (premier texte) afin d’apporter au monde et à nos sociétés le souffle vivifiant qui leur ouvre l’avenir et rend possible l’instauration d’une fraternité tant recherchée, et plus prosaïquement, d’un « vivre ensemble » qui se recherche à tâtons dans nos sociétés.

Jean Massonnet[8]

[1] Déclaration du concile Vatican II sur L’Eglise et les religions non chrétiennes, promulguée le 28/10/1965.

[2] https://evry.catholique.fr/IMG/pdf/2015-12-16_SDRJ_dons-appel-dieu-irrevocables.pdf

[3] Haïm Korsia, Grand rabbin de France, cf. La Croix du 22/06/2014 : http://www.la-croix.com/Religion/Actualite/Haim-Korsia-nouveau-grand-rabbin-de-France-2014-06-22-1168282

[4] Archevêque de Paris, depuis 2005 : http://www.eglise.catholique.fr/personne/s-em-le-cardinal-andre-vingt-trois/

[5] Président de la Fédération Protestante de France (FPF) : https://fr.wikipedia.org/wiki/Fran%C3%A7ois_Clavairoly

[6] Déclaration pour le jubilé de fraternité à venir : http://www.paris.catholique.fr/IMG/pdf/declaration.pdf

[7] Déclaration du rabbinat orthodoxe sur le christianisme : http://www.ajcf.fr/3-decembre-2015-Declaration-du.html

[8] Au service du dialogue entre juifs et chrétiens : cf. article de La Croix, 26/09/2016 : http://www.la-croix.com/Religion/France/Jean-Massonnet-bibliste-terrain-2016-09-26-1200791667