Recension

Titre

Martyr

Sous titre

Vie et mort du père Jacques Hamel (1930-2016)

Auteur

Jan De Volder préface d’Andrea Riccardi

Type

livre

Editeur

Cerf et Sant’Egidio, sept. 2016

Collection

Actualité

Nombre de pages

128 p

Prix

9 €

Date de publication

9 février 2017

Martyr

 

La préface d’Andrea Riccardi nous a semblé la meilleure invitation à lire cette biographie du père Jacques Hamel. Avec l’autorisation des éditions du Cerf, nous en publions, en guise de recension, les extraits ci-dessous

Qu’aurait pu valoir au père Jacques Hamel de sortir de l’anonymat, sinon sa mort violente près de Rouen, au cœur d’une église et pendant la messe, le 26 juillet 2016 ? Mais peut-on s’en tenir à cet évènement et à son annonce sans se demander qui il fut ?

Universitaire belge, spécialiste du christianisme contemporain, Jan De Volder[1], bouleversé par la nouvelle d’un prêtre tué près de l’autel, s’est aussitôt mis à enquêter sur l’homme et sa vie. […]

Il retrace avec précision ses origines, son parcours, ses engagements ainsi que les réactions qu’a suscitées en France et dans le monde sa fin tragique. Il brosse le tableau vivant d’une vie ordinaire, la biographie d’un curé, cependant peu banale et même singulière. […].

Si le père Jacques a péri ainsi, c’est parce qu’il avait vécu une existence sacerdotale généreuse et avait continué de le faire à un âge avancé, 85 ans, sans prendre sa retraite, sans mettre fin à son service. Aussi, à lire ce livre, voyons-nous que la vie de ce prêtre du diocèse de Rouen est en soi significative, même si elle s’est déroulée loin des projecteurs, qu’elle a été une vie humble, menée sur le terrain, dans les périphéries, pour accomplir la mission à laquelle il s’était consacré depuis sa jeunesse et qu’avait scellée son ordination en 1958.

Oui, cette histoire n’est pas banale. Qu’un prêtre vive pour son peuple et pour l’Evangile, qu’il croie à la liturgie au point de la célébrer pour un petit nombre de personnes, mais avec toute la foi et la dignité requises, est tout sauf banal. En France, en Europe occidentale, c’est souvent une histoire à contre-courant, d’autant plus lorsque les prêtres se raréfient et que l’Eglise y trouve matière à interrogations. […]

Le père Jacques Hamel est pleinement enfant de cette Eglise de France qui a été l’horizon de sa vie. Il en a vécu les diverses saisons en date, de la période préconciliaire jusqu’à aujourd’hui, en passant par Vatican II. Il a aussi traversé tout ce qui a fait la France récente. Ces deux histoires conjuguées l’ont profondément marqué – et ce n’est pas le moindre mérite du présent ouvrage de le montrer.

Pareille vie n’est, répétons-le, en rien banale. Au regard des transformations de la société française de ces dernières décennies, elle est celle d’un homme qui n’a cessé de représenter une référence chrétienne pour une multitude : auprès des ouvriers des Trente Glorieuses qui ont vu leur monde déstabilisé, auprès des immigrés et des musulmans qui sont arrivés massivement depuis et, sans nul doute, auprès des simples fidèles et autres citoyens anonymes qui n’ont pu faire entendre leur voix mais qui, avec lui, ont connu cette transition. Il a incarné, au nom de l’Evangile, une manière de vivre avec les autres, différente, qui a sa valeur propre, y compris pour le bien public. Méditer la constance de sa trajectoire parmi les hommes et tâcher de comprendre l’espérance qui l’habitait : telle est bien la raison qui justifie une biographie du père Jacques Hamel. […]

Avec sensibilité, Jan De Volder a saisi la valeur historique et emblématique de l’histoire de l’humble prêtre de Saint-Étienne-du-Rouvray. Il n’a pas attendu des années pour nous livrer un texte savant. Avec ce livre[2], il contribue à faire en sorte que l’émotion suscitée par cette mort ne passe pas, mais devienne mémoire. Mémoire pour les chrétiens. Mais aussi pour les Français et pour les Européens. Afin que tous soient conscients de ce que vaut une vie vécue pour les autres et inséparable de la passion pour le bien commun. […]

L’Église du père Jacques, celle de Jean Paul II et du pape François, continue à croire dans l’art de vivre ensemble en paix et dans le respect mutuel qui naît du dialogue quotidien.

 

Andrea Riccardi[3]

 

[1] Historien, titulaire de la chaire Cusanus « Religion, conflit et paix »  à l’université catholique de Louvain, (KU Leuven), Jan De Volder compte parmi les experts reconnus du fait religieux contemporain. Il est membre de la communauté Sant’Egidio. A propos de son livre sur J. Hamel, il a été l’invité de Christophe Henning, le 10/10/2016, dans l’émission En toutes lettres sur RCF (durée : 25 mn) : https://rcf.fr/spiritualite/temoins-de-la-foi/la-biographie-du-p-jacques-hamel-premier-martyr-deurope-au-xxie-siecle

[2] Suivi des homélies du cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris (27/06/2016) et de Mgr Dominique Lebrun, archevêque de Rouen (30/07 et 02/08/2016)

[3] Andrea Riccardi est le fondateur de la Communauté de Sant’Egidio http://www.santegidio.org/  née en 1968. Il a écrit : Ils sont morts pour leur foi : la persécution des chrétiens au XXe siècle.- Plon-Mame, 1999 et a dirigé, avec Jean-Michel di Falco et Timothy Radcliffe, Le livre noir de la condition des chrétiens dans le monde.- Ed. XO, 2014 : http://www.chretiensdelamediterranee.com/recension-temoignage-le-livre-noir-de-la-condition-des-chretiens-dans-le-monde-coordone-par-samuel-lieven/