Recension

Titre

Les crises d’Orient

Sous titre

Question d'Orient et Grand Jeu, 1768-1914

Auteur

Henry Laurens

Type

livre

Editeur

Fayard, février 2017

Collection

Histoire

Nombre de pages

384 p

Prix

19 €

Date de publication

27 septembre 2017

Les crises d’Orient

Henry Laurens qui occupe la chaire d’Histoire contemporaine du monde arabe au Collège de France est un des grands spécialistes du Moyen-Orient. La question de Palestine, en cinq volumes (1799-2001) est une œuvre monumentale et incontournable[1].

Son nouvel ouvrage, Les crises d’Orient (1768-1914), est une vaste fresque où s’affrontent, autour de l’Empire ottoman qui se décompose, les six puissances européennes – France, Grande-Bretagne, Autriche-Hongrie, Russie, Allemagne et Italie – dans un ballet diplomatique incessant, émaillé de crises mineures ou majeures, d’épisodes guerriers (guerre irano-russe, guerre de Crimée, etc.) derrière lesquels se cachent des intérêts divergents, mais quelquefois convergents, constituant un écheveau inextricable et souvent incompréhensible.

En son âge d’or (XVIe siècle), l’empire ottoman s’étendait sur le pourtour de la Mer noire, le Proche-Orient (Syrie, Palestine, Mésopotamie), la Péninsule arabique, l’Afrique du nord à l’exception du Maroc, les Balkans et une partie de l’Europe centrale.

Mais durant les deux siècles suivants, l’expansion ottomane est définitivement stoppée – à l’exception de la Crète – et l’empire est même légèrement amputé d’une partie de la Crimée.

Le XIXe siècle verra la dislocation de l’empire et l’affaiblissement progressif du pouvoir central. Deux causes principales : le développement inexorable des nationalismes dans les Balkans[2] et dans le Proche-Orient (dû, en partie, à l’occidentalisation des sociétés orientales) ; et l’implication voire l’ingérence permanente des puissances occidentales dans la politique ottomane mais aussi au niveau régional et local : « Il y a interférence permanente, voire confusion entre la politique locale, régionale et internationale… tout acteur local peut éventuellement représenter une puissance extérieure ou l’impliquer dans son combat propre » (H. Laurens).

Il est difficile de résumer le livre d’Henry Laurens : tout d’abord parce qu’il englobe une période de deux siècles et demi, d’autre part compte tenu de la multitude des thèmes abordés : il faudrait parler aussi de l’émancipation des non-musulmans dans les Balkans, de l’importance de la question religieuse dans l’évolution de l’Empire vers un Etat moderne, du slavisme, de l’influence nouvelle des opinions publiques dans la politique diplomatique européenne, du « Grand Jeu » qui opposera la Grande-Bretagne et la Russie, en Perse et en Afghanistan, etc.

Les crises d’Orient est d’une lecture relativement facile grâce à une écriture fluide et rarement technique ; mais ne nous y trompons pas, le propos est d’une extrême concision exigeant donc une attention soutenue[3].

Francis Labes

[1] Lire sur notre site la recension du t. 5 : 1982-2001 : La paix impossible.- Fayard, 2015

[2] La Serbie devient indépendante en 1878

[3] France Culture propose depuis le 25 janvier 2017 une série de treize émissions qui retranscrivent les cours d’Henry Laurens au Collège de France, sur Les Provinces arabes de l’Empire ottoman à la fin du XIXe siècle.