Recension

Titre

Nour, pourquoi n’ai-je rien vu venir ?

Auteur

Rachid Benzine

Type

livre

Editeur

Seuil, octobre 2016

Nombre de pages

93 p.

Prix

13 €

Date de publication

13 août 2017

Nour, pourquoi n’ai-je rien vu venir ?

 

Philosophe, enseignant et islamologue, Rachid Benzine[1] choisit ici le registre du roman pour partager avec nous l’interrogation qui le hante depuis l’attentat du Bataclan. Comment des jeunes, français et élevés dans les écoles et la culture de la France, ont-ils pu choisir la voie de la violence la plus destructrice et la plus aveugle, au nom de Dieu ? Pourquoi le langage de la raison reste-t-il sans prise sur leur haine folle, et quelle voie reste-t-il pour retrouver les valeurs essentielles à l’humanité ?

« Nour », qui donne son nom au roman, est une jeune musulmane partie secrètement à Falloujah, en Irak, où elle est devenue l’épouse d’un des chefs de Daech. Son père, islamologue et professeur de philosophie dans l’université d’un pays du sud de la Méditerranée, sans doute la Tunisie, est déchiré par son départ. Il correspond avec elle dans des lettres où la raison et le cœur font assaut d’arguments pour la détourner de son choix tragique. Leurs échanges paraissent d’abord être un langage de sourds, où chacun oppose à l’autre les ravages que provoquent la mondialisation et des régimes tyranniques d’un côté, la férocité de la répression et l’oppression des islamistes d’autre part, ces « musulmans d’opérette et de barbarie » que dénonce le père.

Refusant une société où tout ne serait que sacralisation et blasphème, il lui rappelle que notre mission n’est pas de trouver des réponses mais de chercher : car « le contraire de la connaissance, ce n’est pas l’ignorance mais les certitudes » (p.36). Mais les mois qui s’écoulent vont progressivement changer la donne.

Le père est aux prises, dans son pays, avec des étudiants obscurantistes et violents, une police brutale, des juges lâches, qui illustrent hélas l’échec dans son propre pays de la démarche de tolérance et de liberté qu’il défend. Et après le temps des succès guerriers et de l’enthousiasme militant, Nour pourra-t-elle rester aveugle à la réalité de la guerre que mène Daech, et aux côtés les plus sombres de l’ordre islamique ?

Le père en vient à adjurer sa fille de mettre de côté leurs raisons à tous les deux, qui les opposent, pour retrouver l’émotion et la voie du cœur, qui les relient.

Comment  ceci adviendra-t-il, il faut lire ce livre magnifique et poignant pour le découvrir. L’histoire de Nour, dont la figure symbolise le destin de ces pays arabes qui se déchirent de toute part, se grave profondément en nous. « Il n’y a que la vie qui soit sacrée, la nôtre et celle des autres » (p. 79), et cette vie, pourtant si fragile, aura le dernier mot.

Bertrand Wallon

[1] – Rachid Benzine a publié avec Christian Delorme : « Nous avons tant de choses à nous dire ».- Albin Michel, 1997 et La République, l’Eglise et l’Islam.- Bayard, 2016 : http://www.chretiensdelamediterranee.com/livre/la-republique-leglise-et-lislam/ et avec Ismaël Saidi : Finalement, il y a quoi dans le Coran ?  . – La Boîte à Pandore, juin 2017. Auteur de : Les  nouveaux penseurs de l’islam.- Albin Michel, 2004, il a également rédigé Le Coran expliqué aux jeunes.- Seuil, 2013 : http://www.chretiensdelamediterranee.com/livre/le-coran-explique-aux-jeunes/ .

– Rachid Benzine a adapté son livre  Nour, pourquoi n’ai-je rien vu venir ? sous forme de « théâtre épistolaire » : Lettres à Nour était au programme du Festival d’Avignon 2017. Lues par Charles Berling et Lou de Laâge, elles ont fait l’objet d’un enregistrement en public diffusé sur les ondes de France Culture : on pourra l’écouter dans l’émission Fictions (durée : 59 mn). Charles Berling portera à nouveau le texte de Rachid Benzine le 17 novembre 2017 à Toulon, à l’occasion de la Fête du livre du Var. La réplique lui sera donnée par Anna Cervinka.