Titre

Manifeste pour une coexistence active

Auteur

Samuel Grzybowski

Type

livre

Editeur

L'Atelier, Ivry-sur-Seine, 22 octobre 2015

Nombre de pages

108

Prix

5 €

Date de publication

8 avril 2018

Manifeste pour une coexistence active

Excellent petit livre (108 pages) que ce Manifeste pour une coexistence active !
Son auteur, un jeune homme de 23 ans, Samuel Grzybowski, est un militant associatif et entrepreneur social soucieux de la cohésion sociale et des moyens à mettre en œuvre, dans notre société, pour parvenir à vivre ensemble. Pas étonnant, qu’il soit sensible aussi, depuis longtemps, aux questions interreligieuses. C’est pourquoi, en janvier 2009, au cœur des tensions consécutives à l’importation, en France, du conflit israélo-palestinien, il fonde un groupe Coexister avec des jeunes juifs, chrétiens musulmans et athées. Il sera président de la jeune association, d’octobre 2009 à octobre 2015. En avril 2012, Coexister devient le mouvement interreligieux des jeunes (p. 101) auquel s’ajoutera ensuite le qualificatif « interconvictionnel ».

Comment promouvoir la coexistence de personnes ayant des cultures, des religions et des convictions différentes ? C’est la question qui anime Coexister et à laquelle tente de répondre le Manifeste pour une coexistence active. C’est dire qu’il nous concerne tous et pas seulement les jeunes réunis dans le mouvement Coexister. Ce  livre s’adresse à tous ceux qui veulent vivre ensemble en s’appuyant sur ce qui, dans le respect[1] de l’autre et la reconnaissance de nos différences, peut nous unir et nous amener à agir ensemble : la citoyenneté et, plus fondamentalement encore, la conscience de notre commune condition humaine.

Habité par la question posée par Dieu à Caïn après qu’il a assassiné son frère Abel : « Qu’as-tu fait de ton frère ? » (Genèse, 4, 10), Samuel Grzybowski, va s’inspirer, pour fonder Coexister, de plusieurs personnes qui ont entendu cette question et marqué son parcours : Jean-Marie Petitclerc et son équipe d’éducateurs spécialisés, frère Roger Schutz, de la Communauté œcuménique de Taizé. Il lit Gandhi, Martin Luther King, Nelson Mandela.  En 2008, il se rend à Auschwitz « pour regarder le mal en face » et y puise « une énergie née de la rage ressentie face à l’horreur absolue ». En 2009, de nouvelles rencontres[2] l’encouragent à lancer Coexister et le témoignage de Christian de Chergé et des moines de Tibhirine, mis en lumière dans  le film de Xavier Beauvois : Des hommes et des dieux (2010), renforceront encore sa détermination.

Ainsi confirmé dans son intime conviction, Samuel Grzybowski veut inscrire sa démarche dans l’espace et dans le temps : de juillet 2013 à avril 2014, il part avec l’Interfaith Tour[3] faire le tour du monde à la recherche des initiatives interreligieuses avec 4 camarades de différentes religions, dans plus de 40 pays ; puis en rédigeant son manifeste, il situe Coexister dans le temps afin de « distinguer [son] modèle alternatif de coexistence de ceux qui avaient précédé dans l’histoire » que ce soit la Convivencia espagnole (929-1492), la tolérance française (1562-1685), la coexistence pacifique (1956-1962), la neutralité active (1955-1989), ou le multiculturalisme (depuis 1960). L’auteur, dans un souci de rigueur qui fait aussi tout l’intérêt du livre, prend soin de définir tous ces termes pour mieux souligner l’originalité de la coexistence active, à savoir : faire ensemble pour mieux vivre ensemble[4].

Enfin, après avoir évoqué Les coexistences dans l’histoire (ch.1) et avoir posé Les fondements de la coexistence active (ch. 2), l’auteur traite de la laïcité : Coexistence active, interreligieux et laïcité (ch.3). Il rappelle que la laïcité est d’abord le cadre légal qui permet la coexistence des différentes religions ; il invite à retrouver l’esprit de la loi de 1905 et de ses « trois piliers » : la séparation des Églises et de l’État ; la liberté de conscience et le libre exercice des cultes ; enfin, la neutralité de l’Etat comme garantie de l’égalité de tous les citoyens.

S’il nous aide à réfléchir aux conditions à rassembler pour pouvoir vivre ensemble, ce manifeste     montre surtout que l’important est d’abord de vouloir vivre ensemble. C’est donc à une responsabilité de chaque instant que son auteur nous appelle en proposant « dix conseils pratiques et opérationnels pour favoriser de manière quotidienne le respect de l’autre. (p.85-93).

Nicole Girardot

 

[1] « Nous préférons, à Coexister, le respect à la tolérance. Le respect entraîne l’estime. La différence est maintenue dans le respect mais elle est regardée avec un a priori favorable ou neutre. […] La tolérance, c’est accepter l’autre par défaut […], accepter dans les faits ce qu’on désapprouve ou refuse sur le fond. » (p.24.21.19)

[2] Avec : Christophe Roucou, chargé alors, par la Conférence des évêques de France, des relations avec les musulmans ; Christian Delorme, l’initiateur de la Marche pour l’égalité et contre le racisme en 1983 et, depuis 2015, Délégué épiscopal (diocèse de Lyon) pour les relations interreligieuses  ; Delphine Horvilleur, l’une des premières femmes rabbins et Rivon Krigier, premier rabbin à s’exprimer en la cathédrale Notre-Dame de Paris ; Omero Marongiu, théologien réformiste musulman ; Mahmoud Azab (1947-2014), conseiller pour le dialogue interreligieux, du grand imam d’Al-Azhar, au Caire ; Mehrezia Labidi-Maiza et Laurent Klein, mère musulmane et directeur juif d’une même école de Paris 19e.

[3] Pour en savoir plus, cliquer sur InterFaith Tour

[4] « La coexistence active est à la fois un principe qui fonde un savoir-être et une idée qui se traduit par une méthode d’action » (p. 37). Le texte du manifeste adopté lors des Assises nationales du mouvement en 2015 en décline tous les aspects et les choix de vie qu’elle implique (p. 40-42). Faire ensemble pour mieux vivre ensemble. La devise des Coexistants est « Diversité de Convictions, Unité dans l’Action » : voir le site de Coexister.

On pourra écouter aussi l’émission Grand témoin sur RCF dont Samuel Grzybowski, était l’invité, le 09/07/2016  (durée 55 mn).